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Musique

Nathy Peluso n’a peur de personne

Avec son album Calambre, véritable électrochoc provocant, la chanteuse argentine dénote par une sensualité frontale et sans filtres.

Nicolas Dureau : Directeur Artistique
Photographe : Ana Sting
Styliste : Carolina Galiana

Si vous habitez les Internets, vous avez déjà croisé Nathalia Peluso sous une forme ou une autre : ses pas de salsa sur TikTok, ses spaghettis au beurre sur Instagram, sa musique à travers les lèvres de Cardi B, fan de son single Delito… Depuis la sortie de son album Calambre en octobre dernier, le nom de cette Portègne de 26 ans est sur toutes les lèvres. Peu étonnant, car dans sa musique, chacun peut trouver son compte : électro latino, hip-hop, salsa, R&B, big band… L’éclectisme est son credo, et elle ne s’en cache pas. “Je suis quelqu’un de très changeant. Je me sens différente chaque jour, et je m’exprime de manière différente chaque jour”, lâche-t-elle au téléphone, la voix légèrement jet-laguée – elle vient de troquer Barcelone pour Buenos Aires. “Pourtant, au fond de moi, je suis une fille très classique.”

Il y a quelque chose de très cohérent dans ce mix & match, une méthode à sa folie. S’il ose mélanger du reggaeton débridé avec des rythmes de salsa classiques et des clins d’œil au tango, Calambre échappe à la schizophrénie musicale grâce au fil conducteur des sujets préférés de Nathy. “L’idée était que tout l’album soit une réflexion autour des plaisirs simples de la vie, avec le ton passionné et intense sur lequel j’ai toujours aimé vivre”, explique la chanteuse. Sa personnalité – gourmande, excessive, chaleureuse et frontale – fait que les gens l’adorent ou la détestent ; peu importe, son magnétisme est indéniable.

La première fois que j’écoute Sana Sana, le plus célèbre de ses singles, je n’y comprends rien. Littéralement. Est-elle vraiment en train de chanter en espagnol ? Elle l’explique souvent en interview : “C’est un accent venu de nulle part : un mélange de mon vrai accent, des influences internationales auxquelles je suis constamment exposée, et d’une élocution vaguement ukrainienne que j’ai commencé à pratiquer avec une copine il y a quelques années”. Bienvenue à Nathyland. Après ma perplexité initiale, je me surprends à rechercher ses premières chansons sur Spotify. J’accroche avec Esmeralda, un rap mélancolique et zen de 2017. Corashe – un morceau belliqueux et cru – et Estoy Triste – où elle pleure tragicomiquement – me donnent envie d’en savoir plus. Je vais sur son Insta. Dans ses stories, elle prépare des spaghettis bolognaise à l’aube, après avoir passé la nuit à travailler sur une performance, au côté de la légende argentine Fito Páez, pour l’édition digitale des Grammy latinos. La préparation des pâtes est en soi une performance. Je suis accro. “Ça m’arrive d’être un peu surex”, dit-elle entre deux rires. “C’est une partie de ma personnalité que je pousse vers des extrêmes histrioniques dans mon travail… Mais sans jamais cesser d’être moi-même.”

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Paellas, pizzas et Frank Sinatra

Mais qui est Nathy Peluso ? “Je suis née à Luján, Buenos Aires, comme mes parents, un psychologue et une professeure d’anglais. Tous deux adorent l’art ; j’ai grandi avec une énorme liberté musicale, et beaucoup de variété.” En 2004, lorsque Nathy a 10 ans, la famille émigre en Espagne, passant par Alicante et Murcia, puis Madrid, où elle fait des études de théâtre physique. Elle n’a que 18 ans, mais elle est déjà habituée à la scène. “J’ai commencé à chanter dans les hôtels et les restaurants d’une station balnéaire, Torrevieja, à 16 ans, pour me payer mes études. Je n’étais évidemment pas une star ; c’était de la musique de fond, une bande sonore chic pour la soirée, composée surtout de classiques de Frank Sinatra, Etta James ou Nina Simone.” Des musiciens qu’elle idolâtre, parmi beaucoup d’autres. “On pourrait passer des heures sur mes références musicales, viste”, dit-elle avec son intonation argentine, inchangée malgré presque seize ans passés en Espagne. Sur ses réseaux sociaux, je lui dis que je l’ai vue partager des tangos d’Aníbal Troilo des années 40, mais aussi du Missy Elliott. “J’ai des goûts éclectiques, c’est sûr. En ce moment j’écoute beaucoup de John Coltrane, Cab Calloway, Billie Holiday ou Peggy Lee, que j’alterne avec Stevie Wonder, Lil’ Kim, Dr. Dre et, bien entendu, plein de salsa.” Des choix plutôt old school. “J’aime le côté organique, la musique enregistrée en cassette”, rétorque-t-elle.

