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Quand la Trilogie du samedi fait son come-back

Demande à un.e millennial quelle série a marqué son adolescence, il.elle vous répondra à coup sûr Buffy contre les vampires, Charmed, Dark Angel, et j’en passe. Hissées pour certaines au rang de séries cultes, ces productions de la fin des années 1990/début 2000 reviennent bousculer nos petits écrans.

Alors que ces séries pour ados semblaient appartenir à un passé auquel on repense avec nostalgie, voilà que se multiplient de nouvelles adaptations modernes de leurs univers : c’est la mode du “reboot”. Sûrement l’effet Netflix, tu me diras. Par son ultra-accessibilité, la plateforme a réussi à redonner un second souffle au format de la série télé et a complètement bouleversé notre façon de les consommer. Alors, si les séries connaissent un renouveau, pourquoi vouloir réadapter celles du passé ? Qu’ont-elles encore à raconter vingt ans après ?

Les grands classiques des années 2000

L’exemple de Sabrina, l’apprentie sorcière, diffusé en France au début des années 2000, tient une place particulière dans mon cœur. Une lycéenne blonde qui découvre qu’elle est en réalité une sorcière à l’aube de ses 16 ans ? Tout ce que je rêvais d’être ! Les Nouvelles Aventures de Sabrina (2018) n’aura eu pour effet que de me rappeler à quel point j’étais fan de la série portée par Melissa Joan Hart, notre bonne copine à tous.tes, et surtout BFF de la princesse de la pop Britney Spears (époque Crazy).

Je me demande alors ce qui a bien pu faire de ces séries des emblèmes de la pop culture d’aujourd’hui. L’explication la plus évidente est que toutes ou presque mêlent la banalité de la vie (le lycée, les premières amours…) à des univers fantastiques appuyés de pouvoirs magiques et de mondes à sauver.

Lycéenne en apparence ordinaire, Sabrina Spellman tapait la causette à son chat et pouvait passer du monde des mortels à celui des sorciers en franchissant la porte de son placard. Buffy Summers ou les sœurs Halliwell, elles, passaient leur temps libre à vaincre des démons en tout genre et à épouser des êtres de lumière. Qui n’en a pas rêvé ?

Pour d’autres séries, comme l’ultra-populaire Gossip Girl, la dimension fantastique se situe dans une réalité en apparence inaccessible, celle des lycéens de l’Upper East Side de New York, dont le quotidien est rythmé par les ragots, l’argent, les vêtements de designers et les histoires de cœur souvent scandaleuses. Déjà, en 1990, Beverly Hills 90210 avait prouvé que ce genre de série narrant les frasques d’ados privilégiés poussait vite à l’addiction. Aujourd’hui, toutes ces séries ont fait – ou feront – l’objet d’un reboot.

Des reboots plus woke et engagés

L’exemple des Nouvelles Aventures de Sabrina est peut-être l’un des meilleurs pour comprendre la portée de ces reboots en 2021. Au-delà de la différence évidente de genre entre les deux séries (la première est une sitcom, la seconde une série basée sur l’horreur), les deux personnages de Sabrina n’ont de similaire que la fougue de l’adolescence. Dans la version années 2000, Sabrina use de ses pouvoirs pour résoudre, souvent maladroitement, ses problèmes personnels ou ceux de ses amis ; des situations qu’elle a souvent créées elle-même par insouciance, et qui servent à créer un comique de situation. Mais le propos de la série ne va pas plus loin que les mésaventures adolescentes d’une héroïne peu préoccupée par le monde extérieur.

La portée symbolique des Nouvelles Aventures de Sabrina est tout autre : dans le premier épisode, Sabrina (qui n’a pas encore 16 ans) discute avec ses amis des manières de renverser le patriarcat et remue ciel et terre pour créer un club féministe dans son lycée. Plus tard, elle ira même jusqu’à défier Satan en refusant de rejoindre son culte qu’elle considère régressiste et qui ne correspond pas à ses valeurs humaines. Pour ce qui est des personnages secondaires, on est loin de la pom-pom girl ennemie jurée et du quarterback un peu bête mais attendrissant.

