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Musique

Lolo Zouaï en roue libre

Après l’excellent High Highs to Low Lows, un premier album tout en nuances sorti en 2019, la chanteuse, dont l’histoire personnelle est aussi riche que ses inspirations, revient avec le titre “Galipette”, annonciateur d’un second album. Avec ce single explosif, elle se dévoile sous d’autres angles et définit son processus créatif : celle qui collectionne les Nascar jackets et paires de Louboutin sur-mesure a l’ambition d’imposer son propre tempo à la course effrénée de l’industrie musicale.

Photographe : Alex McDonell
Styliste : Nazanin Shahnavaz

Lolo Zouaï, c’est l’histoire d’un american dream 2.0. Née de parents franco-algériens, un premier coup de chance, à la loterie des visas, emmène sa famille de Paris à San Francisco alors qu’elle est encore enfant. C’est dans la Bay Area que la chanteuse grandit, au rythme du flow de rappeurs comme E-40, idole absolue qu’elle a invité à partager le remix de son titre “Chevy Impala” (2019). Après ses années lycée dans le célèbre quartier de Haight-Ashbury, épicentre de la culture hippie, Lolo prend son envol pour New York, bien décidée à transposer sur scène les performances de sa chambre d’ado. Déçue par des producteurs qui voulaient trop la formater, elle troque les majors pour l’organique SoundCloud et rencontre la team, devenue groupe d’amis, qui l’entoure toujours aussi bien aujourd’hui : son manager Doug et le producteur Stelios, déjà architecte du premier album. Peu importe où elle se trouve, New York reste la ville de création de Lolo : “J’enregistre aux studios Flux, et c’est toujours là que je reviens pour faire de la musique. J’ai encore beaucoup à explorer musicalement à New York, c’est ici que j’ai trouvé ma patte musicale, avec cette équipe-là : il y a une question de loyauté là-dedans.” 

De la loyauté, la chanteuse en a aussi beaucoup pour Brooklyn, où elle s’est installée, se plaçant dans la lignée de nombreux musiciens du borough new-yorkais, de Lou Reed à Lana Del Rey en passant par Jay-Z, avant de lui rendre hommage en 2018 avec son tube “Brooklyn Love”. Ce n’est pas le seul endroit qui inspire la chanteuse, son premier album nous emmenant tour à tour à Las Vegas, Paris ou Alger. Une poésie du voyage et de l’identité qui a su trouver son public : Lolo enchaîne les dates complètes des deux côtés de l’Atlantique et passe ses étés dans les festivals les plus cool, toujours vêtue des meilleures pièces vintage qu’elle adore dénicher chez Goodwill, dans le Queens. 

Sur tous les plans, Lolo a la bougeotte dans le sang. Après une année 2020 ponctuée d’allers- retours de côte est en côte ouest, en janvier dernier, elle s’est séparée définitivement de son appartement new-yorkais, celui qui a vu sa carrière éclore, pour s’installer dans la ville “dont tu peux faire ce que tu veux” : Los Angeles. Avec en tête l’idée “d’expérimenter l’autre côté de l’industrie musicale, et toutes les rencontres que la ville peut apporter”. Il aura pourtant fallu une longue réflexion à la New-Yorkaise de 26 ans pour rassembler le courage “d’enfin affronter Los Angeles”, accompagnée de sa créativité et d’un poster de Françoise Hardy, une de ses idoles françaises. 

Top et jupe culotte I AM GIA
Cuissardes sneakers CHRISTIAN LOUBOUTIN (création spéciale pour Lolo Zouaï)

 “I’m a Pisces, I got feelings that I can’t control”

En titrant son premier album High Highs to Low Lows (2019), Lolo dévoilait déjà sa fragilité à l’écoute de tous, brossant un portrait subtil de sa vulnérabilité. Elle rit beaucoup et s’enthousiasme de tout durant notre entretien, mais n’hésite pas à aborder avec honnêteté le sujet de sa santé mentale dans la conversation. Elle raconte sans tabou les conséquences de la pandémie et de l’isolement sur sa stabilité mentale et physique. Elle qui devait ouvrir les shows européens de Dua Lipa pour le Future Nostalgia Tour au printemps envisageait 2020 comme “une vraie impulsion pour [sa] carrière, une ouverture pour [son] futur”. Elle qui “rêvait depuis toujours de [se] produire dans des stades” se retrouve, comme le monde entier, sous cloche. Elle entre alors dans une phase dépressive, s’enfermant dans un déni de sa souffrance : “Je ne me suis pas vraiment donné le temps de faire le deuil de ces choses-là. Je prétendais que tout allait bien, j’ai mis du temps à comprendre que ce n’était clairement pas le cas et à retrouver ma stabilité mentale pour créer. D’ailleurs, rien de ce que j’ai produit pendant le confinement ne sera sur l’album, ça ne me ressemble plus.”