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Si l’influence latino-américaine est particulièrement présente chez Nathy, ce n’est pas par hasard. “A l’université, je passais mes journées, de 8 heures à 22 heures, avec mes profs et mes copains qui étaient, pour la plupart, cubains, dominicains et colombiens. Ils m’ont énormément marqué et appris.” Parallèlement à sa formation, elle travaille comme serveuse ainsi que dans des chaînes de production. “J’ai monté des cartons, livré des pizzas et servi des paellas aux touristes”, se souvient-elle. Malgré son emploi du temps corsé, elle réussit à trouver du temps pour expérimenter avec du rap sur des bases électro, qu’elle enregistre avec des amis puis poste sur YouTube. Voilà la genèse de son succès. Et d’Esmeralda, son premier album, qui sera suivi par La Sandunguera un an plus tard, en 2018. “Qu’est-ce qu’une sandunguera ? Disons une dame qui profite des plaisirs de la vie et de la musique”, explique la chanteuse. Pourtant, l’album, dont la pochette présente une Nathy en larmes, ouvre avec un cœur brisé. “Je voulais dévoiler une sandunguera aux antipodes de Celia Cruz, vulnérable, humaine, inattendue. C’était inconfortable mais c’est justement ça que j’ai aimé dans le processus.” La Sandunguera fait polémique sur Twitter : on accuse Nathy d’appropriation culturelle, particulièrement de copier la rappeuse d’origine portoricaine Hurricane G, qui a sorti son seul album solo, All Woman, en 1997. “C’est curieux parce que je ne connaissais pas Hurricane G jusqu’à ce qu’un copain, le producteur argentin Dano, me dise que mon flow lui rappelait celui de sa chanson Barrio, la seule qu’elle ait fait en espagnol si je ne me trompe pas. J’avais déjà sorti La Sandunguera à cette période. Si Hurricane G était une de mes références, je n’aurais aucun problème à en parler, comme je le fais constamment de toutes les autres”, assure-t-elle.

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En quête d’authenticité

Avec Calambre, le débat est resservi. Des voix sur la toile s’interrogent sur ses velléités de blackfishing (quand une Blanche se maquille pour se présenter comme Noire ou métisse sur les réseaux) – en 2018 et début 2019, la chanteuse a porté des cornrows à plusieurs reprises –, et sur sa légitimité dans le hip-hop. Elle a répondu sur le premier point dans le magazine espagnol Semana en décembre dernier. “Ces critiques constructives m’ont beaucoup appris. Je les reçois, je les écoute, je grandis.” Sur le second, elle réfléchit encore. “Si je n’explorais pas d’autres genres musicaux, je ne ferais que des tangos et du folklore. Lorsque je fais des recherches sur une musique, je vais jusqu’au fond, jusqu’à ses racines culturelles et ses raisons d’être. La délicatesse, le respect et la responsabilité sont pour moi essentiels lorsque j’aborde un nouveau genre.” Dans Calambre, elle a travaillé avec son équipe habituelle, étoffée de producteurs et arrangeurs spécialisés dans chacun des styles musicaux qu’elle a explorés. “J’ai bossé avec des Américains, des Argentins, des Portoricains, des Espagnols… Chacun d’eux a été décisif pour obtenir un son authentique. Avant de commencer une nouvelle production, j’ai déjà les idées de base, les mélodies et les paroles de chaque chanson, mais ce n’est qu’un squelette musical, qui prend forme grâce aux gens avec qui je travaille. Quel luxe donc de pouvoir travailler avec des gens si doués. »

