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XY Media prend la parole sur NYLON France

À l’occasion de l’ExisTransInter ce 14 mai, le premier média transféministe français fait entendre son initiative militante prenant une place urgente dans l'univers médiatique.

8 mars : une journée qui a une saveur spéciale quand tu es féministe, mais qui laisse cependant un goût un peu amer dans la bouche quand tu es aussi trans. A titre personnel – mais je sais que nous sommes beaucoup dans ce cas –, j’ai toujours la désagréable impression que cette journée de lutte n’appartiendrait pas aux femmes trans, ne les concernerait pas, que les discours portés ne prennent pas en compte leurs revendications et parcours de vie spécifiques. Alors ce n’est pas un hasard si XY Média est né ce jour, il y a un peu plus d’un an déjà, en 2021 : une façon de dénoncer l’altérisation constante des personnes trans et notamment des femmes trans. Autrement dit, une façon de rappeler que la domination patriarcale et capitaliste ne touche pas que les femmes cis mais écrase d’autant plus les autres, fortement marginalisées, violentées et souvent inaudibles. Une manière de reprendre une juste place et sa voix propre sur l’échiquier politique et féministe.

Quelques mois plus tôt, elles étaient six à se réunir pour impulser la création de cette association unique en son genre : Anna Balsamo, Venus Liuzzo, Sasha Yaropolskaya, Sofia Versaveau, Carol Sibony et Charlotte Jourand. Rapidement, elles s’accordent sur le nom de ce futur média : XY, comme un pied de nez aux transphobes de tous bords qui cherchent continuellement à assigner les femmes trans au masculin en invoquant le caractère immuable de leurs chromosomes…

 

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Reconnaître que le journalisme neutre n’existe pas

L’objectif, ambitieux à l’image de ses créatrices, est clair : fonder le premier média transféministe audiovisuel français, uniquement géré par des personnes trans, qui ne se cantonnerait pas aux sujets relatifs à la transidentité mais s’autoriserait au contraire à poser un regard particulier sur tous les enjeux de société possibles. Ce parti pris n’est évidemment pas anodin, et je le vois à titre personnel dans mon propre parcours : parce que je suis trans, on ne me commande souvent que des textes sur des “sujets trans”, quoi que cela veuille dire. Bien sûr, personne d’autre que nous ne peut parler avec plus de rigueur et de clarté de nos propres conditions de vie, de nos propres revendications. Mais cette position située, et les conséquences qu’elle entraîne (difficultés d’accès au logement et à l’emploi, lien particulier avec les institutions médicale et administrative, confrontation quasi quotidienne aux violences transphobes et transmisogynes) permettent un regard sur le monde particulièrement riche et profond. Les personnes trans ont des choses à dire, ne sont pas des êtres unidimensionnels, peuvent avoir diverses expertises, et c’est dans cette approche que s’ancre XY Média : montrer comment l’organisation communautaire permet de générer du savoir de qualité, accessible à toutes et à tous, reconnaître que le journalisme “neutre” n’existe pas, mais que, loin d’être un problème, la position située enrichit considérablement une certaine vision du monde, et donc de l’information.

Évidemment, XY Média n’est pas né dans une période politique anodine non plus : partout, les discours d’extrême droite pullulent dans les médias. Les personnes trans demeurent la cible des tirs croisés des psychanalystes de plateau télé, des organisations transphobes se réclamant du féminisme, des chroniqueurs s’interrogeant sur le “fait trans”, comme si nos existences ne constituaient qu’un simple concept vague et impalpable. Pas étonnant, lorsqu’on sait que les grandes chaînes et un nombre considérable de titres de presse appartiennent à Vincent Bolloré, lequel s’illustre depuis des années par son racisme, son impérialisme économique et sa LGBTI-phobie décomplexée. Dans ce contexte mortifère, XY Média représente bien plus que des articles écrits et des vidéos tournées : il s’agit d’un espace d’autodéfense communautaire contre la vague réactionnaire qui s’abat sur la France… et sur le reste du monde.