C’est durant son été passé à Los Angeles, pour s’évader, que la chanteuse prend conscience de son besoin de sortir de cette langueur, et de la mélancolie qui infusait les trois singles sortis l’année dernière. Elle commence à consulter un psy et découvre une nouvelle vie avec les antidépresseurs : “J’ai eu l’impression d’avoir attendu cela toute ma vie, sans avoir compris avant qu’il fallait que j’essaye. Le changement a été immédiat, je me suis dit ’Oh, c’est donc comme ça qu’une personne non déprimée se sent ?!’” Reboostée, et avec une nouvelle vision créative en tête, Lolo revient à New York à l’automne dernier et s’enferme au studio avec Stelios. Pendant trois mois, ils produisent les prémices du second album ainsi que le single “Galipette”.

Robe Polo « Rugger Remake » GANT
Bagues STEFF ELEOFF
Sac « Paloma Baguette » CHRISTIAN LOUBOUTIN

Liberté, créativité, sororité 

Avec ce titre débutant par quelques lignes en français, mutines comme une chanson yé-yé, qui s’explosent contre une production hyperpop, Lolo conçoit un single à son image, brisant les frontières. Questionnée sur ses inspirations, elle cite le titre 100 % en français qui clôturait son premier album, “Beaucoup”, et la pop française des 60’s, et puis, pêle-mêle, Shygirl, Charli XCX, Rina Sawayama, et évidemment la productrice SOPHIE. Pour Lolo, lorsque l’on parle de femmes dans l’industrie musicale, plus question de comparaison et de jalousie mal placées : “C’est bien plus sain de regarder les autres artistes féminines comme si elles étaient des amies plutôt qu’avec envie. Il faut que l’on s’admire mutuellement, soyons fières les unes des autres !”

Des femmes et beaucoup de liberté dans la sororité, un thème qui se répète dans notre entretien, pour un titre “très féministe sans même l’avoir fait exprès. Le message, c’est : oui, je te montre mon corps, mais ce n’est pas pour autant que tu peux le posséder.” Consciente de la complexité de sa construction, loin d’un standard couplet-refrain-pont, la voix de la chanteuse balade l’auditeur et le surprend de bout en bout. Un travail d’orfèvre en studio que Lolo qualifie de “mathématique”, fruit de plus d’une trentaine de versions. “À la première écoute, ça ne me surprendrait pas que l’on se dise que c’est difficilement compréhensible”, conclut-elle avec sagesse. “Mais la plupart des bons titres sont ceux que tu as besoin de réécouter pour totalement les comprendre.”

Refusant le conformisme, celle qui veut “faire ce que personne n’avait fait” présente ses deux albums comme un diptyque : “Le premier était une forme d’introduction, je me présentais au monde par des biais très intimes. Le second présentera d’autres facettes de ma personnalité : mon côté drôle, un peu silly parfois, mais aussi confiante, sexy, voire sexuelle.” Interrogée sur la place de la vulnérabilité dans sa création artistique, elle rassure : “Bien sûr qu’il y en aura dans ce projet, pour comprendre mon cheminement. Mais c’est surtout l’exploration de mon moi extérieur. Creuser en profondeur pour aller déterrer toute ma tristesse, je l’ai déjà assez fait.” 

