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Bal de promo : teenage dream ou passage à la vie d’adulte ?

Tu aimes les limousines, les slows sur un air de guitare et gonfler des ballons pastel : alors le bal de promo is your world. Que tu l’aies vécu ou non, voilà pourquoi ce rite de passage vers l’âge adulte est crucial pour comprendre la romance, l’amitié ou la notion de réussite.

J’ai attendu l’invitation, j’ai scruté la limousine, j’ai cherché une robe sirène ornée de sequins… et je me suis souvenu d’une chose : j’habite en France. S’il existe bel et bien des micro-bals de fin d’année, ce rite d’entrée dans la vie post-bac déliée de la joute parentale n’est arrivé que tardivement en France. Ce n’est pas une tradition, et j’en ai été privé. Pas de décoration de vieux gymnase ni de danse avec ma BFF – and I miss it.

Senior Year

Ce n’est qu’à travers les films, clips et séries – américains en grande partie – que j’ai vécu ce moment lisière entre l’enfance et la vie étudiante. À travers les séquences dansées tous en chœur de Grease, j’imaginais un éternel happy ending, tandis que le film d’horreur Carrie m’évoquait les moqueries subies sur le chemin du lycée. Virgin Suicides de Sofia Coppola m’a dépeint ce bal comme l’ultime bouffée d’air de jeunes filles qui étouffent. Loin d’être une simple parade d’ados, je comprenais que ce moment charnière permettait simultanément de conclure, réparer et transformer une narration lycéenne jonchée de compétition, questionnement, observation des autres et de soi.

Aujourd’hui, le bal de promo est au cœur de Senior Year, n°1 des films les plus vus sur Netflix. L’histoire ? Rebel Wilson incarne une jeune Australienne queen des années 2000 qui tombe dans la coma durant sa dernière année de lycée et rate le fameux bal. Vingt ans plus tard, projetée dans une époque totalement différente, elle reprend sa quête de popularité, déterminée à devenir la reine du bal, mais le game a changé. Lady Gaga a remplacé Madonna et la popularité se joue sur les réseaux sociaux. Le monde Y2K will never be the same, mais est-ce un drame ?

TikTok prouve que le social network world n’est pas all bad. Il te permet de faire du bal de promo un motif connu et détourné dans un nouveau langage d’acceptation. Les ados ne portent plus des robes pailletées à large jupon mais des crop tops, et le schéma hétéronormé du duo king & queen a laissé place à de nouveaux modes d’association et de nouvelles histoires où chacun.e danse au rythme qu’il a choisi. 

Tant de fois représentés, tant de fois racontés : retour sur les bals de promo les plus marquants de la pop culture. Attention : Spoiler Alert.

L’amitié d’abord dans Grease

Mean girls en rose, course de voitures, gossips dans les dîners et bagarre sur le parking du lycée : Grease est un teen movie musical culte maintes fois cité sorti en 1978. La scène la plus connue est sans doute “You’re the One That I Want” où le personnage de Sandy (Olivia Newton-John) se métamorphose en vamp vêtue d’un justaucorps noir pour séduire Danny, interprété par John Travolta. Mais don’t forget : ce qui nous intéresse, c’est le bal de promo réunissant tous les protagonistes en vibe BFF. Danny en costume noir/chemise rose et Sandy en robe blanche corsetée dansent en rythme avec l’ensemble de leur team du lycée, montrant que les amitiés sont plus fortes que les histoires de séduction et les bagarres.

À l’aube des années 1980, ce film musical rétro au look 50’s raconte le mythe adolescent sur un mode léger tout en installant les thèmes récurrents des bals de promo : la validation de soi par les autres, le rapport à l’apparence, l’amitié et les premiers amours. Loin d’endiguer de simples clichés, le film fait la part belle aux amitiés féminines triomphant sur la relation amoureuse, comme l’écrit la sociologue Amy Best dans son ouvrage Prom Night : Youth, Schools and Popular Culture. Un premier pas hors du patriarcat !

Presque cinquante ans plus tard, le teen soap musical High School Musical reprendra ces thématiques. Le changement ? Le protagoniste est un jeune homme, interprété par Zac Efron, rêvant de chanter tout en étant basketteur. Lui aussi se rendra au bal, la tête remplie de questions sur son avenir. Comme quoi, il n’y a pas que les filles qui subissent la pression du bal !

 

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Le schéma hétéronormé du duo king & queen a laissé place à de nouveaux modes d’association et de nouvelles histoires où chacun.e danse au rythme qu’iel a choisi.

