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Poppy : “Rien ne peut plus m’atteindre aujourd’hui“

Apparue sur la toile en 2014, Poppy est une artiste comme il n’en existe qu’une. Âgée de 19 ans à l’époque, la jeune femme rencontre un succès fulgurant à travers une série de vidéos énigmatiques qui introduisent un personnage à mi-chemin entre l’adolescente modèle et l’intelligence artificielle. Publiée le7 janvier 2015, sa vidéo « I am Poppy » montre l’artiste répétant son nom pendant 10 minutes et 1 seconde, comme pour l’inscrire au plus profond de notre inconscient. Culminant aujourd’hui à plus de 26 millions de vues sur Youtube, la vidéo est une relique de la culture web, et un manifeste artistique autour duquel se sont articulés les cinq premières années de sa carrière musicale.

Photographe : Alexandre Haefeli
Styliste : Damese Savidan

Signée chez Island Records puis Mad Decent, Poppy publie deux albums et trois EP entre 2015 et 2019. Sur Poppy.Computer, son premier LP, elle développe son personnage et assoit un style original : pop faussement naïve, truffée de références politiques et de métaphores sur l’impact des technologies sur notre société. Brouillant sans cesse la frontière entre réel et virtuel, Poppy incarne la quintessence de la pop star sur papier glacé, pantin articulé au service d’un capitalisme pro-digital qui, voué à l’expansion totale, semble annoncer la mort de l’humanité. Un thème central de ses œuvres pré-2020, explicité dans les paroles de son titre “Time Is Up”. 

Cultivant cet alter ego de jeune première robotique mi-ange mi-démon, Poppy sème le trouble à mesure que sa légende se construit sur le web. Sur Reddit, YouTube, Instagram, des milliers d’internautes tentent de décrypter le phénomène, avec perspicacité ou non, oubliant parfois que Poppy est un personnage, une performance imaginée et réalisée avec brio par la talentueuse Moriah Pereira. Ancrée dans son rôle lors de toutes ses apparitions publiques, Poppy ne laisse que très rarement entrevoir l’artiste derrière le masque. Suscitant la réflexion autour du mythe de la pop star et du contrôle qu’exerce l’industrie sur les artistes, personne ne se doutait que Moriah Pereira pouvait être victime des maux précis que dénonçait Poppy. 

En 2019, Titanic Sinclair – le manager toxique et avare de ses débuts – se retrouve au cœur d’un scandale. Mars Argo, ancienne compagne et collaboratrice, l’accuse de plagiat et de violence domestique. D’abord silencieuse, Poppy annonce quelques mois plus tard avoir remercié son manager, puis révèle avoir été elle-même victime des “stratégies de manipulation [que Titanic Sinclair] répète depuis des années”. Dans un communiqué,  elle développe : “Je n’ai jamais été complice des actions de cet homme. J’ai plutôt souffert de maux similaires à ceux dénoncés par [Mars Argo]. Cet homme a plusieurs fois utilisé le suicide pour me manipuler. Ce sont des tactiques qu’il utilise depuis des années. Il vit dans l’illusion d’être un cadeau pour cette planète, s’est cousu une histoire pour persuader le public qu’il était un marionnettiste, ce qui est loin d’être la vérité. Je ne demande pas de sympathie, je ne suis pas une faible victime, mais il me fallait mettre les choses au clair. Je n’ai jamais été aussi heureuse.” 

En 2020, libérée de l’emprise de celui- dont-elle-ne-prononce-plus-le-nom, Poppy dévoile un nouveau visage avec la sortie de son troisième album, I Disagree. Troquant le blond platine pour le noir ébène, et se drapant d’un rock/metal transgressif, Poppy et Moriah – qui semblent désormais former une même entité – laissent entendre une rage contenue pendant de trop longues années. Un cri du cœur salvateur et couronné de succès, puisque Poppy, qui assure que “rien ne peut plus l’atteindre aujourd’hui”, était la première artiste féminine sélectionnée dans la catégorie metal aux Grammy Awards cette année.

Aujourd’hui signée chez Sumerian Records – label légendaire du metal – Poppy dévoile EAT (NXT Soundtrack), un EP très attendu qui puise son inspiration dans le punk rock 90’s et dans ce que le metal a su faire de plus pop. Réincarnée, libérée des chaînes de ses débuts, Poppy se confie à NYLON avec lucidité sur les raisons de sa métamorphose. Au téléphone, la jeune femme de 26 ans apparaît en artiste libre, indépendante et révoltée, déterminée à n’écouter qu’elle-même et à faire rugir sa voix derrière batteries frénétiques et guitares saturées.

