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Pourquoi la grossesse des pop stars me fascine

Le ventre rond de mes stars prefs m’obsède et fait exploser les likes – mythologie à la fois exceptionnelle et normale ?

Ces derniers temps, la une des média a été chargée en matière de maternité de stars : à côté de la photo d’une tasse rose entourée d’œillets, Britney a écrit sur son Instagram : “J’ai fait un test de grossesse… Euh eh ben… J’attends un bébé.” Rihanna, elle, a laissé dans un premier temps le photographe Diggzy dévoiler son ventre rond en compagnie d’A$AP Rocky, avant, quelques jours après, de publier un cliché d’elle soulevant son t-shirt comme annonce officielle. Shay Mitchell a mis en scène sa transformation physique avec un post émouvant rendant hommage à sa grand-mère, Jennifer Lawrence a aussi accouché récemment…

Toutes, à leur manière, ont communiqué sur ces heureux événements, et aussitôt ont fleuri dans la presse une multitude d’articles sur le sujet, de carnets roses, d’analyses vestimentaires, d’études de cas, de bons conseils pour avoir une maternité heureuse tout en restant belle… C’est un fait, la maternité des stars fascine, et cette effervescence est également partagée par le grand public puisque certains des posts cités plus haut ont juste cassé les réseaux sociaux. Moi-même me suis laissé prendre au jeu. Je me suis alors demandé d’où pouvait bien venir cette fascination, mais aussi quelles étaient les limites de ces mises en scène. Et puis autre chose : une déconstruction de ces maternités starifiées est-elle nécessaire ? Voici le résultat de mes pérégrinations dans le monde merveilleux des baby bumps, des pregnancy announcements, et des gender reveals versions paillettes et étoiles dans les yeux.

 

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Une mythologie moderne

Paradoxalement, il y a quelque chose d’à la fois normal et exceptionnel dans le fait qu’une pop star nous partage cette bonne nouvelle. Exceptionnel parce que la maternité est généralement l’un des temps forts d’une vie – il y a forcément une joie partagée. Normal parce que nos yeux sont depuis quelques années habitués à ce genre de présentation. Mais il ne faut pas s’y tromper, cette normalité n’est pas une banalité, elle est le résultat de longues années de lutte pour la libération de la parole féminine, et elle s’inscrit comme un (fragile) acquis du post-féminisme. Montrer sa grossesse ne fut pas toujours facile par le passé – je pense ici à l’iconique couverture de Demi Moore, nue et enceinte de sept mois, pour Vanity Fair en 1991. À l’époque, cette photo (qui fait désormais partie des 100 images les plus influentes de tous les temps) avait fait scandale, et des associations puritaines avaient même demandé que le magazine soit interdit en kiosque. Un peu plus loin en arrière, (quand) c’était encore pire : certaines actrices cachaient leur grossesse pour ne pas rater un rôle, d’autres décidaient tout simplement de ne pas avoir d’enfant pour ne pas mettre en péril leur carrière.

Demi Moore fut vraiment une pionnière en la matière et a été par la suite imitée par Britney Spears, Claudia Schiffer, Monica Bellucci ou Emily Ratajkowski pour le compte d’autres magazines. Désormais, les choses se sont accélérées, amplifiées, généralisées, et ce phénomène est sans doute dû à l’hypermédiatisation causée par les réseaux sociaux, au gommage de la ligne qui séparait la vie publique de la vie privée, à l’empowerment progressif des femmes… Mais tout ceci ne répond pas à ma question de base : pourquoi la maternité des pop stars fascine tant et explose à chaque fois les compteurs de likes ?

Consciencieux, je me suis alors tourné vers le passionnant psychiatre Jean-Victor Blanc, auteur du non moins passionnant essai Pop & Psy. Au téléphone, il m’explique : “Aujourd’hui, le culte de la célébrité a pris une place très importante dans notre société, je peux vous renvoyer aux écrits d’Edgar Morin, où il précise que les stars remplacent les divinités, notamment celles de la mythologie grecque. Les stars sont adulées, tous les faits de leur vie prennent une autre dimension, et forcément, la grossesse alimente ce culte comme le mariage, la séparation, la santé…” Si les pop stars sont des divinités modernes, moi comme toi sommes les dévots de cette liturgie. Et leurs grossesses pourraient nous connecter à des images très fortes qui peuplent les inconscients collectifs de chaque culture (madone, etc.). 

D’un diktat à l’autre ? 

La manière de vivre et de mettre en scène sa maternité est une affaire de choix, de l’ordre de la liberté personnelle. Je veux dire qu’il n’y a pas une “bonne” ou une “mauvaise” manière de faire cette annonce. Ainsi, certaines pop stars décident de tenir cet événement secret comme Jessica Biel en 2020, Kylie Jenner en 2018, Mindy Kaling en 2017… D’autres au contraire décident de mettre le paquet comme Beyoncé en 2011, qui s’est adressée à son public sur le plateau des MTV Music Awards alors qu’elle interprétait son titre “Love on Top” : “Je veux que vous vous mettiez tous debout, je veux que vous sentiez l’amour qui est en train de grandir en moi.” Avant de déboutonner sa veste, dévoilant un ventre déjà bien rebondi. Six ans plus tard, Queen B remet ça pour l’annonce de ses jumeaux. Cette fois-ci, elle publie un cliché sur Instagram, où on peut la voir derrière une immense couronne de fleurs, en lingerie et un voile (virginal ?) qui ceint son front. Pour la petite histoire, cette photo est devenue l’une des plus commentées et likées de l’histoire d’Instagram.Toujours dans le registre du show, en 2021, Cardi B avait dévoilé son ventre naissant sur scène lors des BET Awards, habillée d’une combinaison découpée autour du ventre, sous une résille noire. Bien entendu, on n’oubliera pas non plus le coup de maîtresse de Rihanna, qui a laissé volontairement monter le buzz avant de dévoiler deux publications pour sa marque Fenty Beauty, et d’annoncer ensuite officiellement sa grossesse avec un post liké plus de 18 millions de fois.

