Daniel Lee signe l’été Burberry

Dans une époque où le luxe cultive le murmure plutôt que le cri, où les logos s’effacent au profit d’une élégance feutrée, une question taraude les maisons historiques : comment demeurer instantanément identifiable sans se répéter ? Chez Burberry, la réponse s’articule autour de trois symboles gravés dans l’inconscient collectif : le mood British, le trench coat, et le motif check. Un simple regard, et vous avez la référence. Ce que Daniel Lee fait avec ces codes ? Il les secoue, les traverse d’une énergie nouvelle, prouvant que l’ADN de la maison peut encore muter à l’infini.

À Perks Field, au cœur des jardins de Kensington Palace, Daniel Lee a planté un décor de festival. Ciel imprimé sous une tente, terre battue au sol. L’atmosphère oscille entre Glastonbury et garden party royale, célébrant cette particularité britannique qui consiste à danser sous la pluie avec autant d’aisance qu’en plein soleil. « La musique, c’est l’expression de soi, l’originalité et l’appartenance », confie le créateur. Une phrase qui résume tout : nous sommes dans l’héritage du Swinging London, cette époque où mode et rock’n’roll formaient un seul mouvement.

« La musique, c’est l’expression de soi, l’originalité et l’appartenance »

La collection avance par vagues successives. Les silhouettes étroites rappellent les Mods, les robes en cotte de mailles color-block évoquent des armures de clubs, les tailleurs trois boutons capturent quelque chose de la fièvre Britpop. Mais tout se mélange, se réinvente. Rien ne reste figé. Les matières racontent leur propre histoire : franges qui capturent et diffractent la lumière, python travaillé au laser, crochet aux allures de dentelle spatiale, denim métallisé qui reflète les spotlights. Les trenchs iconiques se réinventent en macramé aérien ou en coton ciré structuré. Chaque texture devient instrument dans cette partition où Daniel Lee compose avec virtuosité.

« Les musiciens ont toujours été des pionniers, intrépides dans leur façon de s’habiller et de sonner », rappelle le créateur. Les égéries présentes incarnent précisément cette audace transgénérationnelle. Au premier rang, l’iconique Twiggy- reine des sixties qui aurait pu glisser sur ce podium comme dans sa propre garde-robe. À ses côtés, Central Cee, Raye et Olivia Dean représentent la scène britannique actuelle, François Civil apporte cette nonchalance continentale, et Vanessa Williams, actuellement à l’affiche du Diable s’habille en Prada dans le West End, referme la boucle de cette célébration où mode et spectacle ne font plus qu’un. 

« Les musiciens ont toujours été des pionniers, intrépides dans leur façon de s’habiller et de sonner »

Ce que Daniel Lee réussit brillamment, c’est de ne jamais singer le passé. Burberry SS26 fonctionne comme une véritable mixtape contemporaine : les sixties côtoient la drill, les pionniers du rock britannique dialoguent avec la soul d’aujourd’hui. Sous le chapiteau de Kensington, l’Anglomania n’est ni un costume d’époque ni un exercice de style. C’est une conversation vivante entre hier et maintenant, où les codes se transmettent en se transformant. Et si Burberry reste immédiatement reconnaissable, c’est précisément parce que Daniel Lee a compris qu’un ADN ne se préserve jamais mieux que lorsqu’on ose le faire évoluer.

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