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Panayotis Pascot, déclaration d’humour

De Vine au stand-up en passant par la télévision : à seulement 23 ans, Panayotis Pascot est un humoriste au CV déjà bien rempli. Celui qui enchaîne les salles complètes avec son spectacle Presque se confie sur les hauts et les bas de son parcours, les vertus cathartiques de la scène et son besoin quasi viscéral de raconter des histoires. 

Photographes Alex Brunet & Olga Varova
Styliste Nicolas Dureau

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C’est en 2015 que le grand public découvre Panayotis Pascot dans Le Petit Journal. À 17 ans tout juste, cet humoriste qui a fait ses armes sur Vine et YouTube débarquait dans l’émission de Yann Barthès pour faire rire ses 2 millions de téléspectateurs. Un pari réussi pour l’adolescent qui passera deux ans sur le petit écran avant de tout quitter pour se lancer dans le stand-up. Aujourd’hui, le blagueur candide a bien changé. Lancé en 2019 – juste avant la pandémie de Covid –, son premier spectacle Presque est un gros succès. Avec une tournée dans toute la France, Bobino et l’Olympia annoncés pour 2022, celui qui accumulait les allers-retours en RER à 13-14 ans pour rencontrer ses humoristes préférés aurait-il déjà atteint le sommet ?

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À 23 ans tu as déjà travaillé à la télé, écrit un court-métrage, joué dans des films, fait un Ted X, monté ton premier spectacle et j’en passe. On sent que tu as soif de faire plein de choses, découvrir différents milieux… D’où te vient cette ambition ?

Il n’y a pas longtemps, j’ai compris que j’étais plus fan des histoires que du médium. Le point commun entre tous mes projets, c’est de raconter des histoires et de créer un écho chez les gens. C’est pour ça que Childish Gambino est un exemple – inatteignable – pour moi. Il a commencé par le stand-up puis a été acteur, réalisateur, a eu une carrière de ouf dans la musique et ce sont souvent les mêmes thèmes qu’il aborde. Ce que j’aime, c’est pouvoir raconter sur tous les médiums possibles des histoires qui ont des racines communes. 

Comment pourrais-tu présenter ton spectacle en quelques mots ?

C’est compliqué d’avoir un troisième œil sur soi. Je trouve que c’est un spectacle marrant. C’est fou parce que je l’ai fait beaucoup de fois et je me fais toujours rire sur scène. Ça fait le gars prétentieux alors que pas du tout. Je suis tellement lié à ce spectacle qu’il évolue en même temps que moi. Il raconte cette espèce de moment, le soir, quand on fixe le plafond en se disant : “Mais putain, quand est-ce que je vais devenir moi ? Quand est-ce que ça va arriver ?” En fait, je crois que ça n’arrive jamais. C’est un spectacle qui fait gentiment le deuil du fait qu’on ne sera jamais soi, mais toujours “presque soi”. Et c’est pour ça que ce spectacle s’appelle Presque. Ça paraît chiant quand je le décris comme ça, mais c’est marrant. 

Tu as commencé ce spectacle avant la pandémie de Covid-19 : est-ce qu’il a évolué ? Et de quelle façon ?

Je crois qu’il est devenu plus intime. Et bizarrement, j’ai l’impression qu’il y a plus de rires maintenant. Le confinement a été un moment où l’on nous a forcés à prendre une pause dans nos vies. Tout le monde a pris un peu de recul et a dit : “Ah c’est ça ma life ? C’est ça moi ?” Je venais de commencer le spectacle dans des grandes salles, ça allait très vite pour moi et d’un coup, tout s’est arrêté. Je me suis dit : “Bah plonge à l’intérieur.” Ça a permis au spectacle d’être plus introspectif. Et ce qui est fort en stand-up, c’est que plus le spectacle est personnel, plus il est universel.

Personnellement, ce que j’ai apprécié, c’est que tu te moques de tes failles, de tes insécurités plutôt que de te moquer des autres… C’est volontaire ?

