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Aline Laurent-Mayard : “C’est OK de ne pas vouloir de sexe”

L’activiste asexuelle et aromantique milite pour la liberté de désirer – ou non.

La journaliste, autrice et podcasteuse Aline Laurent-Mayard découvre le terme asexuel en 2012 et celui-ci l’interpelle immédiatement. Au fil des années, elle se l’approprie graduellement, évoque le sujet, d’abord à demi-mot puis franchement, auprès de ses ami.e.s, avant de faire un coming out dans la presse en 2019. Aujourd’hui, c’est un combat qu’elle mène notamment à travers son podcast Free From Desire, dans son travail d’écriture, de sensibilisation et son militantisme autant autour de l’asexualité que de l’aromantisme dans les mouvements queers et féministes – avant de faire récemment la couverture de Télérama, marquant un tournant pour la cause. NYLON France l’a rencontrée pour parler d’injonction au sexe et à la romance, de la dimension queer de ces luttes et de leur urgence.

 

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Tu étais ado dans les années 2000. Quel était le rapport à la sexualité à cette époque ?

Quand je suis ado, c’est le début des années 2000, il y a le contrecoup de l’épidémie du sida, et une promotion du sexe très pop avec American Pie, Sex & the City, le porno chic. C’est quelque chose que je ressentais petite sans bien le comprendre. Je me souviens des campagnes de l’époque : des meufs toutes huilées dans des positions hyper lascives et soumises, c’était associé à un certain cool, comme l’était le port du string, les discussions ouvertes sur la fellation ou la masturbation. Ça m’intéressait avec distance. Je me suis mise à porter des minijupes, j’associais ça à une forme de cool – j’aimais le côté choc et la possibilité de repenser les normes. 

L’arrivée dans la vie adulte est-elle différente, marquante ?

Graduellement, lorsqu’on grandit et devient adulte, ne pas s’intéresser au sexe est perçu comme problématique. Le sexe marque souvent une sorte de rite de passage, c’est ce qui est montré dans énormément de films. Ceux qui n’ont pas de rapports sont montrés du doigt comme des “losers”, des personnes qui n’auraient donc pas été suffisamment cool ou désirables pour qu’on s’intéresse à elles, pour susciter cette envie, et cela met en cause autant les féminités que les masculinités et les mythes qui les entourent. Puis, on nous attribue tout genre de maux, de failles ; on se voit accusé.e d’être prude, coincé.e, traumatisé.e ; on aurait un problème physique, on serait religieux, à tout jamais pathologisé.

Concrètement, être asexuel.le, c’est quoi ?

L’asexualité est le fait de ne ressentir aucun ou peu de désir pour autrui, que son désir ne soit pas orienté vers une personne. Plein de personnes ne sont pas d’accord sur sa nature : certain.e.s pensent que c’est ne jamais avoir de désir sexuel, d’autres que c’est une orientation, une identité, d’autres encore que ce n’est pas rigide, que ça peut évoluer, ou au contraire que l’on naît comme ça, alors que certain.e.s le vivent comme une phase ou le sont devenu.e.s. Je pense que ce n’est pas très important tant que l’on peut recueillir tous ces vécus.

L’asexualité et l’aromantisme rejoignent cette volonté de refuser de rentrer dans le modèle normatif, de créer nos normes, car cela rentre dans les questionnements sur le couple, l’amour, la sexualité.

Et l’aromantisme alors ? Cela laisse place à quels autres modèles et idéaux ?

L’aromantisme est donc le fait de ne pas ressentir une attraction romantique. Ce qui m’amène à une réflexion personnelle sur ce que signifie être amoureux.se. On nous apprend que tout le monde sera amoureux.se un jour, comme si l’adolescence était déterminée par ses crushs, avec une frontière clairement définie entre amitié et amour. Personne ne sait précisément ce qu’est le sentiment romantique, on n’a pas ou peu de modèles alternatifs. Aujourd’hui, on s’est resserré sur le couple, les amitiés qui n’allaient pas avec le modèle actuel ont été écartées, la solidarité se fait via l’Etat, on n’a plus le réseau de solidarité interpersonnelle que l’on avait avant. Or, on a le droit de préférer ses amitiés, ou les aimer autant que son partenaire romantique, avoir un rôle dans la vie de ses potes, avoir des amitiés intenses et qui prennent de la place. 

En quoi l’asexualité est-elle une lutte queer ?

Aujourd’hui, le magazine Them de Condenast ne se dit plus LGBTQIA+ mais queer, se pensant dorénavant comme espace médiatique pour les gens qui veulent repenser la société. L’asexualité et l’aromantisme rejoignent cette volonté de refuser de rentrer dans le modèle normatif, de créer nos normes, car cela rentre dans les questionnements sur le couple, l’amour, la sexualité. Et cela pousse à repenser ces fondements de la vie, la sexualité et le couple, les deux mâtinés d’injonctions. Si c’est une autre façon d’être dans la société, cela crée néanmoins des débats mais comme ce n’est pas visible, ça ne provoquerait donc pas de souffrance. Et pourtant, les personnes asexuelles souffrent énormément, le taux de suicide est le second plus élevé après les personnes trans. Il n’y a pas de visibilité, mais des injonctions et des agressions à répétition, des traitements punitifs pour celles et ceux qui défient la dimension normative du couple et de la libido.

Où en est le débat auprès de la nouvelle génération ?

On a fait des progrès notables notamment autour des discussions sur les agressions, le consentement, et maintenant, on entre dans une nouvelle phase de la discussion, une plus grande ouverture : il y a de plus en plus de travail avec des militants asexuels et une visibilité dans les milieux queers, défendant l’idée que tu peux être ce que tu veux, libérant la parole sur l’envie ou non de rapport sexuel. C’est OK de ne pas vouloir de sexe, c’est une vraie liberté de pouvoir faire ou ne pas faire, quand on veut ou non, et la jeune génération se saisit de plus en plus de cette idée.

Que mettrais-tu sur ta liste pour t’informer ?

Je dirais le personnage asexuel dans Sex Education, la série Mental sur les ados, la série Heartstopper, le livre Loveless d’Alice Oseman. On a la chance de voir une visibilité grandissante !

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