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Yndi, la saudade hexagonale

En embrassant à bras-le-corps ses origines brésiliennes, la chanteuse Yndi, auparavant connue sous le nom de Dream Koala, a composé un album, Noir Brésil, empreint de rêves et de contraires. Un voyage initiatique construit sur près de cinq années, le temps de s’explorer pleinement et de se repenser artistiquement.

Ce premier album s’appelle Noir Brésil, c’est donc un retour aux sources, au pays de tes parents. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’explorer tes origines ?

Ça fait un moment que je compose de la musique. Il y a cinq ans, je suis arrivée à un stade de ma vie où j’avais l’impression que, pour réussir à faire un album, il fallait obligatoirement qu’il me soit profondément propre, qu’il vienne de très loin. C’est un cap qu’il fallait passer, et ça n’a rien d’aisé. Je suis allée chercher quelque chose d’inexplicable au fond de moi. Surtout, il fallait que je m’inspire de la musique brésilienne, de ces sons qui ont affecté toute ma vie, tout en me les réappropriant. Je voulais notamment éviter de tomber dans les clichés de la musique brésilienne, trouver un juste milieu qui soit à la fois dépaysant pour des Français et pour des Brésiliens. Ou pour des personnes de n’importe quel pays, d’ailleurs.

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Quels sont les clichés que la musique brésilienne charrie ?

 L’Europe reçoit une image de l’Amérique latine et du Brésil véhiculée par les films, la télévision, une sorte de carte postale. Et ça se traduit en musique par des automatismes. En grandissant, j’ai souvent été gênée par cela. Beaucoup de gens n’imaginent pas que ma mère puisse être brésilienne parce qu’elle est noire. J’avais envie, à mon échelle, d’offrir une inspiration brésilienne différente. Sortir de l’image du carnaval, de la plage, de la bossa-nova, pour enfin souligner cet héritage afro-brésilien trop méconnu.

Quelle place le Brésil et sa culture ont-ils eu concrètement dans ta vie ?

C’est difficile à expliquer parce que j’ai grandi en France mais j’ai tout de même passé beaucoup de temps là-bas, pour voir la famille. Mon père est même retourné vivre au pays. Chez moi, c’est clairement une double culture. La langue que tu parles enfant, la télévision que tu regardes, les chansons que tu écoutes construisent tout cela. Et puis il y a une grande communauté brésilienne à Paris. J’ai grandi avec d’autres enfants d’une même culture. Mais je ne suis pas brésilienne. Si je partais vivre là-bas, j’y serais presque étrangère. Je ne peux me résoudre à me considérer uniquement comme française ou comme brésilienne. C’est impossible. J’aurais l’impression de m’amputer de moitié. Je suis franco-brésilienne, c’est comme ça.

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Musicalement, tes productions sont épurées, laissent beaucoup d’espace et de liberté à la voix et aux textes. Certains sont assez abstraits, et d’autres très concrets, presque naturalistes…

Je n’ai pas de méthode précise d’écriture, mais je sais que je cherche constamment un équilibre entre ces aspirations. Disons que j’aime décrire des images abstraites de façon factuelle. On peut décrire précisément un rêve, ça n’a rien d’antinomique.

Sous le nom de Dream Koala, tu chantais en anglais, mais tu optes désormais pour tes deux langues maternelles : le français et le portugais… Qu’est-ce qui t’a amenée vers ce parti pris, mais surtout, qu’est-ce qui t’a poussée à ne pas le prendre auparavant ?

Chanter en anglais était une évidence, presque un réflexe, comme chez beaucoup de musiciens. A part le rap, je n’écoute que peu d’artistes francophones, je n’ai pas beaucoup de références, d’artistes qui me ressemblent. Mais j’ai ressenti ce besoin d’exprimer certaines choses qui ne pouvaient se transmettre que par ces deux langues. Pour aller chercher certaines émotions, c’était une obligation. Ce n’est pas un choix anodin puisqu’il peut potentiellement me fermer des portes à l’international. Mais ça me motive encore plus d’exporter ma musique en français et en portugais. Si ça fonctionne, ça signifiera que l’album est réussi.

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Exprimes-tu des choses différentes en français ou en portugais ?