Polo en maille “Heavy Rugger“ GANT

De l’importance d’être bien entourée

Une nouvelle philosophie que l’artiste cherche aussi à infuser dans ses visuels. Lolo s’est ainsi mise en quête d’une équipe créative pour l’entourer au-delà de la musique : “Je n’avais jamais eu de make- up artist, de coiffeur, ou même de styliste. Maintenant que j’ai trouvé les bonnes personnes à Los Angeles, mes visuels sont encore plus géniaux !” Après s’être éclatée dans le désert, en mode Devon Aoki, pour son photoshoot NYLON France, elle commente : “C’est ça que je veux pour l’album, plus de corporalité, montrer ce que c’est que d’être une pop star en 2021.” C’est ainsi qu’elle développe les idées autour du clip de “Galipette”, réalisé par Amber Grace Johnson, cerveau “génial” derrière le clip de “Solita” de Kali Uchis (2019). Lolo s’y montre tour à tour en ingénue, en boxeuse sous-marine ou encore en bombshell très Marilyn Monroe. Autant de personnages que de visions de soi : tout transpire l’énergie, le mouvement, la confiance. Une confiance en soi pourtant souvent mise à l’épreuve par une industrie musicale lancée dans un rythme effréné, entretenu par les charts, les playlists et les réseaux sociaux, qui peuvent faire basculer une carrière ou un titre en une story ou un TikTok. Lolo, elle, connaît la valeur de ces outils : c’est dans la playlist Fresh Finds de Spotify qu’elle a été repérée. C’est au même endroit qu’elle a découvert REI AMI, qui l’a invitée à collaborer sur son titre “Cherry Chapstick”. Ces deux-là ont plus qu’une playlist en commun. Comme Lolo, la chanteuse d’origine coréenne a immigré très jeune aux États-Unis et s’est fait connaître grâce aux réseaux sociaux. 

Pour Lolo, ignorer l’importance des nouveaux médias dans une carrière, c’est “ignorer la réalité” : “J’ai longtemps évité TikTok avant de comprendre que c’était clairement le futur. C’est comme ça que les jeunes découvrent de nouveaux sons.” Le danger ? Se perdre en y étant trop présente : “Je ne veux pas être là si je n’ai pas de nouvelles choses à partager. Les fans captent vite quand c’est forcé.” Dès qu’il est question de ses fans, les “Lo-Riders”, Lolo Zouaï est émue et puise dans sa propre expérience pour expliquer ce qu’ils recherchent dans sa musique. Est-ce son humilité et sa douceur, toujours prête à prendre un selfie et à répondre aux tweets, qui séduisent tant ? En tout cas, les fans de la chanteuse ne tarissent pas d’éloges sur la sincérité de son écriture : Lolo Zouaï est “relatable”. “Tout le monde n’a pas la chance de savoir écrire ou composer. Donc les artistes écrivent pour mettre des mots sur les sentiments de ceux qui les écoutent”, commente-t-elle, avant de raconter sa passion lycéenne pour Sky Ferreira et le bonheur ressenti lorsqu’elle a joué dans la salle où elle avait vu l’artiste se produire quelques années plus tôt. “Les gens qui pensent qu’être fan est gênant n’ont rien compris ! Être fan, c’est chercher à créer du lien, dans tous les sens du terme. C’est ce que l’on cherche tous à faire, finalement.” 

Top et Jean JADED LONDON
Boucles d’oreilles Y/PROJECT

These boots are made for… touring?

Ces liens, largement distendus par la pandémie, Lolo est impatiente de les retisser en tournée.
Après un premier report, c’est en septembre prochain qu’elle et Dua Lipa redonneront vie aux salles de concert européennes. Encore une fois, c’est une belle histoire de confiance et de solidarité féminine qui a permis à Lolo de rencontrer celle qu’elle décrit comme “l’exemple parfait d’une carrière fondée sur le travail acharné et l’évolution méritée”. En 2019, alors qu’elle vient de présenter High Highs to Low Lows aux Londoniens dans le club XOYO, elle reçoit un message du manager de la chanteuse anglo- kosovarde, mis au parfum grâce à Grace, soutien indéfectible de Lolo chez YouTube Music. Le manager lui propose alors de rejoindre Dua sur les routes d’Europe pour une tournée qui porte le nom de l’album le plus successful de 2020 : Future Nostalgia. Sa voix témoigne de son excitation alors qu’elle s’exclame “Évidemment, on a dit oui le jour même !” 

Avant de pouvoir présenter sa pop “inspirée par celle du début des années 2000”, il fallait à Lolo de quoi se vêtir pour embrasser sa “boss bitch energy” sur scène. C’est dans ce cadre qu’elle a conçu, en collaboration avec le célèbre chausseur français Christian Louboutin, une paire de bottes, les “Loloboutin” comme elle s’amuse à les appeler. D’abord amie de la Maison, l’artiste est venue en France en 2020 pour visiter, au palais de la Porte-Dorée L’Exhibition[niste], une exposition dédiée aux pièces iconiques du chausseur. Fascinée par les collaborations créées organiquement avec des artistes et athlètes, Lolo rêve d’une paire de bottes, confiant avoir “toujours été impressionnée par les artistes qui performent en talons de 12 centimètres. 

