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Bedtime Instastory

Représentation, haters, engagement vis-à-vis de leur communauté : on a discuté avec Kay, Marylou, Meryl, Yanis et Karl du métier de créateur.rice de contenu et de la façon dont ils le vivent le temps d’un entretien inspirant.

Photographe : Alice Rosati
Styliste: Louis Portejoie

“Good vibes”, ce sont les mots qui reviennent le plus lorsque je demande à nos cinq créateur.rice.s de contenu de décrire leurs univers respectifs. Cette philosophie positive ne les empêche cependant pas d’avoir les pieds sur terre ; malgré leurs jeunes âges, ielles sont tou.te.s conscient.e.s des responsabilités qui vont de pair avec leur visibilité, et se définissent par des valeurs d’inclusivité et de tolérance défendues sur Instagram comme dans la vraie vie. Loin des idées reçues sur le glamour de leur statut, ielles se confient avec humilité et professionnalisme sur les dessous d’un métier qui leur tient à cœur.

@yaniskaia Body MUGLER / Pantalon LOUIS GABRIEL NOUCHI / Chaussures FENDI

Vous êtes tou.te.s issu.e.s d’une génération qui a grandi avec Instagram et les premiers créateurs et créatrices de contenus en ligne. Quelles sont les figures que vous regardiez et qui vous ont donné envie de vous lancer dans cette industrie ?

@marylouleloup : Quand j’étais plus jeune, je suivais surtout Sulivan, Danae, Clara Marz, Sundy Jules ou des influenceuses américaines.

@yaniskaia : Pareil que Marylou. Ils étaient très ouverts d’esprit, ils s’en foutaient, ils montraient tout, ça me plaisait. Aujourd’hui, je suis ami avec eux, je hurle ! 

@kaaymbl : Je suivais plutôt des mannequins, comme Lupita Nyong’o, ou des actrices que j’aimais. Quand j’étais plus jeune, il n’y avait pas beaucoup de belles femmes noires mises en avant, alors j’allais sur Instagram pour trouver des personnes qui me ressemblaient.

@meryl.bie : S’il y a une personne qui m’a inspirée à cette époque – bien que, malheureusement, elle soit aujourd’hui très problématique –, c’est Nikita Dragun, parce qu’elle a toujours eu cette fierté d’assumer qui elle est. Et Bilal aussi, j’aimais beaucoup sa vibe, il me faisait beaucoup rire, j’étais déjà très fan de lui.

Le lifestyle, c’est une catégorie beaucoup plus vaste que la mode ou la comédie, et dont la ligne éditoriale est moins évidente. Comment trouvez-vous de l’inspiration pour proposer un contenu qui reste original alors que des milliers de personnes essaient de faire la même chose que vous ?

@yaniskaia : Aujourd’hui, c’est vrai que n’importe qui peut être sur les réseaux sociaux et qu’il y a de plus en plus d’influenceur.se.s, ce qui rend ce métier compliqué : tout le monde peut percer. Notre visibilité et notre contenu reposent sur l’image qu’on renvoie de nous, sur notre façon d’être. On fait aussi toujours attention à ne pas être problématique, c’est important. 

@kaarl_on : Pour moi, ceux qui réussissent sont ceux qui ont osé. Ils sont passés par-dessus les critiques, ils ont imposé leur style. 

@marylouleloup : Le lifestyle, c’est vaste, on fait tous du lifestyle mais on est tous différents, on a tous nos univers. Il y a des gens qui vont se reconnaître un peu plus chez Meryl, d’autres chez Kay…

@kaaymbl : Et on représente chacun.e une manière différente d’explorer le lifestyle. Je fais confiance à ma personnalité dans ce métier, et je pars du principe qu’on est unique et que tout le monde a sa place.

@meryl.bie : Chacun a quelque chose de différent à apporter, on n’a pas les mêmes communautés. 

@kaarl_on : En fait, c’est comme un arbre. (Rire.) Le tronc, c’est le lifestyle, mais il y a plusieurs branches, et chacun fait son truc.