J’utilise le français de manière plus précise, plus cérébrale. Le texte et la mélodie viennent séparément, il faut ensuite les assembler, les modifier… En portugais, les mots surgissent instinctivement, ils sont plus chantants, plus malléables. Quand une mélodie naît dans mon esprit, les paroles suivent en portugais, tout va ensemble. C’est une autre manière de créer. Beaucoup de chansons brésiliennes sont semblables à des rêves, emploient des images surréalistes. Quand je chante en portugais, je reproduis cet héritage.

Le producteur de musique électronique Superpoze a travaillé sur l’album. Quel a été son rôle exactement ?

On se connaît depuis très longtemps, on a presque commencé nos carrières ensemble. Il a trouvé sa place très naturellement dans ce projet. J’avais beaucoup de démos, des ébauches de morceaux que je lui envoyais pour recueillir son avis. Au fur et à mesure, j’ai commencé à enregistrer des éléments chez lui, jusqu’à ce qu’il entre peu à peu dans le cœur du processus créatif. J’ai l’habitude d’enfiler la casquette de productrice. Mais cette fois, je pouvais partager cette tâche avec lui et prendre du recul, me focaliser sur d’autres choses. En dehors du travail technique, il m’a aidée à organiser mes idées, à mettre les choses au clair.

La gestation de l’album a été longue…

 Oui, ça va faire cinq ans que je travaille dessus. J’ai fait ce choix du temps, ce qui rend l’album assez dense. Beaucoup d’idées datent de périodes distinctes ; des inspirations, des titres ont fusionné sans cesse.

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Peut-être te fallait-il surtout du temps pour procéder à cette introspection plus globale dans ta vie ?

Oui, et j’ai pris du temps à me décider car je suis perfectionniste sur bien des points. L’album était très acoustique, il est devenu beaucoup plus électronique par la suite. Il a déjà eu plusieurs vies. J’ai même dû m’imposer de ne pas aller enregistrer au Brésil pour ne pas me perdre musicalement. Il y a tellement de musiciens talentueux là-bas, tellement d’idées qui jaillissent que je risquais de remettre en cause tout ce que j’avais fait jusque-là. Un jour, je m’autoriserai à partir pour m’égarer.

Le public t’a connue sous le nom de Dream Koala. Aujourd’hui, tu as choisi ton prénom d’état civil, pourquoi ce choix ?

 Je me suis longtemps demandé s’il fallait que je change de nom pour ce premier album. Au final, je me suis dit : “Soit je garde Dream Koala, soit j’utilise mon prénom.” Mais il n’était pas question de prendre un autre pseudonyme. Ce choix permettait de ne pas être rattachée à un genre ou à un univers musical. Un prénom peut correspondre à tout type de musique. Si mon prochain album est totalement différent, ça ne posera pas de problème. Au final, les pseudos peuvent créer des barrières. Et je n’avais surtout pas envie de cela.

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Utiliser son prénom, c’est aussi se mettre à nu. C’est flippant parfois ?

Quand on se dit qu’on veut faire un album qui nous ressemble avec des influences très personnelles, il y a forcément plus d’appréhension quant à sa réception par le public. On touche à l’intime. C’est ma musique, c’est ma personnalité, et c’est moi qui m’exprime. Ça me rend fière, c’est grisant, mais aussi flippant, en effet.

Cet album parle beaucoup du passé, des souvenirs, comme sur le titre “Reliques”… Est-ce lié à la fameuse saudade brésilienne ou est-ce encore un cliché de dire cela ?

 Ce n’est pas un cliché puisqu’il y a même un morceau de l’album intitulé “Saudade”. Cette mélancolie d’un ailleurs, réel ou imaginaire, est très présente dans ma musique. Sur “Reliques”, je voulais qu’on ait la sensation d’un personnage immortel, intemporel, qui s’exprime, quelqu’un ou quelque chose de sage et de mystérieux. Ma famille maternelle est très croyante, contrairement à moi. Mais dans ma musique, je parle beaucoup de foi et de religion. Grâce à cet album, je suis peu à peu en train de trouver ma voie spirituelle.

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Boucle d’oreille Y/PROJECT & ALAN CROCETTI

Photographe : Lee Wei @sweeriouslee
Assistant Photographe : Nicola Delorme @nicoladelorme
Styliste : Damese Savidan @damese
Assistant styliste : Déborah Gabeloux @deborahgabeloux
Maquilleuse : Oldie Laglow @laglowdigger
Coiffeur : Yann Deschaud @yann.deschaud
Manucuriste : Eri Narita @erinaritanail
Set Designer : Jade Boyeldieu d’Auvigny @jadeboyeldieudauvigny
Production : Producing Love
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