Le partage de couronne dans Lolita malgré moi

Un saut dans le temps et nous voilà dans le teen movie emblématique des années 2000. BO girl power (Pink, Missy Elliot), téléphone à clapet, jean flare et journal intime, tel est l’univers de Lolita malgré moi, film métaphore du besoin d’intégration à l’âge ado. L’histoire ? Cady (interprétée par Lindsay Lohan), la petite nouvelle du lycée, tries hard de s’intégrer dans un microcosme constitué de micro-groupes bien établis : les basketteurs, les geeks et les popular girls. Minijupes de designer, lèvres glossées, cheveux lissés, ces dernières terrorisent autant qu’elles subjuguent et dictent les normes du lycée. Cady se fond lentement dans la bande, relooking à l’appui, et délaisse ses amis weirdos. Too bad ? Le bal de promo est ici le point de dénouement, réparant les erreurs et devenant un moment cathartique libérateur. Élue reine du bal, Cady monte sur scène, confesse ses erreurs et demande “Why is everybody stressing over this thing ? I mean, it’s just plastic” puis brise le diadème avant de le partager avec ses camarades. Everybody is a queen on his own terms. Le bal n’est pas seulement un enjeu d’amour ou d’amitié mais l’opportunité de s’accepter – soi et les autres.

La révélation des sentiments dans Atypical

En 2017, Netflix produit le show Atypical qui narre le quotidien de Sam Gardner, ungarçon de 18 ans ayant un trouble du spectre de l’autisme. Sa grande quête ? Trouver l’amour – une recommandation de sa psy ! Souvent réduit à des rôles asexuels – comme l’inspecteur Monk –, ce personnage donne à voir un désir hors du cadre normatif. La première saison saisit ses tentatives maladroites de romance tout en jouant avec de nombreux clichés : Sam finit par former un couple avec Paige au beau milieu d’un cours de français, avec un baiser devant la tour Eiffel… Après quelques péripéties, les deux se retrouvent au bal de promo – sur le thème de l’Antarctique – dans un igloo afin de mettre au point leur relation. Le décor semble illustrer le froid entre les deux personnages et la glace l’incapacité de Sam à formuler ses sentiments et ses envies. Le bal ne sera pas le moment d’un dénouement amoureux mais d’une proposition amicale. En 2017, on sait bien qu’un bal ne suffit plus pour tout régler !

La fin du couple hétéronormé dans Riverdale


À la croisée de l’étrange univers de Twin Peaks et des dramas de Gossip Girl se
trouve la série Riverdale. Teen soap saupoudré de meurtres, on retrouve des geeks
mal sapés mais tombeurs et de la pom-pom girl qui mène l’enquête. Au milieu de la
tourmente, le grand rite du bal de promo permet au couple de se consolider et aux
amitiés de se rétablir. Au début de la saison 5, ce sont Cheryl et Toni qui remportent
le bal, devenant le premier couple gay couronné. Une scène qui permet de sortir des
romances hétéronormatives et de proposer à l’écran un schéma de romance lesbien
dans une série adolescente Sur la scène bleutée par un stroboscope, les deux reines,
toutes deux très féminines – robe rouge en tulle et large décolleté pour Cheryl, robe
rebordée de sequins pour Tony –, dédient leurs couronnes à l’ensemble des couples.
Surnommé “Choni”, le couple figure parmi les préférés des fans et semble connaître
un happy ending contrairement à une longue tradition scénaristique punissant les
couples queers.

 

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Une courte parenthèse loin du drama dans Euphoria


Au fil des années 2000, les teen dramas ont laissé transparaître la part sombre du bal de promo : dans The O.C., la queen Marissa Cooper glisse une flasque dans son micro-sac accompagnant sa robe Chanel tandis que dans Gossip Girl, Serena se rend au bal en sortant de prison. Entre violence et poésie, Euphoria renouvelle le genre depuis 2019, et les looks des héroïnes nourrissent les Internets qui recopient make-up et dress de lumière, le liner entre rose et orangé de Jules, l’ensemble en maille transparente de Maddy… Le show reprend les codes du teen soap pour narrer de nouvelles problématiques : toxicomanie, sexe, harcèlement. Entre paillettes et
esthétisation pointue, la saison 1 se termine sur un bal de promo rempli de nœuds sans véritables résolutions. Si les scènes montrent plusieurs moments de complicité féminine, les failles des personnages ne sont pas annihilées malgré le glamour. Maddy ouvre lentement les yeux sur Nate – son boy-friend ultra-toxique et violent – tandis que Cassie se fait avorter juste avant le bal. Rue, en voie de guérison, rechute après avoir été abandonnée par Jules qui quitte la ville… Le bal n’est plus la fin attendue mais un moment de transition vers la suite.

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