Marguerite, en fleur et en feu

Certaines carrières éclosent avec la patience d’un bourgeon au printemps. Celle de Marguerite a jailli comme une fleur sauvage, inattendue, vibrante, impossible à ignorer. Un premier titre, « Les filles, les meufs », et voilà qu’une génération entière s’est reconnue dans cette déclaration d’amour tendre et nécessaire. Pas un buzz éphémère, non : une racine qui s’ancre, une mélodie qui reste, un refrain devenu étendard. Lors de notre shooting, elle déambule avec cette liberté désarmante des artistes en pleine éclosion. Aucune pause forcée, aucun artifice : juste cette présence singulière, cette fraîcheur qui signe les commencements prometteurs. Dans son EP Grandir, elle déconstruit avec une tendresse acérée les codes qui ont façonné la petite fille sage, celle qu’on surnommait « la fée ». Aujourd’hui, la baguette magique a changé de main. Et la magie opère autrement : dans la sincérité d’une voix qui tremble sans se briser, dans des textes qui osent dire « moi aussi » quand tant d’autres chuchotent. Et surtout, elle nous rappelle qu’être vulnérable n’est pas une faiblesse , c’est un acte de bravoure rare dans un monde qui préfère les façades. Rencontre avec une artiste qui a compris que grandir, ce n’est pas devenir sage, c’est oser dire tout haut ce que les filles, les meufs ressentent (trop souvent) tout bas.

NYLON : Ton EP s’appelle Grandir. C’est un mot fort, un imaginaire en soi. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Marguerite : Pour moi, grandir, ça représente beaucoup de choses. Avancer, se poser des questions, essayer d’y répondre, tenter de nouvelles expériences… Se découvrir, s’accepter. Ça englobe énormément. En fonction de chacun.e, ça peut vouloir dire des choses très différentes. J’ai choisi ce mot parce qu’au début, je voulais un titre en rapport avec mon prénom de fleur, pour travailler cette notion de croissance, j’aimais bien l’idée de “blossom”- ndlr : éclore en anglais- mais aucun mot ne me convenait. Puis j’ai entendu une phrase d’Aldebert : « Grandir, c’est fabriquer des premières fois. » Et comme j’étais dans une période pleine de premières fois, ça m’a semblé évident.

NYLON : Donc grandir, ce n’est pas seulement aller vers l’âge adulte ?

Marguerite : Non, pour moi c’est surtout aller vers ces premières fois. Chaque première fois réveille l’enfant en nous, et en même temps l’adulte. Ces deux facettes se rencontrent souvent dans la vie, surtout dans des situations intenses où l’on teste des choses. On se rapproche alors de nos instincts premiers, de notre personnalité profonde. C’est un mélange des deux : convoquer son enfant intérieur pour avancer.

NYLON : Tu as un souvenir d’enfance marquant, qui t’a justement fait sentir que tu grandissais ?

Marguerite : Je crois que l’un des souvenirs les plus marquants, c’est mon tout premier cours de théâtre, quand j’avais 7 ans. J’étais d’une timidité maladive, et ma mère m’a inscrite en pensant que ça m’aiderait. C’était le moment le plus angoissant de ma vie. Je me souviens encore de la salle : un studio de danse avec des miroirs. On devait improviser, passer seul.e devant tout le monde. J’avais l’impression que j’allais m’évanouir. C’était terrifiant, vraiment. Mais je l’ai fait. Et ce jour-là, j’ai compris que j’avais une force en moi, que j’étais capable de me dépasser. Ça a été un déclic.

NYLON : Tu préfères dire EP ou album ?

Marguerite : Techniquement c’est un EP, mais moi j’aime dire « disque » !

NYLON : Dans ton disque, il y a des morceaux très intimes, comme La Maison. Est-ce important pour toi de parler de sujets aussi personnels, comme une D.A qui serait la tienne ?

Marguerite : Oui, mais ça s’est fait naturellement. Je ne veux surtout pas être enfermée dans un style. Je ne me suis jamais dit « je veux absolument être vulnérable ». Simplement, ce sont les artistes qui m’inspirent : ceux qui osent la vulnérabilité. C’est ce qui me touche, ce que je réécoute. Alors ça s’est imposé dans mon écriture. Mais je ne veux pas dire que c’est ma direction artistique, car ce serait enfermant. Je m’autorise à me dévoiler, mais je veux rester libre.