Un lancement sur les chapeaux de roues

Mais pour être en mesure de lancer le projet avec tous les investissements qu’il charrie, il fallait de l’argent. Bien sûr, produire de la pensée et de l’information a un coût : bénéficier d’un local associatif pour se réunir en équipe, tourner des vidéos, organiser des formations, acheter du matériel technique permettant de proposer du contenu audiovisuel de grande qualité… L’idée a été toute trouvée : lancer une campagne de financement participatif, dont l’objectif initial tablait sur 16 000 euros. Quelques semaines plus tard, c’est plus de 90 000 euros qui ont été donnés à XY Média par 2 636 inconnu.e.s qui ont cru en l’initiative. A ce moment-là, j’observais la page de loin, j’allais la consulter régulièrement, ébahi que le projet prenne tant d’ampleur si vite. Je ressentais un enthousiasme fou et une joie profonde pour l’équipe, comme si j’y étais déjà, quelque part…

Rapidement, l’équipe se structure et investit : caméras, micros, fonds vidéo, matériel informatique, logiciels, location d’un espace associatif. Elle s’organise autour d’une variété de sujets traités, dans différents formats : les articles sur le site Internet du média, les posts et contenus spécifiquement créés pour les réseaux sociaux, et bien sûr… les vidéos, la spécialité de la maison. Sur ce format encore, on alterne entre vidéos explicatives d’enjeux relatifs aux parcours trans, comme la vidéo de Venus Liuzzo sur la question de la “visibilité trans”, d’invité.e.s venant discuter de problématiques les concernant, comme en témoigne la vidéo tournée avec l’association de défense des femmes musulmanes Lallab, des cours d’introduction à des théories, des concepts, des mouvements, comme le propose la série de Venus Liuzzo et Isidore sur le travail du sexe… L’objectif reste bien de proposer une vision du monde plurielle, nuancée, sourcée, sans faire l’économie d’un ton parfois cinglant ou de traits d’humour.

De mon côté, je suis arrivé au sein du média un peu après son lancement. Quelques jours auparavant, j’avais interviewé Sasha, Carol et Sofia pour un article publié dans le magazine suisse 360°. Cet échange a agi comme un déclencheur : je voulais faire partie de cette équipe au sein de laquelle je ne serai pas, comme ça peut être le cas dans certaines autres rédactions, “le trans de service”. J’étais séduit par la perspective que ma transidentité ne soit pas un token, d’être reconnu pour tout ce que je suis d’autre (et tout ce que je sais faire d’autre), sans la nier pour autant, et sans nier qu’elle situe évidemment mon point de vue et mon ancrage politique.

 

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Surtout, l’expérience des violences, de la marginalisation, de l’exploitation, permet quelque chose de fondamental : une capacité unique à imaginer les possibles. A rendre palpable l’image des futures révolutions.

 

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S’organiser pour mieux faire la révolution

Depuis, j’écris pour le média, autant en format vidéo qu’en format presse. J’ai pu expérimenter depuis mon arrivée pléthore de sujets, et confronter ma plume à des enjeux très variés, ce qui, on ne va pas se mentir, me fait un bien monumental, moi qui suis souvent, une nouvelle fois, “le trans de service”… Analyse du rapport du GIEC, rappel historique du massacre du 17 octobre 1961, retour d’actu sur des militantes transphobes qui essaient d’influencer les débats sur les thérapies de conversion, analyses d’études sur l’impact de l’accès à la transition hormonale chez les jeunes trans… Je me suis donc d’abord beaucoup emparé du format écrit. Puis, rapidement, j’ai voulu m’essayer au format vidéo. Ma dernière en date tente d’expliquer les fonctions de la famille dans un système capitaliste.

Je crois que ce que je retiens de mon expérience chez XY Média, c’est avant tout la puissance de l’organisation communautaire. Produire du contenu, c’est une chose, mais cela implique des discussions, des recherches approfondies, des échanges de compétences, de nouveaux apprentissages tout au long de la chaîne de production. Autrement dit, c’est un engagement qui permet de s’autonomiser sur une variété de sujets, de prendre confiance dans sa propre voix en tant qu’individu, mais aussi dans la voix portée collectivement. Et je crois que ça, ce n’est pas anodin, lorsqu’on est trans. Je crois que c’est le nerf de la guerre médiatique que nous souhaitons lancer et la condition du rapport de force… Bien sûr, nous sommes peu de chose comparé à un empire médiatique comme celui de Bolloré ou d’autres. Une sorte de David contre Goliath, mais David a des ressources : une exceptionnelle vivacité, un sens politique aiguisé, une rage à revendre. Surtout, l’expérience des violences, de la marginalisation, de l’exploitation, permet quelque chose de fondamental : une capacité unique à imaginer les possibles. A rendre palpable l’image des futures révolutions.

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