@kaarl_on T-Shirt COURRÈGES / Short EGON LAB / Chaussettes UNIQLO / Chaussures ADIDAS

@yaniskaia Body MUGLER


@kaaymbl
Chemise FENDI / Pantalon ACNE STUDIOS / Boucles d’oreilles COURRÈGES

@marylouleloup Robe RAVE REVIEW


@meryl.bie
Top et jupe FENDI


@kaarl_on
T-Shirt COURRÈGES / Short EGON LAB

Récemment, le domaine lifestyle a connu beaucoup d’évolutions, notamment pour se rapprocher de plus en plus d’une nouvelle forme de télé-réalité. Que pensez-vous de cette évolution ? 

@yaniskaia : Le vlog, c’est un format qui plaît énormément : les gens aiment le drama, le divertissement, l’inattendu… Ils ont envie de voir du réel plutôt que du facecam, alors qu’il y a quelques années, c’était un format qui marchait très bien, avec des vidéos thématiques. Aujourd’hui, les gens aiment rentrer dans notre quotidien.

@kaarl_on : Et il y a une différence entre vlog et télé-réalité ! La télé-réalité, il y a une production, ils font semblant, alors que les vlogs, on filme vraiment ce qu’on fait. C’est plus spontané.

@meryl.bie : C’est vrai qu’on part en voyage ensemble, parce qu’on est amis. On s’entend vraiment bien, on peut se montrer en groupe. Ça ne nous empêche pas pour autant d’évoluer seuls. Si on n’arrive pas à évoluer seul et qu’on évolue qu’avec les autres, de toute façon, ça ne sert à rien.

@marylouleloup : Personnellement, je n’aime pas trop qu’on associe la télé-réalité à l’influence, car ce n’est pas du tout la même chose. Les personnes de la télé-réalité n’ont pas forcément le même mindset que les influenceur.se.s, le même rapport au placement de produit ou à leur jeune communauté. 

La catégorie lifestyle implique de partager une grande partie de sa vie privée pour nourrir son contenu. Comment gérez-vous votre position de personnalité publique et ce dévoilement de votre intimité ?

@marylouleloup : Parfois, les gens se disent que comme tu es une personnalité publique, ils ont le droit de connaître ta vie privée et de donner leur avis dessus, alors que non. J’affiche ce que j’ai envie de montrer sur les réseaux.

@meryl.bie : Quand on s’amuse avec nos amis, qu’on est en boîte et qu’on nous filme pour nous afficher ou pour nous juger par rapport aux réactions qu’on peut avoir quand on croise des abonnés… Ça nous pourrit la vie, en fait. Je suis humaine avant tout, devoir faire attention tout le temps, c’est difficile. J’ai même peur d’aller faire mes courses en shlag et de croiser des gens maintenant. (Rire.)

@kaaymbl : Personnellement, je me mets des limites toute seule, parce que c’est aussi dans ma personnalité d’être pudique. Il y a des choses que je n’ai pas envie d’afficher.

@kaarl_on : Au début, il faut s’adapter, mais ça devient une habitude ; on sait qu’il y a des choses qu’on peut faire, d’autres qu’il ne faut pas faire. C’est du bon sens et ça fait partie de notre contrat de travail.

Karl et Yanis, vous êtes les deux garçons du groupe. Sur Internet, on retrouve plutôt les hommes au niveau de la comédie ou du gaming, tandis que votre contenu tourne majoritairement autour de la mode et du style, des domaines encore associés aux femmes dans nos imaginaires. Comment vivez-vous cette position face aux stéréotypes sur le genre ?

@kaarl_on : Ça ne me fait rien du tout. Tout le monde fait ce qu’il veut. On est sur les réseaux alors soit tu suis, soit tu supprimes. J’ai déjà eu des remarques, comme tout le monde, mais je ne les prends pas au sérieux. Les remarques non constructives, tu les jettes ! Un garçon peut parler de tout. Je comprends la masculinité de Yanis, il comprend la mienne.