Pull RUS
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NYLON : Tu utilises beaucoup le mot « vulnérabilité ». Quelle serait ta propre définition ?

Marguerite : Je crois que la vulnérabilité, c’est une mise à nu. C’est accepter que ce qu’on fait ou ce qu’on dit puisse toucher l’autre, mais aussi nous fragiliser. C’est s’exposer au regard de l’autre, en sachant qu’on peut se tromper ou même se blesser. Mais c’est aussi ce qui rend les choses vraies.

NYLON : Dans une de tes chansons, tu dis : «Depuis petite, me tenir droite, baguette magique lèvres écarlates, je suis docile et sans un bruit, battement de cils ou j’obéis”». C’est très poétique mais aussi révélateur de l’éducation des petites filles, parfois contraintes. Qu’est-ce que tu as voulu dire par-là ?

Marguerite : On m’a toujours appelée « la fée ». C’était bienveillant, mais ça m’a enfermée dans une image : celle de la petite fille discrète, gracieuse, toujours mignonne. J’ai trouvé intéressant de déconstruire ça. Parce qu’on est conditionné par des choses simples, même quand elles partent d’un geste d’amour. Mon surnom est resté, mais je voulais en montrer l’envers : les codes sociaux qu’il véhicule.

NYLON : As-tu ressenti cette pression à l’adolescence ?

Marguerite : Oui, bien sûr. Je crois que toutes les jeunes filles de ma génération en ont fait les frais. Et ce n’est pas complètement réglé aujourd’hui. À l’école, par exemple, nous n’avions pas le droit de porter des shorts, alors que les garçons oui. L’adolescence, c’est le moment où ton corps change et où tu prends conscience du décalage entre la manière dont les filles sont perçues et les garçons, qui n’ont pas à affronter ça. Je crois que c’est ce qui rend cette période si difficile pour nous. On est très tôt victimes du regard masculin.

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La vulnérabilité, c’est se mettre à nu : accepter d’être touché autant que de toucher, de se montrer sans armure, quitte à se blesser.

NYLON : Et c’est justement dans ce contexte que ton titre Les filles, les meufs a pris une telle ampleur. Comme si ta chanson venait répondre à ce vécu collectif, en offrant une forme de libération … 

Marguerite : Oui, c’est le premier titre que j’ai sorti, et je ne m’attendais pas à un tel engouement. J’étais fière de la chanson, mais jamais je n’aurais imaginé qu’elle prenne autant. Je l’ai écrite à partir d’une phrase retrouvée dans un carnet : « Maman, je crois que j’ai compris que j’aimais les filles aussi. » On a tiré ce fil et c’est devenu une déclaration d’amour aux femmes. C’est une chanson tendre, et je suis heureuse qu’elle résonne autant.

NYLON : Est-ce que tu te doutais qu’elle devienne un hymne pour une génération,mais aussi pour toute la communauté LGBTQIA+?

Marguerite : Non ! Quand tu débutes, tu ne sais pas à quoi t’attendre. J’étais juste fière de la chanson, mais je ne pensais pas qu’elle toucherait autant, ni qu’elle durerait. Et pourtant, elle continue d’être écoutée. Ce n’est pas un buzz passager, c’est un morceau qui reste, et j’en suis très fière. 

NYLON : Tu comprends pourquoi elle est devenue si fédératrice ?

Marguerite : Oui, je crois. D’abord parce que la mélodie est simple, on peut se l’approprier facilement. Ensuite parce qu’il y a un besoin, aujourd’hui, de textes féministes forts. Quand un titre comme ça arrive, il crée du lien. C’est ce qui s’est passé avec La Grenade de Clara Luciani ou Balance ton quoi d’Angèle. Ce sont des chansons qui rassemblent, et la mienne est arrivée dans ce contexte. Ma participation à la Star Ac a aussi amplifié l’effet : ça a créé une sorte de ralliement autour de ce morceau.