Oui je pense que c’est volontaire. J’aime bien monter sur scène avec des trucs dont je n’ai pas envie de parler. Dans la vie, les proches me le disent souvent : “Que t’ailles bien ou mal, tu as toujours la même tête, tu dis tout le temps les mêmes trucs et les mêmes blagues.” Le spectacle m’a aidé à me comprendre. Je trouve que c’est plus simple de parler de choses qui font peur sur scène que dans la vie. D’ailleurs, je me sers de la scène pour essayer d’exprimer les choses qui sont dans mon angle mort. C’est mon intimité. Ce qu’il y a à l’intérieur, ce que j’ai du mal à comprendre, je le dissèque sur scène avec les gens devant moi. Comme si j’avais un pistolet sur la tempe : il faut faire rire les gens. Ils veulent une bonne histoire donc je plonge à l’intérieur et je n’ai pas le droit de mentir. C’est assez challengeant et stimulant.

D’ailleurs, comment on crée un spectacle d’humour ? Quel est le processus ?

Pour monter un spectacle, tu es obligé de passer par les comedy clubs pendant un temps. Parce qu’il faut être à l’aise sur scène. C’est la première étape et c’est dur. En plus, j’avais vraiment une tête à claques depuis mon passage à la télé, et sur scène, c’était compliqué. Après cette étape, il faut comprendre ce dont tu as envie de parler. À mon avis, ce qui différencie les bons stand-uppers des autres, c’est leur capacité à se rapprocher du cerveau des gens. Si tu montes sur scène, c’est que tu penses que ce que tu vas dire est marrant. Je pense d’ailleurs que tout le monde est marrant. Ce qui est dur, c’est de faire comprendre aux autres ce qui est marrant dans ce que tu racontes. Et c’est pour ça qu’un bon humoriste, quand il est sur scène, tu te dis “Putain j’ai toujours pensé ça”, parce que tu es dans sa tête à cet instant.

Et techniquement, comment fais-tu pour l’écrire ? Tu t’enfermes chez toi ?

Dans le stand-up, t’es un peu obligé d’écrire pendant que tu montes sur scène. En fait, tu écris avec les gens. C’est un dialogue, le stand-up. Je parle, vous rigolez. C’est dur d’écrire un dialogue quand t’es tout seul. En ce moment, j’écris un petit truc, à 19 h je monte sur scène et je teste. Je fais ça quasiment tous les soirs avant mon spectacle. Je rode de nouveaux passages, je tente de nouvelles transitions et ça, c’est quelque chose que tu fais en comedy club.

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Le comedy club est-il un milieu bienveillant ?

C’est un milieu chelou car c’est un milieu qui est basé sur le rire. En France, les faiblesses des autres, ça nous amuse. C’est pour ça que j’ai beaucoup travaillé le spectacle à Montréal parce que là-bas, c’est l’amour de la bienveillance. Là-bas, les autres humoristes vont te dire ce qu’ils ont trouvé cool, ce qu’ils n’ont pas compris… Alors qu’en France, s’il n’y a pas de rires, ils vont te dire : “Ah putain, c’était éclaté ce que t’as fait !” C’est dur mais c’est une ambiance très collège au final. C’est aussi stimulant car il y a une espèce de fraternité dans le stand-up qui est quand même assez belle. Au final, on est tous dans la même merde : on est tout seul sur scène et on essaie de faire rire des gens qui ne nous connaissent pas.

D’ailleurs, tu as collaboré avec Fary sur ce spectacle. Quelle est ta relation avec lui ? Un mentor ? Un ami ?

On est très potes et on a même été colocs ! Mon mentor, je dirais plus que c’est Alex Lutz dans ce milieu. Encore récemment, il est venu au spectacle et m’a donné des conseils. Fary, c’est plus un frère. Bizarrement je le connais depuis que j’ai 12 ans. Quand je faisais mes interviews sur YouTube, j’avais rencontré une directrice de casting qui m’avait trouvé un peu marrant et elle m’avait mis sur un casting pour une pub Nintendo en Roumanie, et Fary était dessus. On s’est recroisés quelques années plus tard, on est devenus potes et il a accepté d’être mon metteur en scène.

Y a-t-il d’autres humoristes qui t’inspirent ou t’ont donné envie de te lancer dans l’humour ?

Alex Lutz. Je pense que son premier spectacle, c’est celui que j’ai le plus vu de ma vie. Adib Alkhalidey, je ne le connaissais pas jeune, mais c’est vraiment lui qui m’a fait comprendre quel style de stand-up je voulais faire. Il est très basé sur les méandres internes et les trucs un peu psychologiques… J’adorais le regarder décortiquer ce qui se passe dans le cerveau de quelqu’un. On est devenus très potes et dès que je vais à Montréal, il m’héberge. Il est aussi sur la mise en scène de mon spectacle et on a d’autres projets. Aux USA, il y a aussi plein d’humoristes que j’adore : Louis C. K., Bill Burr, Michael Che…

Et pourquoi as-tu voulu faire de l’humour sur scène et pas sur les réseaux sociaux par exemple ?

