Love letter à l’épisode final de Stranger Things
Ni parfaite, ni discrète, la conclusion de Stranger Things choisit l’émotion brute. Une fin pensée comme un jeu vidéo, un mythe pop et un adieu générationnel aux outsiders que nous avons été.
Ni parfaite, ni discrète, la conclusion de Stranger Things choisit l’émotion brute. Une fin pensée comme un jeu vidéo, un mythe pop et un adieu générationnel aux outsiders que nous avons été.
J’ai regardé ce final dans un moment particulier. Une année fatigante, un début de grippe et un Nouvel An passé sans sortir. Mais ce soir-là, plus que tout, j’avais envie de dire au revoir à ces personnages si attachants que l’on a vus grandir au fil des saisons. De le faire en même temps que tout le monde (et, soyons honnêtes, pour ne pas me faire spoiler).
Dès le premier acte de la saison, sorti le 27 novembre, le plaisir était là. Le développement magique de Will Byers. L’arrivée de nouveaux personnages comme le très attachant Derek Turnbow. La mise en lumière de Holly Wheeler, longtemps invisible. Et puis Karen. Karen Wheeler, enfin centrale. Bad ass mom inattendue. Attendue, en réalité, depuis longtemps. Et ces références pop culture partout, comme des codes qu’on reconnaît entre initiés.
Le deuxième acte, sorti le 26 décembre, traînait parfois. Plus larmoyant. Mais nécessaire. Certains sujets demandent du temps. Le coming out de Will, par exemple, comme pour rappeler à celles et ceux qui l’auraient oublié qu’ils regardent une série sur celles et ceux que la société préfère ne pas regarder. La preuve : cet épisode figure parmi les plus mal notés, cible d’un backlash homophobe bien réel. Laisser la série respirer, c’était aussi accepter de ne pas la consommer trop vite. Comme ces jeux qu’on fait durer parce qu’on redoute l’écran vide après la fin.
Dans l’épisode final, tout s’aligne. Les personnages sont disposés comme au début d’une partie. Impossible de choisir. Chacun a une capacité spécifique, une fonction claire, un rôle à jouer. Même leurs looks comptent : on a presque déjà envie d’acheter les figurines d’Eleven en combinaison de plongée ou de Nancy en mode Rambo. Ils sont enfin unis, tournés vers un seul objectif, escaladant littéralement leur destin. Une antenne à gravir comme une montagne. Version Seigneur des Anneaux. Ici, l’arme principale, c’est l’amitié.
« Ami » comme Mellon en elfique. Le mot prononcé par Mr. Clarke pour ouvrir le portail de la base militaire, comme Gandalf face aux portes de la Moria dans La Communauté de l’Anneau. Ce n’est pas subtil. Et c’est très bien comme ça.
L’épisode fait exactement ce que Stranger Things sait faire. Des enfants qui se battent pour leur vie. De l’humour pour tenir. Des batailles dignes des meilleures séries B. Les critiques qui parlent d’excès oublient que la série s’est toujours construite sur ces codes-là.
Les références ne sont jamais gratuites. Le retour appuyé aux premières saisons. Dustin qui adresse un doigt d’honneur au principal – clin d’œil évident à Eddie Munson – après son discours. La jeune fille qui avait ignoré Dustin lors du Snow Ball et qui revient sur sa décision, comme Nancy l’avait prédit en saison 2. L’hommage à Jurassic Park dans la laverie de l’hôpital. Encore des enfants en danger de mort. Toujours.
Certains moments restent. Celui où l’on croit que Hopper a tiré sur Eleven. La révélation autour de Vecna et d’Henry, presque troublante de compassion. Le combat final. Le big boss. La somme de tous les monstres : comme si les Démobats, les demodogs et les demogorgons ne faisaient plus qu’un. La fin du jeu.
Et Joyce. Joyce qui décapite Vecna. Une scène cathartique, presque jouissive, qui rappelle ces moments à la Tarantino où les victimes reprennent enfin le pouvoir sur leurs agresseurs.
L’épilogue est long. Oui. Il peut faire peur. Mais il est indispensable. Il prend le temps de dire au revoir. La dernière partie de Donjons & Dragons est parfaite. Elle résume tout : des personnages autour d’une table, une narration qui avance, et cette sensation d’avoir été accompagné jusqu’au bout. J’ai appris plus tard que c’était aussi la dernière scène tournée par les acteurs. Leurs propres adieux à leurs personnages.
Les Duffer Brothers n’ont pas seulement créé une série. Ils ont écrit une lettre d’amour à tous les marginaux, à tous les enfants mis de côté, à tous ceux et celles qui ont grandi en se sentant en trop. Ce final dit une chose simple : on a été vus. On a compté. Et on avait, depuis le début, la capacité d’être les héros de nos propres vies.