Chapeau CELINE
Top et pantalon VAILLANT
Manteau FENDI
Boucles d’oreilles ZUMERLE
Bague LAH chez WHITE BIRD

Enfant, j’étais d’une timidité maladive, et ma mère m’a inscrite [au théâtre] en pensant que ça m’aiderait. C’était le moment le plus angoissant de ma vie. On devait improviser, passer seul.e devant tout le monde. J’avais l’impression que j’allais m’évanouir. Mais je l’ai fait. Et ce jour-là, j’ai compris que j’avais une force en moi, que j’étais capable de me dépasser. Ça a été un déclic.

NYLON : Est-ce que tu te souviens d’un moment précis où tu as pris conscience que ta chanson dépassait ton histoire personnelle ? 

Marguerite : Pas d’un moment unique, mais très vite, j’ai commencé à recevoir des témoignages bouleversants. Des gens me disaient : « Grâce à ta chanson, je me sens moins seul.e. » Et je me suis dit : « Moi aussi. » Ça m’a frappée, parce que j’ai compris qu’en l’écrivant, je m’étais aussi réparée. Un jour, quelqu’un m’a écrit : « Je ne savais pas comment le dire à ma famille, alors je leur ai fait écouter ta chanson. » Là, je me suis dit : « Ok, j’ai créé un outil. » Et c’est incroyable. C’est le moment où tu comprends que ta chanson ne t’appartient plus, qu’elle est plus grande que toi. Et c’est magnifique.

NYLON : Après la Star Academy, comment s’est passée la transition vers ta carrière solo ?

Marguerite : Honnêtement, je ne l’ai pas vécue comme une vraie transition. Tout s’est enchaîné vite : j’étais en studio tout en faisant la tournée Star Ac’. Donc pour moi, c’était fluide. Et j’ai conscience que c’était un privilège énorme d’avoir déjà une telle lumière grâce à l’émission. Des gens étaient là pour m’écouter avant même que je sorte ma musique. Après, j’ai voulu en profiter pour donner le meilleur de moi-même, mais à ma façon, sans les codes de la télé.

NYLON : Et avec les autres candidat.es, vous restez soudés ?

Marguerite : Oui, bien sûr. On a un groupe, on s’écrit, on essaie de se voir quand on peut. C’est une aventure si particulière que seuls nous pouvons vraiment comprendre ce qu’on a traversé. Ça crée un lien très fort.

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Collier JULIE COHN DESIGN chez WHITEBIRD JEWELLERY
Boucle d’oreille ZUMERLE JEWELRY

NYLON : Tes chansons circulent aussi énormément sur TikTok et Instagram. Comment vis-tu cette puissance des réseaux ?

Marguerite : Je ne la maîtrise pas vraiment. Ça me stresse parfois. Être créateur de contenu, c’est un métier à part entière. Mais pour mon titre, ça s’est fait naturellement, sans que je force. Les gens se sont approprié la chanson, l’ont partagée, portée. À ce moment-là, tu comprends qu’elle ne t’appartient plus vraiment, et c’est très fort.

NYLON : Avec qui rêverais-tu de collaborer ?

Marguerite : J’ai longtemps dit Iliona… et je l’ai fait ! (rires) Aujourd’hui, j’écoute beaucoup Miki, son univers et elle-même m’intrigue énormément. J’aimerais voir comment elle travaille.

NYLON : Comment envisages-tu de « grandir » avec ton public ?

Marguerite : Avec les prochaines étapes : la tournée, le retour en studio, de nouvelles chansons. Continuer à développer mon projet, étape par étape, pour m’éclater et apprendre.

NYLON : Et pour finir, qu’est-ce que tu ressens sur scène, quand tu es en synergie avec ce public ?

Marguerite : Je suis toujours très stressée, mais je fais semblant de ne pas l’être (rires) ! Et puis, il y a la magie qui opère. À Bruxelles récemment, tout le monde chantait les paroles avec moi. C’était bouleversant. C’est ça que j’aime : sentir qu’on crée une seule voix.

 

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Manteau SAINT JAMES x GUILLAUME LARQUEMAIN
Collier JULIE COHN DESIGN chez WHITEBIRD JEWELLERY
Boucle d’oreille ZUMERLE JEWELRY
Collant FALKE
Bague PANCONESI chez WHITEBIRD JEWELLERY
Chaussures MARNI 

 

 

Photos MARINA GERMAIN
Stylisme ALYSEE HENOT
Interview CAMILLE LAURENS
Maquillage et coiffure SOLENE ROUX
Assistant photo QUENTIN PEREZ

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