LOVE LETTER À BILAL HASSANI
Alors que l’intolérance est toujours tendance, il est primordial de célébrer les artistes qui, comme Bilal, dédient leur vie à la combattre.

Quand je suis tombé sur la vidéo d’un collectif obscur (Lorraine Catholique) s’insurgeant contre un concert de Bilal Hassani qui devait se tenir au sein d’une église désacralisée depuis cinq cents ans, j’ai d’abord cru à une nouvelle farce… Puis, Bilal a été contraint d’annuler sa performance, et je me suis souvenu que les intolérant.e.s n’avaient pas encore fini de nous casser les pieds. Pire : StreetPress révélait vendredi 7 avril que des militants d’extrême droite préparaient un véritable attentat armé contre le chanteur. Alors, puisque certain.e.s n’ont toujours pas les bases : on reprend !

Spiritualité LGBTQI+

Ce qui m’a le plus choqué dans cette histoire, ce n’est pas seulement la haine évidente qui animait ce jeune Lorrain, mais sa détermination à utiliser la foi chrétienne pour justifier son homophobie et sa xénophobie. Les faux prêcheurs ont encore tant d’espace pour déverser leur bêtise. Pourtant, les voix LGBTQI+ s’élèvent de plus en plus pour revendiquer leur foi, et leur révolte contre celles et ceux qui voudraient la leur confisquer. Après des siècles d’exclusion de la communauté religieuse, des artistes comme Yves Tumor ou Lalla Rami se sont emparé.e.s de ce sujet pour dénoncer l’une des injustices les plus criantes de l’Histoire. Il y a deux ans, la rappeuse franco-marocaine me confiait ces mots : “Déjà, la société n’est pas trop faite pour les gens comme toi – on te montre bien que tu n’es pas comme tout le monde – mais en plus, on va t’enlever ce truc : la spiritualité, la foi… On va te dire que tu mérites de brûler en enfer, que ta vie ne vaut rien. C’est d’une violence…”

Si l’on retient la compassion, l’amour et le respect comme valeurs fondatrices des grandes religions, on comprend vite que cette exclusion n’a aucun sens. Par sa simple existence, un artiste tel que Bilal nous ramène à ces valeurs fondamentales, mais aussi à des piliers essentiels du vivre-ensemble : la liberté individuelle et l’acceptation de nos différences. Et quelle meilleure façon de le rappeler que d’offrir une reprise du morceau légendaire de Dalida sur le plateau de C à Vous la semaine dernière : “Moi, je vis d’amour et de risque / Quand ça n’va pas, je tourne le disque / Je vais, je viens j’ai appris à vivre / Comme si j’étais libre et en équilibre […] Laissez-moi danser, chanter en liberté.”

Si tu souhaites approfondir le sujet, Arte diffuse à partir d’aujourd’hui un documentaire réalisé par Tristan Ferland Milewski intitulé La Violence anti-queer dans lequel apparaissent la chanteuse Janis et d’autres artivistes de la communauté LGBTQI+.

Un parcours exemplaire

“Pop star drag-queen”. C’est avec ces mots que l’auteur de la vidéo décrit Bilal, comme si c’était une insulte. Probablement inspiré par la série de lois LGBTphobes aux USA, il prouvait dès le départ son ignorance quant à la culture pop, au drag ainsi qu’à propos de la carrière de Bilal. Un parcours exemplaire que j’avais déjà eu le plaisir de raconter en septembre 2021 dans son fanzine NYLONFrance. Des fan-clubs à The Voice Kids, puis de YouTube à l’Eurovision, pour finalement prendre son envol au travers de trois disques – Kingdom, Contre Soirée et, en février dernier, Théorème –, Bilal nous a offert l’une des plus belles réalisations humaines et artistiques de la scène française actuelle.

Près de dix ans de carrière pour un artiste qui a fêté ses 23 ans en septembre : dix ans de succès, mais aussi dix ans de harcèlement incessant de la part de celles et ceux qui ne peuvent accepter que l’on défie les normes liberticides auxquelles iels restent accroché.e.s comme un enfant capricieux à sa peluche préférée.

 

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Pop star humaine

Bilal nous rappelle qu’une star de la pop n’est pas une icône surhumaine dépourvue d’âme, mais bien un être à la sensibilité accrue déterminé à s’exprimer et à marquer l’esprit de ses semblables. La capacité d’écrire, de composer et de construire un univers, c’est la marque d’une humanité pure et d’une humilité dont sont de toute évidence dépourvu.e.s celles et ceux qui aimeraient le faire taire. Bilal le prouve : entrer dans la lumière pour exposer son œuvre, ce n’est pas se placer au-dessus du commun des mortels, au contraire, c’est un acte d’abandon : offrir son cœur, sa force et ses blessures aux yeux de tous.tes dans le but d’inspirer et de bâtir un autre avenir.

Une générosité qui place aujourd’hui les artistes face au jugement constant de celles et ceux qui n’ont aucune idée du courage que requiert ce métier. Il y a encore une trentaine d’années, la plupart des critiques auxquelles les artistes étaient exposé.e.s étaient celles d’une presse culturelle parfois difficile. Aujourd’hui, avec Internet, les règles ne sont plus les mêmes et les artistes se retrouvent à la merci de haters rongé.e.s par la jalousie et que l’anonymat arrange bien. Moqueries sur YouTube, invectives sur Twitter, et maintenant de véritables gangs fascistes qui s’organisent en secret sur Telegram… Comme si c’était si compliqué d’ignorer un.e artiste qui ne te revient pas et de tracer ta route sans imposer ton intolérance au monde entier… Et puisque ni les géants du Net, ni les autorités en place ne semblent saisir l’ampleur du problème : on fait comme d’habitude, on ne compte que sur nous.

La prochaine fois qu’un.e artiste touche ton cœur ou t’inspire de belles pensées, n’oublie pas de les lui transmettre : il n’y a aucune raison de laisser la haine triompher de l’amour sur nos Internets. Pas besoin d’être un.e fan inconditionnel.le pour apporter son soutien, alors n’hésite plus et matérialise tes bonnes vibrations en quelques lignes. Décris ce qui te touche, l’énergie que le morceau te procure, tout ce qu’il te donne envie de vivre et de goûter. Tes mots sont le carburant de ces artistes qui se battent pour apaiser nos cœurs et élargir nos horizons. N’oublie pas : si Bilal Hassani n’abandonne pas le combat pour exister à sa façon, c’est pour que tu puisses, toi aussi, t’autoriser la même liberté. En 1965, Jacques Brel signait ces lignes dans son titre “Ces gens-là” : “Et que si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être.” Et c’est pour ça que j’aime tant Bilal…

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