Lorde électrise le Zénith avec son dernier album Virgin

What was that ? Lumières bleues, poitrine scotchée, course effrénée sur un tapis roulant, Lorde a marqué les esprits avec un show brut, sincère, vibrant… welcome at the Ultrasound Tour !  

Après quatre ans de discrétion et un été marqué par le Brat Summer de Charli XCX, Lorde signe son grand retour avec Virgin, un album électro-pop et expérimental qui prend tout son sens sur scène. Lundi soir, au Zénith de la Villette, l’artiste néo-zélandaise a transformé la salle parisienne en un phénomène d’euphorie collective.

Virgin : un album qui marque un retour aux racines électro-pop

Après son doux et discret album Solar Power (2021), la chanteuse revient avec Virgin (2025), son quatrième opus sorti le 27 juin dernier — un projet expérimental qui bouscule tout ce que l’on pensait déjà connaître de l’artiste.

L’été dernier, on l’avait retrouvée sur scène aux côtés de Charli XCX pour interpréter “Girl, so confusing”, un duo viral qui marquait déjà le début d’une mue. Musicalement, l’album Virgin renoue avec les racines électro-pop de Melodrama (2017) tout en y injectant une tension nouvelle. Virgin, c’est une œuvre frontale, organique, profondément physique. Pour composer ce disque, Lorde a fait appel aux talents du producteur Jim-E Stack, qui a déjà collaboré avec Charli XCX, Caroline Polachek, Bon Iver, ou encore Chappell Roan. 

Virgin, c’est une radiographie sonore et visuelle de l’artiste, littéralement, puisque la pochette représente une radio pelvienne zippée, où chaque morceau expose un fragment d’elle-même.

 

L’Ultrasound Tour : un live brut, électrique, magnétique

Lundi 10 novembre, 21h, le Zénith de la Villette plonge dans un halo de lumières. Les premières notes de “Hammer” retentissent et la salle bascule dans une tension électrique remarquable. Lorde entre en scène, seule, sans artifices — une présence scénique magnétique qui lui suffit. Le ton est donné avec une scénographie minimaliste, des faisceaux lumineux bleus et quelques accessoires sobres. 

Sur scène, elle déconstruit les codes de la pop. Exit les chorégraphies millimétrées ou les paillettes à outrance, avec Lorde tout est dans le geste, le mouvement et la sincérité. Sur “Man of the Year”, elle scotche sa poitrine, un geste fort qui renvoie directement aux paroles du morceau dans lequel elle se confie sur le rapport intime qu’elle entretient avec son identité de genre. Pendant “Breaking Glass”, sa claviériste croque une pomme, une métaphore assumée des troubles du comportement alimentaire, sujet central dans ce morceau. 

Chaque titre de son répertoire interprété en live frappe avec intensité, l’Ultrasound Tour constitue une véritable expérience live expérimentale. Sur “Buzzcut Season”, la chanteuse affronte un ventilateur géant pendant que ses danseurs livrent une chorégraphie libérée et brute, célébrant le mouvement du corps, loin des codes habituels du live pop. La chanteuse s’allonge ensuite sur une plateforme centrale pour interpréter Favourite Daughter et Shapeshifter, avant de s’élancer sur un tapis de course pour “Supercut”. Elle chante en courant, et cela sans jamais perdre son souffle — une image puissante, un résultat bluffant.

Puis vient l’incontournable “Clearblue”. Un silence gagne la salle, celui que l’on réserve aux chansons que l’on sait importantes. Lorde, la tablette de mixage à la main, retravaille sa propre voix en direct. Elle parle sans retenue du corps des femmes, du poids de la contraception et de la solitude face à ces angoisses systémiques. Sa voix, légèrement robotisée, sonne comme une confession collective et contemporaine, à laquelle chacun.e peut s’identifier. Peu d’artistes aussi mainstream osent un tel degré de sincérité sur scène et c’est précisément là que réside sa force. Quelques minutes plus tard, le contraste est total, c’est l’explosion avec son tube “Green Light”. Les premières notes font bondir la foule. Le refrain “I’m waiting for it, that green light, I want it” résonne comme un cri, une euphorie, une catharsis collective. 

Tout au long du show, Lorde n’hésite pas à interagir avec son public, et entre deux morceaux elle évoque même l’intoxication alimentaire qui l’a contrainte à annuler son show au Luxembourg la veille. Sans filtre, elle parle aussi de son âge : 29 ans, un anniversaire qu’elle vient tout juste de célébrer et rappelle qu’il est beau de vieillir. 

Avant de quitter la scène, l’artiste parcourt la foule en chantant “David” avec une grâce presque solennelle, vêtue d’une veste composée de carrés lumineux qui éclairent son chemin. Un moment à la fois doux et intime entre l’artiste et ses fans. 

Pour le final, Lorde se faufile dans les gradins et perchée au-dessus de la foule elle interprète son dernier morceau “Ribs”, vêtue de sa mystérieuse veste rouge dont le logo est dissimulé avec du scotch, que l’on suppose être de la marque Arc’teryx.

À la fin de ce show, l’œuvre Virgin prend tout son sens. C’est un disque cru qui devient, sur scène, un espace d’émancipation et de célébration collective. Pas besoin d’effets spectaculaires, ni de show surproduit. Lorde occupe l’espace à elle seule, avec sa voix, ses gestes, son naturel. Lundi soir, elle a prouvé qu’elle n’était pas seulement la reine du drame, mais une artiste sensationnelle qui sait explorer ses brèches, se renouveler, et transformer l’intime en collectif.

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