En modifiant les paroles de « Jolene », Beyoncé se réapproprie la country
Un regard pertinent sur un classique de la musique country.
Dans son opus de 27 titres, Cowboy Carter, Beyoncé réserve de nombreuses surprises, mais sa réinterprétation ultra-catchy du hit de Dolly Parton, « Jolene », se démarque particulièrement. En redéfinissant totalement les paroles, Beyoncé ne se contente pas de moderniser le morceau ; elle appose sa marque indélébile sur la musique country.

Selon Beyoncé, Cowboy Carter transcende le genre country pour incarner l’essence même de son univers artistique. Sa version de « Jolene » se transforme ainsi d’un cri de désespoir en un avertissement cinglant, aligné sur les thématiques de prédilection de Queen B. Dès les premières mesures, elle détourne l’appel au secours original de Dolly Parton, « Jolene, Jolene, Jolene, je t’en prie, ne prends pas mon homme » (« Jolene, Jolene, Jolene, I’m begging of you please don’t take my man », ndlr), en un provocateur « Je te préviens, ne t’approche pas de mon homme » (« I’m warnin’ you, don’t come for my man », ndlr).

Inspirée par une situation vécue par Dolly Parton elle-même, Beyoncé enrichit le morceau d’anecdotes personnelles, augmentant ainsi l’intensité drama de ce morceau. En effet, tout comme l’original de Dolly Parton qui a été inspiré par une caissière de banque aux cheveux roux flirtant avec son mari, Beyoncé s’inspire également de sa propre expérience pour personnaliser « Jolene ». Dans le premier vers, Beyoncé fait référence explicitement à sa relation avec Jay-Z, affirmant : “Nous sommes profondément amoureux depuis vingt ans/ J’ai élevé cet homme, j’ai élevé ses enfants / Je connais mon homme mieux qu’il ne se connaît lui-même / Je peux facilement comprendre / Pourquoi tu es attirée par mon homme / Mais tu ne veux pas de cette fumée, alors tente ta chance avec quelqu’un d’autre (Tu m’as entendue)”. (“We’ve been deep in love for twenty years / I raised that man, I raised his kids / I know my man better than he knows himself (Yeah, what?) / I can easily understand / Why you’re attracted to my man/ But you don’t want this smoke, so shoot your shot with someone else (You heard me)”, ndlr.)

En se décrivant comme « une Creole banjee bitch de Louisiane » (« a Creole banjee bitch from Louisianne », ndlr), Beyoncé ne se contente pas de revendiquer son identité ; elle engage également le dialogue avec l’auditeur.rice, dans une démarche de vérité. Mais là où la version de Beyoncé se distingue le plus, c’est dans sa conclusion, qui se termine sur une note d’assurance et de sécurité : “Je vais rester à ses côtés, il va rester aux miens” (“I’ma stand by him, he gon’ stand by me”, ndlr)

À bien des égards, la réappropriation de “Jolene” par Beyoncé — en tant que chanson et narratrice — semble être la distillation la plus précise de la raison d’être de Cowboy Carter. Pendant des années, le message subliminal que l’establishment de la musique country et ses fans ont fait passer à Beyoncé est que ses chansons n’étaient pas en accord avec les messages véhiculés par le genre country, et donc que Beyoncé serait illégitime dans ce genre. Mais qui est plus country que Dolly Parton elle-même, une icône country dont les expériences de vie ne sont pas aussi différentes que celles de Queen B ? 

 

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La reprise de « Jolene » par Beyoncé ne se limite donc pas à un exercice de style ; elle s’inscrit dans une démarche plus vaste de réappropriation culturelle et musicale. Longtemps perçue comme étrangère au monde de la country par certains puristes, Beyoncé démontre désormais à travers Cowboy Carter que sa vie et sa musique sont intimement liées à l’essence de ce genre. « Jolene » incarne ainsi le cœur de cet album, témoignant de la rencontre entre deux univers musicaux, deux histoires — celle de Dolly Parton et celle de Queen B — unies par Beyoncé dans une démarche artistique audacieuse.

La réécriture de « Jolene » pose également la question de l’identité de cette femme énigmatique, à laquelle Beyoncé répond avec finesse, établissant un parallèle intrigant avec la « séductrice aux beaux cheveux » de Dolly Parton et la fameuse “Becky with the good hair” de Queen B. Ainsi, Cowboy Carter de Beyoncé ne se contente pas de revisiter le patrimoine country ; il le réinvente, offrant une nouvelle perspective sur ce que signifie être une femme noire et artiste contemporaine qui reprend la main sur son héritage culturelle, n’en déplaise aux détracteurs. 

Publication originale de NYLON.COM.

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