Ces archives offraient une vision complète du personnage ?
Pas vraiment. Ces apparitions publiques restent très contrôlées, presque mises en scène. Du coup, il faut inventer, créer les zones d’ombre, comprendre ce que la narration veut raconter et le faire exister au-delà de son image publique.
Avant même de le rencontrer, quelle était ta perception de Franck ?
Ce qui m’a tout de suite marqué, c’est son intégrité. Une vraie clarté dans sa façon d’avancer, de prendre des décisions. Aujourd’hui encore, il est en pleine forme. Passé la cinquantaine, il continue avec une énergie dingue. Il ne dépend de personne, lance ses projets sans attendre. Cette détermination, c’est devenu mon premier point d’ancrage avec le personnage.
Et inversement, qu’est-ce que le casting a perçu de Franck en toi ?
Notre métier, c’est de trouver des ponts avec des personnages qu’on n’est pas. Ce qui a dû intéresser Yaël, c’est ce mélange de réserve et de détermination. Franck est moins extraverti qu’Adel ou Filip, et je partage cette nature plus posée. Je pense qu’elle avait déjà vu ces nuances dans mon jeu.
Et tu l’as rencontré à quel moment “en chair et en os” ?
Seulement après la confirmation du casting. Il n’était pas là pendant notre préparation physique. (rires) Heureusement, d’ailleurs. Franchement, il est resté assez pudique. Je pense que c’est très étrange pour lui, je comprends. Ce n’est pas comme incarner quelqu’un qui est décédé, là, il était bien présent, et c’est particulier de voir sa propre histoire rejouée. Mais il nous a laissés libres, il a été bienveillant.
Concrètement, pour la préparation, tu savais déjà danser ?
Non. (rires)
Et chanter ?
Pas davantage. La chorégraphe m’a même dit dès le premier jour : « Tu es arythmique. » (rires) Donc j’ai bossé. Énormément. Deux mois intensifs : danse, chant, préparation physique, cardio. Trois heures d’entraînement chaque matin, puis coaching d’acteur et danse l’après-midi. Un rythme de dingue. Je devais perdre une dizaine de kilos pendant que mes deux partenaires devaient en prendre pour qu’on soit cohérents visuellement.
Cela t’a paru insurmontable, ou as-tu eu une révélation progressive ?
Honnêtement, c’était du forcing jusqu’au bout. Mais à raison de cinq heures par jour, le corps finit par assimiler. Et puis on avait un coach qui nous aidait à créer un vrai lien, parce qu’il fallait incarner des mecs qui s’étaient rencontrés enfants et avaient tout vécu ensemble. Il fallait trouver un rythme de trio, pas juste jouer chacun dans son coin.
Avez-vous testé votre alchimie avant d’être choisis ?
Oui. Lors des dernières phases d’audition, Yaël nous a réunis tous les trois, on a travaillé des scènes ensemble. À la fin de ces sessions, c’était décidé.