Dès qu’il apprend qu’il est issu d’une famille de chasseurs de sorcières, Harvey Kinkle, le petit ami de Sabrina, cherche à s’émanciper de son héritage. Rosalind Walker, la meilleure amie, est l’héritière d’une longue lignée de femmes noires aux pouvoirs de précognition, et le personnage de Susie Putnam est présenté, avec subtilité, comme non binaire (tout comme son interprète Lachlan Watson) – il décidera plus tard d’adopter le nom de Théo.

Même si la temporalité de la série reste floue (aucun smartphone en vue), les thématiques abordées dès le départ sont extrêmement contemporaines : le féminisme, l’inclusivité, la représentation. Et ce qui frappe, c’est la maturité précoce de personnages adolescents qui usent de leur intelligence pour remettre en question l’ordre établi et défendre l’idéal d’une société meilleure. C’est un peu la définition de la Gen Z, non ?

Contre les inégalités, pour la diversité

Alors qu’il vient d’être annoncé, le reboot de Gossip Girl a déjà fait beaucoup parler de lui. Souvenez-vous du plot original : un personnage inconnu sème la pagaille parmi la jeunesse dorée new-yorkaise en faisant éclater les vérités qui dérangent sur son blog. En ça, la série a été visionnaire puisqu’elle a introduit la “cancel culture” avant même qu’elle ne devienne monnaie courante sur les réseaux sociaux. Le reboot, qui sera diffusé sur HBO Max, devrait prendre à bras-le-corps le changement de paradigme entraîné par l’omniprésence des réseaux sociaux et illustrer les nouveaux rapports de force qui en découlent.

Comme pour Sabrina, les producteurs ont fui les stéréotypes en mettant l’accent sur une diversité qui manquait à la série originale. Non seulement les personnages principaux ne seront plus campés exclusivement par des jeunes femmes blanches et blondes à la Serena van der Woodsen, mais la série donnera également sa place aux thématiques queers, fers de lance de la nouvelle génération. La présentation officielle des personnages sur le compte Instagram de la série laisse à penser que le reboot devrait aussi faire écho aux inégalités sociales qui constituent notre réalité contemporaine, notamment à la notion de privilège et, on peut l’espérer, en particulier au “privilège blanc” mis en lumière par le mouvement Black Lives Matter.

Un féminisme assumé ?

La représentation d’une féminité émancipée est sans doute le dernier enjeu de ces reboots. Il ne faut pas chercher bien loin pour se rendre compte que les héros de la Trilogie du samedi étaient en fait des héroïnes qui tiraient leurs pouvoirs de leur féminité ou, comme dans le cas du “pouvoir des trois” des sœurs Halliwell dans Charmed, de la sororité. C’est probablement ce qui a fait défaut au reboot de Charmed (2018 – aujourd’hui). Les critiques lui ont reproché un manque d’authenticité dans la représentation des valeurs féministes, qui étaient pourtant au fondement de la série originale. Lorsqu’il s’agit de représentation féminine contemporaine, Sex and the City a joué un rôle pionnier, non seulement par la représentation d’une sexualité moderne et décomplexée mais aussi grâce à la diversité des points de vue au sein même du groupe des quatre amies new-yorkaises. Après six saisons et deux films, la série produite par Darren Star pour HBO prépare elle aussi son reboot…

La volonté de représenter la diversité du monde dans les séries, qu’elle soit ethnique, sociale ou de genre, semble être devenu le mantra des reboots de nos séries préférées. Si elles font appel à la nostalgie de notre adolescence, elles doivent aujourd’hui convaincre un public certes plus jeune mais davantage préoccupé par ces problématiques sociales, et toujours en demande d’authenticité dans la représentation de sa réalité.

Alors, ces reboots, yay or nay ?

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