Bustier LECOURT MANSION
Jupe MARIE ADAM-LEENAERDT
Gants NICOLAS GUICHARD
Boucles d’oreilles D’HEYGERE

Poppy, c’est un plaisir de te recevoir dans les pages de NYLON France. Félicitations pour ta nomination aux Grammys, et pour cette performance incroyable de ton titre “EAT” !

C’était un honneur. Je n’aurais jamais imaginé que mes premiers Grammys se dérouleraient de cette façon, compte tenu des circonstances cette année, mais je suis heureuse d’avoir pu jouer “EAT” sur cette scène. Ce morceau traite d’un sujet qui me touche ainsi qu’un grand nombre de personnes : un trouble de l’alimentation contre lequel j’ai lutté par le passé et sur lequel je ne m’étais encore jamais exprimée. Je me suis rarement sentie aussi alignée avec moi-même qu’en chantant ce morceau sur la scène des Grammys ; la performance venait réellement de mes tripes.

Ton prochain album sera-t-il le plus intime de ta discographie ?

Il y a des éléments intimes, effectivement.

Jusqu’à présent, tu n’abordais que rarement des sujets liés à ton intimité. As-tu la sensation de devoir t’ouvrir à ton public aujourd’hui ?

Je ne pense pas devoir quoi que ce soit au public, même si certain.e.s ont parfois l’impression qu’il le faudrait. En revanche, j’ai la sensation d’être capable de communiquer à travers l’art, de créer chaque jour de ma vie, lorsque je respire et que j’expérimente les choses. Je sais que je ne suis pas la seule à ressentir, mais la plateforme que l’on me donne me pousse à m’exprimer sur certains sujets. Je reste néanmoins à distance de la politique – c’est vraiment le bordel et je ne pense pas que ce soit mon rôle en tant qu’artiste. Je préfère m’attaquer aux conflits internes et aux problèmes du monde. Il me semble naturel de poser ces questions que de nombreux jeunes se posent également.

Aujourd’hui, tu es une Poppy bien différente de la Poppy androïde que nous avions découverte en 2015. Que s’est-il passé ? As-tu la sensation d’être toujours la même Poppy ?

Chaque artiste se doit d’évoluer au fil de sa carrière. Je suis une Poppy évoluée : celle qui ne se laisse emmerder par personne. Il est arrivé un moment dans ma vie où la réalité est devenue plus étrange que la fiction. Les choses se sont alors précipitées et j’ai ressenti la capacité de m’attaquer à de nouveaux sujets. J’ai mûri en tant que femme et me suis saisi de ma liberté. Cela m’a permis d’affiner ma parole et de donner naissance à mon nouvel univers musical.

Manteau LOUBNA OUAQQA

Robe OLIVIER THEYSKENS
Bottes CHRISTIAN LOUBOUTIN
Collier HUGO KREIT
Bracelet de cheville LORETTE COLÉ-DUPRAT

Intitulé I Disagree, ton troisième album introduisait une nouvelle signature sonore, pop infusée de metal glam-rock qui semble refléter tes désirs de révolte. Envers quoi exprimais-tu ton désaccord ?

Envers certaines personnes qui pensaient que leur voix comptait plus que la mienne. J’exprimais surtout mon désaccord envers le pouvoir qu’un homme avait sur moi à l’époque.

En parlant de cette personne, ton titre “BLOODMONEY” ne lui est-il pas dédié ?

Ce titre s’adresse à tous les hypocrites. Mais je m’adresse en effet à cet ancien manager qui ne m’écoutait pas, et paradait au volant d’une voiture de sport, Rolex au poignet, pendant qu’il me dérobait tout mon argent. Il n’a pris aucun soin de moi pendant toutes ces années, et m’a purement et simplement mise en danger. Je ne le pardonnerai jamais pour ce qu’il m’a fait endurer.

Bustier LECOURT MANSION
Jupe MARIE ADAM-LEENAERDT
Mules ABRA
Gants NICOLAS GUICHARD
Boucles d’oreilles D’HEYGERE

Quelles leçons as-tu tirées de cette mésaventure ?

Oh, les leçons sont nombreuses ! Cette histoire m’a d’abord appris que j’allais devoir me battre avec férocité pour être entendue. Je n’avais jamais eu la sensation d’avoir été discriminée en raison de mon genre auparavant. Aujourd’hui, j’ai conscience du nombre d’hommes toujours en charge ; ces détenteurs de pouvoir aux idées biaisées sur la façon dont les choses doivent être dirigées. Je ne jette pas la pierre à tous les hommes ; mais ces magnats dont je parle sont ceux qui m’ont causé le plus de tort. C’est une bonne chose que la parole se soit libérée à ce sujet, mais il est d’autant plus important d’être spécifique, de nommer et de dénoncer ces personnes qui n’appartiennent qu’au passé.

