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Pourquoi j’aurais aimé grandir avec Heartstopper

En s’affranchissant des tropes longtemps utilisés pour parler des relations homosexuelles dans la fiction, la nouvelle série de Netflix offre enfin un divertissement feel good à la communauté queer.

Je n’aime pas recevoir des mails de Netflix. Je ne fonctionne pas vraiment aux recommandations : plus on me vend quelque chose (un livre, un album, un mec) et moins j’ai envie de m’y coller. Sans compter ma phobie des algorithmes qui me pousse presque à jeter ordinateur et smartphone au bûcher lorsque me vient l’impression que nos amis du big data commencent à me connaître un peu trop bien. Prudent pour certains, paranoïaque pour d’autres, j’ai une relation d’amour/haine envers toutes les plateformes numériques et autres réseaux sociaux, même si, récemment, j’ai passé le plus clair de mon temps libre à regarder des fictions HBO Max ou Hulu (oui, And Just Like That… faisait partie de cette liste, pour le meilleur et pour le pire).

Tu l’as compris, j’ai failli me désabonner de la newsletter de Netflix plusieurs fois. Pourtant, récemment, une jolie surprise du nom de Heartstopper s’est frayé un chemin dans ma boîte mail avant d’envahir mon quotidien avec légèreté et innocence. Jusqu’à convoquer des réminiscences d’histoires d’amour plus simples tout en me donnant l’impression de goûter au sucre pour la toute première fois. Je ne suis pas du genre amer mais force est de constater que depuis quelque temps, niveau love, c’est le calme plat. Entre mon dernier râteau sur Instagram et mes dates qui finissent par me ghoster, j’avais grand besoin d’un remontant qui me permettrait de croire à nouveau en l’amour.

Résultat, j’ai binge-watché Heartstopper et je ne suis pas le seul. Dès la première semaine, la série s’est hissée dans le top 10 des programmes les plus regardés sur Netflix avec plus de 14.55 millions d’heures de visionnage. Comment résister à l’amour naissant entre Charlie et Nick ou à leurs tribulations sublimées par des dessins qui dansent sur l’écran lors des scènes importantes ? Sans compter sur la douceur avec laquelle la série raconte cette histoire d’amour. Enfant des années 90, j’aurais aimé grandir avec Heartstopper et je vais t’expliquer pourquoi. Attention, papillons dans le ventre non fournis avec cet article.

 

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Se libérer du trope tragique

Heartstopper relate la romance entre Charlie et Nick, deux adolescents qui étudient au même lycée. L’un fait partie de l’équipe de rugby et l’autre est passionné de musique. Ils n’évoluent pas dans les mêmes cercles et tout semble les séparer. Et pourtant… De leur rencontre à leur premier baiser en passant par tous les thèmes chers aux comédies romantiques teenage (le crush, la peur du regard des autres, les angoisses adolescentes…), Heartstopper te montre (presque) tout. Adaptée d’une série de romans graphiques d’Alice Oseman d’abord partagés sur Internet avant d’être autoédités (pour finir en bonne compagnie sur la New York Times Best Sellers Book List, rien que ça), Heartstopper a très vite fidélisé une véritable communauté sur Tumblr à l’époque où ce réseau social comptait encore et permettait le partage (alors appelé “reblog”) de fanfictions et autres contenus créatifs. Alors, quand une adaptation est annoncée en 2021, la toile s’enflamme, ravie que cette histoire d’amour puisse enfin voir le jour sous une autre forme et être connue du plus grand nombre.

Mais Heartstopper n’est pas qu’une histoire d’amour, c’est aussi une ode à l’amitié. Car au milieu de toutes ces péripéties, Charlie est entouré de personnes qui le soutiennent réellement et qui veulent son bonheur. Sa bande d’amis composée de Tao, Elle et Isaac écoute ses angoisses, panse ses blessures et surtout n’essaye jamais de le changer. Les bullies existent comme dans la vraie vie, bien sûr, mais ils sont ridicules et remis à leur place.

Dans un monde audiovisuel où coups bas et subterfuges sont à la mode, on se rend vite compte que Heartstopper détonne. La bienveillance y est reine : les personnages, loin d’être parfaits, ne font pas toujours les bons choix (les mensonges par omission et les non-dits sont souvent au cœur de l’intrigue) mais ont le mérite de reconnaître leurs torts et de communiquer pour arranger les choses. On est loin de Gossip Girl ou d’Elite, autres séries adolescentes à succès…

Le plus surprenant dans tout ça ? Heartstopper est une série qui fait du bien. Adieu sorts funestes ou rôles de faire-valoir réservés aux personnages homosexuels (meilleur ami du héros ou de l’héroïne, antagoniste frustré de devoir rester dans le placard ou “candidat à la diversité”) et bonjour représentation positive qui montre un couple soudé et un entourage aimant, véritables lueurs au bout du tunnel après des années de personnages queers connaissant une fin tragique (dans Xena, Buffy ou American Horror Story).

C’est ce qu’on appelle le trope “Bury Your Gays”. Un trope (mot qui nous vient de l’anglais), c’est un schéma narratif, une récurrence scénaristique. Une sorte de ficelle attendue par le téléspectateur. Après des années de censure dans la fiction, il devient acquis qu’un personnage queer traversera de nombreux obstacles avec une thématique inaliénable : la souffrance. Descente aux enfers, suicide, maladie, agressions physiques… Souvent condamnés et sacrifiés, les protagonistes queers sont de véritables laissés-pour-compte de la fiction.