@yaniskaia : Je pense que c’est encore assez compliqué en France de remettre en cause ces normes. Nous, derrière, on se bat, mais parfois, on a l’impression que ça n’évolue pas. Aux Etats-Unis, tous les hétéros s’habillent bien (rire), tandis que moi, j’ai encore énormément de haters. Je me concentre sur le positif, parce que je sais que j’aide des gens. Certains ont du mal à concevoir que tu puisses être un homme et que tu puisses te maquiller, porter des vêtements “pour femme”. Ils ont du mal avec l’entre-deux, ça les dérange. On me demande si je veux devenir une femme… Alors que pas du tout !

@kaarl_on : Pour moi, ceux qui font ce genre de réflexion, c’est par peur de l’autre. Ça les dérange parce qu’eux-mêmes ont peur de qui ils sont. Ce sont des personnes qui ont besoin de se prouver quelque chose, et elles insultent les autres, quand au fond, elles sont peut-être elles-mêmes concernées par ces questions.

Inversement, les créatrices de contenu lifestyle peuvent faire face à beaucoup de remarques sexistes et à du slut-shaming. Marilou, Meryl et Kay, est-ce une critique à laquelle vous avez déjà fait face ? Comment la gérez-vous ?

@kaaymbl : Oui, ça m’est déjà arrivé. Quand tu veux t’exprimer sur un sujet sérieux qui te tient à cœur et qui ne concerne en rien la féminité, il y a des gens qui te disent “Toi, tu es juste là pour faire de la beauté, tais-toi”, alors que la beauté, ce n’est pas forcément le premier truc que j’ai envie de mettre en avant. On me renvoie à mon physique alors que je suis en train de parler d’un sujet politique.

@marylouleloup : De mon côté, je me suis montrée dès le début sous tous les angles pour faire comprendre aux gens que je pouvais être bien habillée et bien coiffée comme démaquillée et en pyjama. À cause de mes complexes par rapport à mon corps, c’est de toute façon compliqué pour moi de poster des photos en maillot, donc les gens n’ont pas l’occasion de me faire des remarques. J’essaye d’aider les gens à s’accepter tels qu’ils sont, donc je pense que ma communauté n’est vraiment pas du genre à slut-shamer, même si j’ai déjà eu des commentaires désobligeants.

@meryl.bie Top COURRÈGES / Jean CALVIN KLEIN / Ceinture D’HEYGERE / Chaussures BIMBA Y LOLA

@meryl.bie : De toute façon, les femmes sont hypersexualisées en toutes circonstances, même si on veut s’exprimer sur un sujet politique important. Les gens pensent qu’on est trop féministes ou qu’on fait nos intéressantes. Être hypersexualisée sans aucune raison, c’est relou. Les femmes cis le sont déjà constamment, et les femmes trans, c’est encore pire. Les gens s’immiscent dans notre culotte, posent des questions indiscrètes du style “Est-ce que tu es opérée ?”. À quelle heure tu penses que c’est normal de demander ça ? Quand je poste des photos en lingerie qui n’ont rien d’explicite d’ailleurs, parce que j’ai eu beaucoup de mal à m’accepter dans mon corps et qu’aujourd’hui, je me sens enfin un peu plus à l’aise , je suis hypersexualisée directement. Il faut arrêter. Que diraient les mecs si on se mettait à les siffler dans la rue ?

@marylouleloup : Parfois, on veut être écoutées, et pas juste regardées en fait.

Meryl, tu fais partie de la communauté queer, et tu revendiques ton statut de femme trans. Est-ce une dimension essentielle de ton travail ? Que penses-tu des liens entre les créateur.rice.s de contenu et la communauté LGBTQIA+ en France ?

@meryl.bie : Je parle de ma transition parce que je veux aider les gens qui sont dans la même situation que moi, mais mon contenu ne tourne pas qu’autour de ça. Je suis une femme avant tout, même si je suis fière de représenter ma communauté et d’être une femme trans. En France, il n’y en a pas beaucoup qui sont très visibles, même si je ne suis pas la seule. Aujourd’hui, cela dit, beaucoup d’influenceur.se.s font partie de la communauté LGBTQIA+. C’est ça qui fait qu’on devient plus fort.e.s. On est super bien représenté.e.s et défendu.e.s.