Comment te sens-tu lorsque tu cries sur scène au micro ?

Crier est une façon de dire que rien de tout cela ne peut plus m’atteindre ou me blesser, désormais. Exister, d’autant plus en tant que femme dans l’industrie musicale, c’est savoir qu’il y aura toujours quelqu’un pour tenter de te rabaisser. Je veux dire à ces personnes que je les vois, et que je ne laisserai rien passer. Dans mes morceaux, je m’adresse aussi parfois à mes propres pensées, pour leur dire qu’elles ne pourront plus me détruire à l’avenir.

Trench MIPINTA
Bottes CHRISTIAN LOUBOUTIN

Peut-on te retourner la question que tu poses dans “BLOODMONEY” ? En quoi crois-tu lorsque personne ne regarde, Poppy ?

Je crois en notre capacité à faire le bien. Cette interrogation a pris davantage de sens ces derniers temps pour moi. Ce n’est pas une question d’être bon lorsque les caméras tournent. Il s’agit d’être bon lorsque personne ne vous regarde. Ceux qui apparaissent sous leur meilleur jour publiquement sont parfois le mal incarné lorsque les rideaux sont tirés.

Extrait de I Disagree, ton titre “Don’t Go Outside” sonne aujourd’hui comme une prophétie de l’année qui nous attendait. Tu y dépeins un monde apocalyptique et gangrené par la peur dans lequel il ne reste plus qu’à se taire et se cacher. Dis-nous quelles sont tes sources !

(Rire.) Je ne peux pas prédire l’avenir, mais je peux ressentir les choses. Mon outil principal de création, c’est mon subconscient. Lorsque je crée, je n’ai pas tout à fait conscience de ce que je suis en train de créer. Ce n’est qu’une fois l’œuvre achevée que j’identifie les motifs. Alors seulement, je remplis les vides et réalise ce que le résultat final exprime. Il n’est pas question de prédire l’avenir mais d’être capable de projeter son esprit pour imaginer une vision potentielle de l’avenir.

Que peux-tu nous dire à propos de ton prochain disque ?

Mon prochain album diverge encore un peu plus par rapport à ce à quoi Poppy vous avait habitués. J’ai passé toute l’année dernière en studio, j’ai un tas de morceaux à dévoiler et je suis très excitée à l’idée de les jouer sur scène. Je me sens très chanceuse de faire ce que je fais aujourd’hui, et surtout d’avoir le public qui est le mien.

Top et Pantalon MUGLER
Mules ABRA
Collier LORETTE COLÉ-DUPRAT

« ALLÔ POPPY »

Nos questions de fans à l’iconique Poppy.

@IAMJUSTAFACT
Où irais-tu si tu pouvais remonter dans le temps ? 

Si je devais remonter dans le temps, je choisirais les années 1960 et uniquement pour le glamour et la mode d’Hollywood. 

@IAMJUSTAFACT
Quelle est ta chanson préférée de l’année 2021 jusqu’à présent ? 

“In Between Days“ de The Cure. C’est celle que j’écoute le plus. 

@EXPLONUIT
Est-ce que tu vas explorer d’autres genres musicaux après la pop et le metal ? 

Sans doute, car je ne m’interdis rien.

Robe et bottes MARIE ADAM-LEENAERDT

@YOURONIONBOY
Quel est ton film d’horreur préféré ? 

C’est difficile d’en choisir un seul car j’aime un tas de films pour des raisons différentes. Mais j’adore les films Terrifier, Mandy et It Follows.

@MULET3000
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui se rend compte qu’il est manipulé ? 

Il faut se faire violence pour sortir de cette situation. C’est en effet plus facile à dire qu’à faire, mais quand tu t’en sortiras enfin, tu regarderas en arrière et tu te diras très probablement “Comment j’ai pu accepter cela ? Pourquoi je ne suis pas parti plus tôt ? ”. Il ne faut pas s’en vouloir, mais une fois que le brouillard se dissipe et que tu y vois enfin clair, tout devient plus logique et tu pourras donc de défaire de cette situation toxique.Il faut se laisser vivre et profiter du présent.

Rédactrice en chef : Elisabeta Tudor
Directeur Artistique : Nicolas Dureau
Journaliste : Thémis Belkhadra
Photographe : Alexandre Haefeli
Assistant Photographe : Jérémie Monnier
Styliste : Damese Savidan
Assistantes stylistes : Déborah Gabeloux & Manon Pelinq
Maquilleur : Hugo Villard chez Agence Saint Germain
Coiffeur : Quentin Lafforgue chez Agence Saint Germain
Manucure : Eri Narita
Set designer : Camille Lichtenstern
Production : Producing Love
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