“Il y a dans tous ces cas un point commun qui reste très lié au post-féminisme, puisqu’un certain nombre de préjugés et de tabous liés à l’intimité et au corps de la femme sont cassés. Elles assument complètement leur grossesse et font du corps de la femme enceinte un objet d’admiration et de désir”, analyse Fadhila Brahimi, experte en personal branding. “Niveau médiatique, il y a effectivement une réflexion autour du choix, du moment et de la manière dont on va l’annoncer, de sa scénarisation. Finalement, elles se réapproprient la communication de tout cela, elles l’utilisent comme un outil marketing pour créer de l’intimité et de la continuité.”

Cependant, cet idéalisme de la grossesse, ces mises en scène soigneusement marketées (notamment chez certaines influenceuses, où elle devient un feuilleton en plusieurs épisodes ou sert cyniquement à redorer leur image), ces grossesses “parfaites” et “cool” n’ont-elles pas leurs limites ? Fadhila acquiesce : “Il peut y avoir en effet négatif vis-à-vis des autres femmes. Ça peut paraître troublant, mais en rompant avec le diktat de la grossesse invisibilisée, on génère un autre diktat : celui d’être toujours performante et belle, même enceinte. Rihanna, Britney ou Beyoncé restent super jolies avec leurs ventres bien rebondis, ce n’est pas le cas de toutes les femmes, et cela peut exercer une pression sur elles.”

Et si certaines réalités de la maternité étaient encore trop souvent mises de côté, car pas assez glamour ? Nous touchons ici à la partie immergée de l’iceberg, dont les non-dits sont des facteurs d’aliénation.

 

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Selon Edgar Morin, les stars remplacent les divinités, notamment celles de la mythologie grecque. Les stars sont adulées, tous les faits de leur vie prennent une autre dimension, et forcément, la grossesse alimente ce culte comme le mariage, la séparation, la santé…

Jean-Victor Blanc

 

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Pistes de déconstruction

Comme l’écrit très justement Jean-Victor Blanc, il existe des voix dissonantes – encore trop rares – autour de ce mythe de la grossesse idéale. La plus emblématique est celle de Kim Kardashian, qui a déclaré à propos de sa première grossesse : “Être enceinte, je ne le souhaite vraiment à personne. Personne. Ça vaut le coup à la fin, alors je recommencerai à souffrir pour ça, mais la grossesse n’a pas été une bonne expérience pour moi. Pas du tout.” D’autres exemples restent marginaux comme récemment celui d’Ashley Graham, qui a montré sans filtre les difficultés physiques et mentales liées à son post-partum (le post-partum correspond à la période postnatale, dure au minimum six semaines et peut constituer un moment de grande détresse psychique).

Je décide de joindre Illana Weizman, sociologue, militante féministe et autrice du livre Ceci est notre post-partum : Défaire les mythes et les tabous pour s’émanciper, histoire d’avoir une vision plus consciente et réelle sur la question. “Les pop stars nous livrent en majorité des images très esthétiques, explique-t-elle. D’ailleurs, lorsque Rihanna a fait son shooting pour Vogue, sa linea nigra (ligne un peu foncée qui va du pubis au nombril lorsque l’on est enceinte, ndlr) a été photoshopée. Il y a quand même une réalité de la grossesse et du post-partum qui est encore floutée, effacée, parce qu’elle n’est pas perçue comme convenable et sexy.” Pour Illana, cette mise en avant de la grossesse par les pop stars est indéniablement le signe d’une avancée féministe, mais des tabous restent profondément ancrés : “Les raisons sont multiples, on en revient vraiment aux racines patriarcales. Il y a en fait deux sets d’injonctions qui pèsent sur les femmes. D’une part, les injonctions à la sexualité : être jolie, lisses, jeunes, attirantes, désirables. D’autre part, les injonctions à la maternité, une femme n’est pas une femme si elle ne se réalise pas en tant que mère. C’est très dur à conjuguer avec un corps qui change, qui se déforme, qui grossit, qui après une grossesse va être plus flasque, avec des vergetures. Cette contradiction est intenable, et on va avoir une estime de soi en baisse, on va se sentir moche et laide. Et c’est vrai que lorsque l’on voit des mises en scène de grossesses ‘parfaites’, on va avoir un désamour de soi et de son corps.”

Comment, alors, déconstruire ces images et les rendre moins aliénantes auprès des femmes “lambdas” ? La réponse d’Illana est claire : “La représentation, c’est quelque chose d’essentiel dans un système d’oppression. C’est pareil pour le racisme, il n’y a pas assez de personnes racisées dans les médias, la pop culture… La représentativité, c’est un des grands axes à développer pour pouvoir se sentir mieux dans ces grossesses et ces maternités plurielles. On voit une amélioration dans certaines séries comme Workin’ Moms, qui met sous l’angle comique ces difficultés et ces côtés beaucoup moins glamour. C’est très dédramatisant et très déculpabilisant pour les femmes.”

Enfin, la représentativité est nécessaire mais pas suffisante. “Tant qu’on sera dans des stéréotypes où les femmes doivent être et désirables et maternelles, on ne s’en sortira pas, c’est quelque chose qui ne peut pas aller ensemble, en fait. On en revient toujours au patriarcat et c’est vraiment une histoire de structure à faire tomber. Et ça, c’est un énorme travail”, conclut Illana.

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