@marylouleloup : Grâce aux influenceur.se.s LGBTQIA+, il y a de plus en plus de jeunes qui arrivent à s’accepter et qui se sentent moins seuls. Ça sert aussi à ça, les réseaux. Je vois beaucoup de jeunes qui font leur coming out en ligne, et c’est grâce à des personnes comme vous qui défendez cette cause. Si vous n’étiez pas là, je me demande si la mentalité sur ces sujets aurait autant évolué.

Dans le groupe, vous êtes en majorité des créateur.rice.s de contenu racisé.e.s. Est-ce pour vous un aspect important de l’identité que vous mettez en avant sur les réseaux sociaux ? Avez-vous l’impression que la diversité est encouragée dans ce milieu ?

@kaaymbl : Je trouve ça important, parce que c’est qui je suis ; quand tu vas sur mon compte Instagram, tu vois directement que je suis une femme racisée de toute façon, et en ça, je fais acte de présence. Quand il faut prendre part à un combat, je le fais. Mais je ne suis pas forcément là que pour ça. 

@yaniskaia : Entre l’homophobie et le racisme, parfois, je prends cher, mais je passe au-dessus. On peut être gay et rebeu, gay et renoi, l’humain passe avant tout. Il y a aussi souvent un amalgame entre mes origines et ma religion, alors que je n’ai jamais parlé de mes pratiques religieuses et que ça ne concerne que moi.

@kaaymbl : Ça va de mieux en mieux, parce que tout le monde aujourd’hui parle de son métissage, de ses origines, de sa culture…

@kaarl_on : Même quand il y a du racisme, notre propre communauté nous défend, et ça, c’est cool. Globalement, la diversité dans le milieu de l’influence en France est excellente. 

@yaniskaia : Quand tu regardes les numéros 1 français, Sananas, The Doll Beauty, Bilal… Il y a beaucoup de personnes noires et arabes, ça fait plaisir à voir.

@marylouleloup Robe RAVE REVIEW / Collants FALKE

@kaaymbl Chemise FENDI / Pantalon ACNE STUDIOS / Boucles d’oreilles COURRÈGES

Vous avez tous et toutes une vision de votre métier très positive, vous semblez à l’aise dans ce que vous faites ! Y a-t-il certains points que vous aimeriez améliorer malgré tout ?

@kaaymbl : Ce serait bien qu’il y ait plus de considération pour notre métier, qu’il soit pris au sérieux, et pas juste associé aux gains qu’on peut en retirer. On est souvent perçus comme des personnes matérialistes et intéressées. Il y a aussi beaucoup de compétition.

@marylouleloup : Et beaucoup d’hypocrisie. Je ne me sens pas toujours à ma place.

@yaniskaia : On parle beaucoup de stats, de chiffres, et on prend de haut ceux qui sont moins suivis, alors que ce qui compte, ce sont les personnes qu’il y a derrière.

@meryl.bie : Parfois, on a peur les uns des autres, c’est dommage ! J’aimerais pouvoir venir voir les gens que j’admire et leur dire “Voilà, j’adore ce que tu fais”. Rien qu’avoir pu échanger entre nous comme ça, ça m’a fait du bien. On vient tou.te.s du même milieu mais on ne prend pas le temps de discuter.

@kaarl_on : Ce qui m’a fait du bien aujourd’hui, c’est que tout le monde se respecte, quand beaucoup de gens te prennent de haut dans ce milieu… Alors qu’on pourrait s’entraider. Instagram, pour moi, ça te permet avant tout de découvrir d’autres personnes. C’est ça le principal. 

Photographe : Alice Rosati
Assistant Photographe : Giulia Baroni
Styliste: Louis Portejoie
Assistants Styliste : Greg Laurent Gualandi & Naïs Hoarau Des Ruisseaux
Set Designer : Sylvain Cabouat
Assistants Set Designer : Alban Diaz & Jean Vianney Guillouche
Maquilleur : Ruben Mas
Assistante Maquilleur : Zoë Derks
Coiffeur : Andre Cueto @Wise, avec les produits Oribe
Assistants Coiffeur : Milly Serebrenik & Mélissa Rouillé
Production : Producing Love
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