Pour la créatrice et auteure de la série Alice Oseman, il est important de mettre en scène ce qu’elle appelle la “queer joy” car ce genre d’histoire reste trop rare : “Il y a beaucoup plus de contenu queer à la télé aujourd’hui mais il est plutôt destiné aux adultes. Et beaucoup d’histoires queers sont encore très sérieuses ou basées sur le trauma.”

On a besoin de fictions remplies de personnages queers heureux et épanouis, d’autant que la vulnérabilité de chacun ne s’efface jamais vraiment.

Inspirer la jeunesse Queer

De mon côté, j’aurais aimé grandir avec ce genre de récit pour enfin y voir un garçon qui me ressemble : parfois seul mais bien entouré, romantique et maladroit, naïf et surtout qui s’excuse quasi systématiquement. Une manière de comprendre que, même si la lumière au bout du tunnel se fait attendre quand on se sent différent, tout finira par s’arranger.

En 2020, une étude commandée par Procter & Gamble et GLAAD (une ONG américaine se concentrant sur la défense des droits des LGBTQIA+) montrait que la représentation queer dans les médias contribuait grandement à l’acceptation de ces minorités au quotidien. L’idée n’est pas de remplir des quotas mais de montrer une diversité des orientations et des genres à l’heure où, selon Santé Publique France, plus de 39 % d’homosexuels et de bisexuels reconnaissent avoir vécu un épisode dépressif (c’est deux fois plus que chez les hétérosexuels interrogés). Le chiffre monte même jusqu’à 56 % pour les personnes trans.

Pour ma part, je me souviens de la sortie de Love, Simon, premier film produit par une major de cinéma centré sur une relation homosexuelle entre deux adolescents. À l’époque, on est en 2018 et pourtant, j’étais comme un enfant dans la salle de cinéma. C’était tendre, imparfait et mignon comme un premier amour et je m’en souviendrai encore longtemps. Sorti dix ans plus tôt, le film m’aurait sûrement inspiré à m’assumer plus rapidement. Mais l’histoire en a voulu autrement.

Car au début des années 2010, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Heureusement, je pouvais compter sur Glee et sur le personnage de Kurt. Fan de musique et de mode comme moi, j’enviais sa capacité à être lui-même partout : au lycée, à l’extérieur, sur scène. Aujourd’hui, même si je suis conscient des aspects problématiques de la série, je garde une certaine tendresse pour ces histoires qui ont aidé à ma construction.

À cette période aussi, un nouveau canal permet de s’ouvrir sur le monde et de s’affranchir de la vision parfois étriquée proposée par la télévision : YouTube, où des personnes ordinaires racontent leurs expériences, leurs travers et leurs difficultés à s’accepter. C’est le début du vlogging et des créateurs de contenu gay qui mettent en scène leur quotidien : Connor Franta, Troye Sivan… Autant de personnalités qui rassurent car elles évoluent dans la même sphère que nous : le réel. “S’ils peuvent être out, heureux et épanouis, alors moi aussi”, pensais-je en les regardant.

À son lancement en avril 2022, Heartstopper est partout et plus seulement sur Internet, où son histoire a débuté. La série s’affiche également en ville : une histoire d’amour homosexuelle qui prend d’assaut les panneaux d’affichage comme pour reprendre possession d’un espace qui n’est pas toujours favorable aux communautés LGBTQIA+.

Sur les réseaux sociaux, les avis positifs pleuvent, toutes générations confondues. Je ne suis visiblement pas un cas isolé. “Par-dessus tout, j’espère que la série fait sourire les gens et illumine leurs journées”,  explique Alice Oseman dans une interview. “Mais j’espère également qu’elle inspire les jeunes queers à croire qu’ils peuvent trouver le bonheur et l’amour, dans leurs relations romantiques comme dans leurs amitiés.”

Heartstopper, c’est mignon, parfois naïf. À toutes celles et ceux qui considèrent la bienveillance de la majorité des personnages comme un manque de réalisme, je dis que la représentation est plus importante qu’une quelconque réalité. On a besoin de fictions remplies de personnages queers heureux et épanouis, d’autant que la vulnérabilité de chacun ne s’efface jamais vraiment. Nick se pose des questions sur sa sexualité, Charlie fait face à sa peur du rejet et de l’abandon, matérialisée par des nuages noirs qui envahissent l’écran jusqu’à le submerger entièrement. Ces personnages sont comme nous : vivants, multidimensionnels et leur orientation sexuelle n’est pas leur seule raison d’être.

À mes bourreaux du collège, ceux qui ont écrit “PD” à l’effaceur sur la doublure de mon manteau, ceux qui m’ont volé la découverte organique de ma sexualité en me collant une étiquette avant même que je sache qui j’étais vraiment, à ce garçon de terminale qui m’a fait craindre la rumeur et le coming out forcé, je vous dédie cette série qui montre aux jeunes et moins jeunes d’aujourd’hui qu’il n’y a absolument aucun mal à aimer qui on aime. Mieux, on mérite des histoires qui nous ressemblent et qui finissent bien, à l’écran comme à la vie.

 

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