Love Letter à Måneskin
Le groupe italien le plus glam du moment vient de sortir son nouvel opus Rush!, un 17 titres qui monte en puissance. Avec leurs ballades kitsch, leur pop-rock uptempo et leurs morceaux aux influences punk, Damiano, Victoria, Thomas et Ethan continuent à prouver que le rock’n’roll is here to stay.
Rush! est ainsi à l’image du rock non genré et je-m’en-foutiste de sa propre génération – au grand dam de certains journalistes musicaux qui continuent à qualifier Måneskin de buzz éphémère, malgré les preuves que le groupe a apportées en faisant la première partie de la tournée américaine des Rolling Stones par exemple, ou en collaborant avec des légendes du rock telles qu’Iggy Pop et Tom Morello, sans parler de leur reprise de “If I Can Dream” d’Elvis Presley pour la bande originale du film de Baz Luhrmann. Ce que j’ai envie de dire à ces confrères, qui sont pour la majorité des Anglo-Saxons caucasiens aux cheveux poivre et sel – quelle surprise, lol – et qui voient dans la naïveté de cet album une faiblesse au lieu d’une force sur laquelle cette nouvelle génération de rockeur.se.s peut puiser, c’est simplement : OK boomer, you’re missing the point.

Commencez déjà à mettre des rock stars vivantes en cover de vos magazines, au lieu de constamment célébrer une génération désormais à l’EHPAD ou au cimetière, si vous souhaitez que ma génération continue à croquer le rock à pleines dents – et à s’en mettre plein les oreilles. Assistez aux concerts des nouveaux groupes et artistes que vous critiquez au lieu de pianoter vos pamphlets du “c’était mieux avant” depuis le confort de vos bureaux de cadre d’entreprise. Et laisser nos Måneskin tranquilles avec vos “Bruce Springsteen denim boomer issues”, pour citer Courtney Love. Parole de fan avérée : in Måneskin we trust.

En fin de semaine dernière, le quatuor Måneskin célébrait son faux mariage – avec Alessandro Michele, l’ancien directeur artistique de Gucci comme prêtre – lors d’une performance accordée à Spotify pour la sortie de leur nouvel album Rush!, un album sans répit, puissant et ludique, qui continue à bâtir leur renommée sur les fondements déjà bien solides de leur dernier album, Teatro d’Ira – Vol. I. Juchés sur une scène, face à un faux autel, Ethan Torchio (la mariée) embrassait Damiano David (le marié), puis Victoria De Angelis (la demoiselle d’honneur), puis Thomas Raggi (le témoin), qui, à leur tour, ont continué la procession d’embrassades incestueuses avant de lancer tour à tour un bouquet de marié.e dans la foule. Une performance parfaitement à l’image de l’esthétique théâtrale du groupe de rock romain, qui fait aussi honneur à leur éclectisme musical.

Quand je vois la majorité de la presse internationale continuer à vouloir réduire Måneskin à un buzz qui, une fois consommé, sera relégué dans les oubliettes de la pop culture – ce qui ne fait que démontrer la vision snob et bornée de certains médias par rapport à ce que le rock est censé représenter en 2023 –, je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel. Si mes confrères et consœurs n’ont toujours pas compris la véritable raison pour laquelle la musique de Måneskin a été streamée plus de 6,5 milliards de fois à ce jour, c’est qu’il va falloir retourner sur les bancs d’école de la pop culture et ouvrir un peu ses chakras au passage. Bien évidemment, on sait que les Måneskin n’ont pas inventé la roue : leurs clins d’œil délibérément iconoclastes, leurs provocations sensuelles et la fluidité décomplexée de leur esthétique qui défie les clichés genrés sont des codes avec lesquels le Panthéon du rock’n’roll joue depuis que Robert Plant a découvert son amour pour le fer à boucle et les blouses girly portées façon crop top.

https://www.tiktok.com/@therealmaneskin/video/7190651256623435013?is_from_webapp=1&web_id=6928428432364799494

 

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Mais la différence aujourd’hui, c’est que ma génération et celle d’après (coucou la Gen Z) ont vraiment besoin de nouveaux groupes de rock qui déconstruisent la masculinité toxique toujours présente au sein de ce genre et ses dérivés. Ces dernières années, jusqu’à ce que l’édition italienne de X Factor et l’Eurovision propulsent Måneskin au top des charts, l’entité “groupe de rock” était tapie dans l’ombre, loin des projecteurs et figée dans un imaginaire construit sur les codes d’une masculinité cis, hétérosexuelle et à prédominance anglo-saxonne. Måneskin a donc non seulement rendu le concept du groupe de rock à nouveau désirable pour le grand public, mais Damiano, Victoria, Thomas et Ethan ont surtout contribué à la déconstruction des totems machistes, misogynes et impérialistes du rock en prônant une masculinité et une féminité fluides, plurielles et vulnérables – Damiano, en totale autodérision, raconte ses problèmes d’érection sur “Bla Bla Bla” et sa codépendance amoureuse sur “Timezone” –, tout en apportant un contrepied très dolce vita, populaire et flamboyant à une culture rock protestante qui se prend souvent (trop) au sérieux.

S’il y a bien quelque chose qu’on ne peut donc pas faire, c’est de mettre Måneskin dans une case et Rush! le démontre bien : sur “Kool Kids”, le titre punk façon Camden de l’album, Damiano vocifère “We’re not punk, we’re not pop, we’re just music freaks” confirmant qu’il est difficile d’étiqueter avec précision les influences musicales de Måneskin, et ce depuis ses débuts. Des influences qui vont de Rage Against The Machine et Queens Of the Stone Age à Britney Spears et Rosalía en passant par The Four Seasons et l’iconique Italienne Nada, à l’image d’une nouvelle génération qui vit à l’ère du streaming post-genre, où l’on revendique ses coups de cœur musicaux sans se vanter d’une appartenance à une tribu ou un genre musical en particulier.

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