Mais moi, je ne sais même pas marcher avec !”. C’est avec Lolo au moodboard et les mains expertes du studio créatif de la Maison aux manettes que naît la paire idéale. Pour la “Jigglypuff” devenue “Powerpuff” se dessine tout en rose et blanc deux modèles signés Louboutin conçus pour la scène, à mi-chemin entre des bottes années 60, une paire de combat boots et des sneakers très Y2K, parfaite pour aller avec les mini-jupes que Lolo collectionne. Pour découvrir ces paires conçues sur mesure, et avec elles toutes les surprises que la chanteuse nous réserve, il faudra être à l’AccorHotels Arena, à Paris, le 30 septembre prochain, pour une soirée, promet Lolo, placée sous le signe de l’audace, de la créativité et de l’empowerment féminin. Un programme ambitieux à la hauteur de celle qui défend “l’intuition et la confiance” comme boussole de carrière. 

Polo en maille “Heavy Rugger“ GANT

« ALLÔ LOLO ? » 

Nos questions de fan à l’iconique Lolo.

@STLFROMTIKTOK
Si tu pouvais dire quelque chose à la toi de 15 ans, qu’est-ce que ce serait ?

Je dirais… Ne vole rien dans les boutiques ! PARCE QUE TU VAS TE FAIRE CHOPER !

@HEYZINEB
Quel retour de tendance des 80’s/90’s t’excite le plus ?

J’adore les tout petits sacs, c’est tellement mignon.

@ULTRALAURINE
Dans quel film aimerais-tu vivre ?

C’est une question difficile OMG !
Là, je dirais Austin Powers dans Goldmember, pour l’esthétique et puis en référence à mon son [“Austin Power” en featuring avec Myth Sizer, sorti en 2018]. C’est un film super drôle, et la vidéo avait cette vibe un peu rétro dans ce style.

@TCEDRVM
Qui aimes-tu écouter en musique francophone ?

Il y a tellement de gens cool et je devrais en écouter plus. J’adore le rappeur Di-Meh. Évidemment Angèle et Aya Nakamura ! Mais aussi Coucou Chloé qui est géniale, et en Belgique Lous and the Yakuza – les Belges sont trop forts.

Polo en maille “Heavy Rugger“ GANT

@PIKALUISITO
Quel est ton meilleur souvenir de concert ?

Mon dernier concert à Paris [au Trianon en février 2020] était très particulier. Évidemment, je ne savais pas que ça allait être le dernier mais je sentais que c’était spécial. Après le concert, je n’arrivais pas à m’arrêter de pleurer. Les fans avaient fait toutes ces affiches qu’ils ont sorties pour la dernière chanson, “Money Diamonds Roses”. Il y avait une énergie unique, c’était le dernier concert et j’avais l’impression de savoir que c’était la fin de quelque chose. Les gens m’en ont voulu parce que je ne suis pas sortie les voir après, mais je vous promets, vous n’aviez pas envie de me voir dans un tel état !

@DOUNIAHERE
Quel est ton meilleur souvenir avec un.e fan ?

Un de mes fans a fait son coming out trans le jour de la visibilité trans mais il l’a fait sur sa fanpage. C’était vraiment touchant pour moi de voir que quelqu’un se sentait assez bien dans la communauté des Lo-riders pour faire son coming out. Je pense aussi à ces deux filles qui ont commencé à sortir ensemble après s’être rencontrées à un concert ! Si je peux aussi devenir matchmaker, c’est parfait ! Au-delà de ça, j’ai super envie de remercier mes fans français d’être si patients avec moi. L’année dernière a été tellement dure pour tout le monde, et j’espère vraiment que les nouveaux sons vont les mettre dans un bon mood et leur donner confiance en eux. Mes fans savent que je suis une artiste qui aime prendre son temps et le fait qu’ils respectent ça autant me touche.

Rédactrice en chef : Elisabeta Tudor
Directeur artistique : Nicolas Dureau
Photographe : Alex McDonell
Assistant Lumière : Kai Cranmore
Vidéaste : June Joseph Desrosiers
Styliste : Nazanin Shahnavaz
Assistant Styliste : Austin Milne
Maquilleur : Gilbert Soliz
Coiffeur : Nathaniel Dezan chez Opus Beauty avec Crown Affair Manucure : Britney Tokyo
Assistant Manucure : Genichiro Machi
Production : Producing Love
Confection Drapeau : Merlin Moreno
Voitures : Kiel Jones & AJ Artman
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