Parce que j’adore le contact humain. J’ai essayé pendant un moment de refaire ma chaîne YouTube mais ce n’était pas du tout la même chose. Le stand-up, c’est vraiment un art qui s’exerce dans des conditions particulières. Je trouve ça incroyable de pouvoir être déclencheur d’émotions chez des gens et de les voir. C’est presque excitant, il y a un truc quasi de l’ordre sexuel dans le stand-up. Je monte sur scène et on va passer un moment ensemble pendant une heure, on va être sur la même énergie… C’est un date quand on y pense. Tous les soirs, je suis en date avec 400 personnes. C’est une sorte de relation et j’adore ce truc très humain.

C’est aussi pour ça que tu as quitté le milieu de la télé ?

La télévision, c’est une question de flux, il faut tout le temps qu’il y ait du contenu. C’était dur car la première année au Petit Journal, je passais mon bac S en même temps dans un lycée à Évry. Je ne faisais que des allers-retours en taxi tout le temps, ça m’a épuisé. La deuxième année, ils m’ont proposé de doubler mes chroniques donc j’avais plus de travail. Ça m’a appris plein de trucs dont le sens de l’efficacité. Mais le mantra de la télé, c’est le mieux est l’ennemi du bien. Ce que t’as, tu l’envoies quoi. Et moi, je voulais prendre le temps de peaufiner quelque chose. Ce que j’ai adoré avec le spectacle, c’est de pouvoir faire évoluer une idée dans des comedy clubs pendant des semaines, voire des mois. Essayer de trouver la bonne forme, le bon mot, la bonne mécanique… C’est un truc de l’ordre de la sculpture, de l’artisanat.

Tu es parti uniquement pour une question de temps ou aussi à cause de ta surexposition à un si jeune âge ? 

C’était violent un peu. Dans le sens où, à 17 ans, d’un coup, il y a plein de gens qui savent qui tu es alors que toi, tu ne sais pas qui t’es. C’est très bizarre. Je n’étais pas très heureux en plus. En tant qu’adolescent, j’avais hâte d’être un adulte. C’était violent aussi car c’était l’émission la plus suivie par les gens de notre âge. Tout a changé dans mon lycée du jour au lendemain, le regard des autres, de mes proches… On m’invitait à plein de soirées mais je sentais que ce n’était pas pour moi, que les gens s’en foutaient, qu’ils voulaient juste un gars qui était la télé. Je me souviens, un jour, j’étais en date avec une fille. Le serveur est venu et a juste dit : “Ah marrant, c’est vous ! La chronique d’hier était pas ouf.” C’était plein de trucs comme ça qui ont fait que c’était un peu dur à gérer… Les gens partent du principe que l’image qu’ils ont de toi, c’est ce que tu es.

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Justement depuis ton passage au Petit Journal, tu incarnes un personnage naïf voire inoffensif… T’es vraiment comme ça dans la vie ?

Je dirais que je suis moins naïf et que je donne une image de mec doux. J’ai plus l’impression que je suis aligné avec l’image que je renvoie aujourd’hui parce qu’en vrai, je ne suis pas le gars le plus marrant de tous les temps. Quand je suis en soirée avec des humoristes, je les écoute et je me tape des barres. J’ai moins ce truc de vouloir “prouver”. Je suis moins en attente d’un retour des gens ou de savoir ce qu’il y a à l’intérieur. Je pense que je suis plus un gars qui ne sait pas et je suis à l’aise avec ça. Alors qu’avant, je voulais faire le mec qui sait.

Tu parles de ta maman à la fin du spectacle : elle te dit de tenter l’humour, de te lancer dans ton spectacle et de tester autre chose si ça ne marche pas… Penses-tu qu’humoriste va être ton seul métier après ce premier essai ?

Ce ne sera pas mon seul métier, c’est sûr et certain. Par contre, je me sens rarement autant à ma place que quand je suis sur scène. Ça paraît débile comme phrase mais j’ai vraiment l’impression d’être au service d’un truc. Quand j’étais petit et que j’allais voir des humoristes, c’était vraiment le highlight de mon mois. Et je kiffe cette idée-là. C’est pour ça que je sens que je serai humoriste et que je continuerai à faire des spectacles, mais sans faire que ça non plus.