Calambre est un patchwork de sons sensuel et provocant : dans le track Sana Sana, Nathy proclame : “Yo sé cómo cortar mi hachís, si te muestro viene la police, si me agacho sientes tú mi clítoris” (“Je sais comment couper mon haschisch, si je te montre, la police arrive, si je me penche, tu sens mon clitoris”). Avec ses clins d’œil au hip-hop des années 90, Business Woman est une ode à la féminité dominatrice : “Mírame a los ojos, chúpame como a una fucking dama” (“Regarde-moi dans les yeux, suce-moi comme une putain de dame”). Agárrate commence comme un tango avant de muter en rap. Delito prend un rythme électro latino addictif. Sugga est de la pure pop latine. Dans Buenos Aires, elle explore, d’un rythme soul introspectif, la lassitude et la nostalgie. Curieusement, les chansons préférées de Nathy sont les plus inattendues, comme Puro Veneno, 100 % salsa traditionnelle : “J’en suis fière parce qu’elle a été hyper bien reçue, sans être dans un genre commercial”, dit-elle.

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En attendant le live

L’album était déjà écrit et la production bien avancée quand la pandémie a démarré en Europe en mars dernier. “Il n’y avait qu’à enregistrer les voix”, se souvient Nathy, “et le confinement a tout fait basculer. Après avoir beaucoup tourné en rond, j’ai décidé de m’enregistrer toute seule chez moi. Ça m’a permis de faire autre chose que de déprimer sous la couette. Il n’y avait plus qu’à tout peaufiner après le confinement.” Persévérer est un art.

Est-elle satisfaite de l’album, et du boost de notoriété qui l’a accompagné ? “Oui, je prends beaucoup de plaisir à savourer ce moment, les opportunités de travail se multiplient. En outre, la reconnaissance est arrivée de manière graduelle, une fois que je connaissais l’industrie et que j’étais préparée. C’est plus sain comme ça.” Il n’y a qu’une chose qui lui manque. “Monter sur scène ! C’est frustrant car Calambre est un projet fait pour être interprété en live. Je devais monter sur scène à Coachella et Lollapalooza cette année, et tout est reporté”, regrette Nathy. Vu sa formation en danse et en expression corporelle, la performance est particulièrement importante pour elle. “C’est une partie essentielle de ma créativité, de mon personnage, et quelque chose que j’adore travailler. J’ai profité de tout ce temps pour explorer mon expression corporelle, pour expérimenter. La danse, paradoxalement, peut être incroyablement rigide dans ses codes, et en ce moment, j’ai envie de dévisser les vis, d’innover, de faire des choses inattendues. Bien sûr, tout est encore très incertain ; j’espère juste qu’à un moment dans l’année, on pourra y retourner. Et je vais reprendre avec tellement d’appétit, viste !” Au menu : des spaghettis trempés d’étoiles.

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« ALLÔ NATHY »

Nos questions de fan à l’iconique Nathy.

Quelle est ta pizza préférée ?

Celle que fait ma maman, avec une base fine, de la mozzarella, des tomates coupées en rondelles et des œufs coupés en petits morceaux.

Tu mesures combien ?

3m40… Dans ma tête en tout cas !

Pourquoi tes yeux ont-ils deux couleurs différentes ?

Lorsque je suis contrariée, l’un d’eux devient plus clair !

Qu’est-ce qu’une “nasty girl fantastic” ?

Une femme libre, extravagante et pleine de pouvoir qui s’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup et encore beaucoup !

Parle-nous de tes ongles de la semaine.

Ils sont très longs, avec des pierres brillantes – je les ai fait poser spécialement pour la cérémonie des prix Goya du cinéma espagnol.

Quelle chanson écoutes-tu en boucle en ce moment ?

“Hit Different” de SZA.

Quelle est ta série préférée ?

Friends, encore et toujours.

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Photographe : Ana Sting
Styliste : Carolina Galiana
Maquilleur : Ruben Marmol
Coiffeur : Sandro Igòn
Vidéaste : Nagui Yamamoto
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