Rama Duwaji, la plus jeune première dame de New York City
Des apparitions rares mais immédiatement commentées, des photos de mariage dans le métro new-yorkais devenues virales, et un éditorial marquant dans la revue The Cut, qui est Rama Duwaji ?
Des apparitions rares mais immédiatement commentées, des photos de mariage dans le métro new-yorkais devenues virales, et un éditorial marquant dans la revue The Cut, qui est Rama Duwaji ?
Artiste engagée d’origine syrienne, ses œuvres ont été exposées au Tate Modern de Londres, un des plus grands et prestigieux musées au monde. Rama Duwaji développe un travail visuel d’apparence simple — céramiques, dessins, animations — mais d’une frontalité désarmante. Son art met en scène des corps, des visages et des récits collectifs trop souvent invisibilisés. Il convoque diverses thématiques telles que la féminité, la condition des femmes au Moyen-Orient, la justice sociale ou encore les conflits géopolitiques contemporains, du Soudan à la Palestine. Un art profondément politique et incarné, qui puise dans son héritage syrien et une sensibilité artistique parfaitement mêlée à l’énergie brute de New York où elle vit aujourd’hui. Pour Rama, l’art est un médium puissant permettant de dénoncer les injustices et de célébrer avec justesse la culture orientale — un ancrage personnel qui semble toucher et séduire la Gen Z.
Jusqu’ici, Rama Duwaji s’est tenue à distance des projecteurs, et elle continue d’ailleurs de décliner les interviews des divers médias à la suite de ce tout nouveau rôle qu’elle endosse. Peu présente lors de la campagne de son mari, voire quasiment absente aux événements officiels, elle n’a accordé qu’une seule interview au magazine new-yorkais The Cut. Un choix parfaitement assumé qu’elle explique dans cet unique entretien : refuser d’être réduite au statut de « first lady ».
Rama Duwaji is excited for her husband Zohran Mamdani’s new job. Just don’t call her the mayor’s plus one
Danya Issawi (The Cut, décembre 2025)
Néanmoins, en coulisses elle a participé à la construction de l’identité visuelle de la campagne de Zohran Mamdani. Une communication moderne pensée avec précision, mêlant le bleu des New York Mets (ligue de baseball) au jaune symbolique du métro new-yorkais. Un geste à la fois graphique, culturel et politique, à l’image de son approche.
Côté mode, Rama Duwaji fait sensation et devient virale sur les réseaux sociaux, de son style vestimentaire à sa coupe garçonne : l’emblématique pixie cut. Là où les premières dames sont souvent contraintes d’adopter une silhouette polissée — tailleurs unis, jupes crayons, couleurs flashy, neutralité calculée — elle choisit l’exact opposé. Des lignes épurées, une palette dominée par le noir et les tons neutres, aucun logo de marque ostentatoire, des pièces vintage voire empruntées ou louées, et des designers indépendants. Avec Rama Dawuji, le message est clair : pas d’effacement de soi, ni de compromis. Son style minimaliste, élégant, casual à certains égards, témoigne d’une singularité intacte. Une manière de rappeler que la mode, sous ses airs « futiles », est toujours politique — surtout quand elle est portée par une femme qui occupe une position de figure publique et d’autorité symbolique. Rama Dawuji porte ses valeurs, littéralement, avec goût et style.
Le soir des résultats de l’élection, elle apparaissait dans un top noir designé par Zeid Hijazi, orné d’un discret tatreez palestinien (une forme de broderie) représentant le cyprès, cet arbre symbole d’espoir et de résilience. Ici, le vêtement devient archive, mémoire, c’est une prise de position silencieuse. Rien n’est crié, tout est signifié. De même, lors de l’investiture de Zohran Mamdani, Rama portait un long manteau marron majestueux signé Renaissance Renaissance, label de la créatrice libano-palestinienne Cynthia Merhej, le tout associé à des bottes montantes lacées aux accents gothiques et victoriens — un look assumé, réfléchi et riche en symboles pour cette cérémonie.
Impossible d’évoquer Rama Duwaji sans revenir sur son éditorial pour The Cut, un shooting mode pointu, inondé de références artistiques et symboliques. Bien plus qu’une simple série photo, cet édito agit comme une déclaration d’intention. Aucun signe ne renvoie explicitement à son statut de première dame. Ce que l’on voit, c’est une femme, une artiste, un sujet qui fait l’objet d’une forme d’agentivité sur papier glacé (cf. Judith Butler « female agency »). Sur un des clichés, on peut voir Rama vêtue d’une paire de gants en céramique, un jeu de texture intéressant qui semble rendre hommage à son art (en tant que céramiste). De même, les références à l’histoire de l’art — de John Singer Sargent à Amedeo Modigliani, jusqu’à Frida Kahlo — traversent les divers photographies de cet édito. Notamment ce portrait sur fond vert de Rama, qui semble évoquer l’Autoportrait aux cheveux coupés (1940) de Frida Kahlo : même frontalité, même cadrage, même tension entre émancipation féminine et regard social. Quelques pages plus loin, elle apparaît comme contenue dans une sorte de « boîte » cubique verte : « the first lady box » ? Une métaphore possible de ce rôle institutionnel qu’on voudrait lui assigner, de cet encadrement et de cet effacement conformiste qu’elle subvertit par un détail, une posture, un regard, un pli, une asymétrie. Rama ne performe pas, elle impose une forme de « quiet authority » et façonne ce box comme elle l’entend.
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Dans un paysage médiatique saturé de figures féminines sur-exposées, Rama Duwaji nous offre autre chose : une présence à la fois rare, douce et ferme, ainsi qu’une élégance résolument moderne et non spectaculaire. Une nouvelle représentation esquissée et une manière d’entrer dans la sphère pouvoir sans se plier aux codes qui l’accompagnent traditionnellement. Plus qu’une icône mode ou une « it girl » annoncée, elle incarne une nouvelle façon d’exister sur la scène politique : discrète, située, et profondément alignée.