Pour finir, est-ce qu’il y a un conseil qui t’a vraiment aidé à te lancer dans l’humour ?

“Fais-le.” En vrai, ce qui fait peur dans le stand-up, c’est de monter devant les gens. “Si je ne suis pas marrant ou que je tombe sur scène, on va se foutre de ma gueule.” Un jour, un humoriste m’a dit : “Tout le monde s’en fout.” Toi, t’es le centre de ta vie, mais en vérité, si t’es pas bon, les gens oublient ton nom au moment même où tu descends de scène. Ça m’a grave détendu et j’ai pu tenter des trucs de ouf car en soi… Il n’y a rien à perdre !

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ALLO PANAYOTIS ?

NOS QUESTIONS DE FANS À L’ICONIQUE PANAYOTIS PASCOT  

Les fans : @emratatouille, @mariegznt, @eddydab, @inesaftis

Est-ce que c’était ton rêve depuis tout petit de faire ce métier ?

Non pas du tout, je voulais être réalisateur. Et je le veux toujours. Quand j’étais petit, plusieurs réalisateurs m’ont inspiré. Ça va faire bobo mais Hitchcock, quand je voyais ses films, je me disais : “Comment un gars qui a réalisé un truc dans les années 60 peut me faire ressentir autant d’émotions aujourd’hui ?” Mais aussi Judd Apatow, qui était stand-upper à la base, et Nolan avec Memento.

Es-tu content de retrouver ton public après les périodes successives de confinement ?

Non vraiment pas ! (Rire.) Bah si, c’est incroyable ! En plus, il y a eu ces espèces de fausses retrouvailles pendant un mois et demi entre les deux confinements avec des masques à 18 h – comme le couvre-feu était à 21 h – et il y avait une place entre chaque personne… C’était horrible. C’est plus marrant de se retrouver maintenant que les salles sont pleines et que le masque n’est plus obligatoire – si tu as ton pass sanitaire. Il y a une énergie de dingue dans les salles, c’est vraiment excitant. Je me sens chanceux de pouvoir continuer ce métier après cette période.

En ayant accompli autant de choses très tôt, est-ce que tu n’as pas peur de vite t’ennuyer ?

Moi, je dirais que je n’ai pas accompli grand-chose, c’est ça qui est marrant. J’ai envie de faire d’autres trucs. Je ne vois pas ça comme des cases que je coche. Je me vois toujours dans une espèce de continuité : si je kiffe un truc, j’essaye, je donne tout ce que je peux et on voit si ça fonctionne ou pas. Il y a plein de trucs que j’ai tentés et que j’ai foirés. Je ne m’ennuie pas vraiment car quand je m’ennuie, j’essaie de partir. J’ai la chance que mes parents m’aient transmis ce truc-là : si ça ne me convient pas, je tente autre chose. Je n’étais plus à l’aise à la télé, donc je suis parti. Si je m’ennuie sur scène, j’espère que je pourrais tester autre chose ailleurs.

Est-ce que tu as un rôle de mentor aujourd’hui avec un humoriste émergent ? Si non, est-ce que c’est quelque chose qui te plairait et dont tu te sentirais capable ?

Ouais, j’adorerais. Ce n’est pas le cas aujourd’hui car je n’ai pas assez de stand-up dans les pattes. Je ne suis pas Fary, je n’ai pas fait Bercy. Là, on vient d’annoncer les dates à lOlympia, peut-être que dans quelques années oui. Mais j’ai encore besoin de conseils. En revanche, il y a des artistes avec lesquels je sens que j’ai une accointance, eux n’ont pas encore de spectacle et vu que j’en ai un depuis quelque temps, j’essaie de leur donner des conseils. C’est plus de la fraternité que du mentorat parce que je n’ai pas la stature pour être un mentor. Je trouve ça super cool et important d’avoir quelqu’un avec qui discuter de ça.

Photographes : Alex Brunet & Olga Varova
Styliste : Nicolas Dureau
Assistante : Styliste Léa Salaün
Maquilleuse : Chloé Paccard
Coiffeur : Kevin Jacotot
Journaliste : Manon Le Roy Le Marec
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