« Des lols et des quoi » : pourquoi les fans de Mylène Farmer se déchirent sur le sens de sa chanson

Avec « Des lols et des quoi », deuxième extrait de son nouvel album ÉGRÉGORE, Mylène Farmer semblait avoir quelque chose à dire sur l’état de la langue française. Mais quoi exactement ? Depuis la sortie du clip, deux lectures radicalement opposées s’affrontent jusque dans les commentaires de ses fans. Et si cette ambiguïté était justement tout l’intérêt du morceau ?

Après « C’est à qui le tour », Mylène Farmer poursuit son nouveau chapitre avec « Des lols et des quoi », deuxième titre extrait de son nouvel album ÉGRÉGORE, attendu le 30 octobre. Pour ce nouveau morceau, l’artiste retrouve DJ Lewis à la composition et à la réalisation, tandis que le clip est confié à Thierry et Didier Poiraud. L’album fera également l’objet d’une expérience unique au cinéma le 27 octobre.

 

« Plutôt que de choisir entre Ronsard et “le seum”, Mylène Farmer les fait cohabiter. »

 


À la première écoute de « Des lols et des quoi », difficile de ne pas entendre une forme de constat désabusé. Mylène Farmer chante une langue « au plus bas », convoque Ronsard et fait cohabiter littérature et expressions contemporaines. De quoi rapidement transformer la chanteuse, chez certains fans, en nouvelle gardienne d’une langue française menacée par les « lol », « askip » et autres « de ouf ».

Sous le clip, un fan assure ainsi que Mylène « condamne le déclin actuel de la langue » et considère que le texte comme les références à 1984 ne laissent aucune place au doute. Plus loin, il insiste : les expressions comme « c’est ouf » auraient remplacé un vocabulaire plus riche, capable d’exprimer davantage de nuances.

Une chanson, deux lectures

Problème : d’autres fans voient exactement l’inverse. Dans le même fil de commentaires, un internaute estime que Mylène ne dénonce pas l’appauvrissement de la langue, mais « ceux qui prétendent la défendre en l’enfermant ». Pour lui, elle joue avec les nouveaux langages et défend une langue qui évolue.

Une fracture qu’un fan de Mylène Farmer, qu’on appellera Lucien, explique justement par l’ambiguïté du morceau : « Pris seul et sans analyse, le texte peut se lire de façon très différente, alors que le clip, indissociable à mes yeux, le replace clairement dans un univers de contrôle, de censure et de libération. » Pour lui, difficile également d’imaginer « un virage réactionnaire » chez une artiste dont l’œuvre est depuis des décennies traversée par « la liberté, la différence et l’émancipation ».

 

« Mylène n’y protège pas sagement les rayonnages d’une bibliothèque : elle les braque. »



Mais cette ambiguïté a aussi son revers. « Je comprends le malaise : cette ambiguïté permet aussi à des discours réactionnaires de s’y reconnaître et de s’en emparer », poursuit-il. À une époque où chaque mot de Mylène est disséqué et où les débats se polarisent rapidement, les interprétations deviennent vite définitives : « “Banger” marketing, mini “red flag” politique ? C’est précisément cette tension qui explique la fracture. »

Et le clip donne quelques arguments à cette deuxième lecture. Mylène n’y protège pas sagement les rayonnages d’une bibliothèque : elle les braque. Dans un univers totalitaire où des mots sont censurés et des livres détruits, elle vient libérer un ouvrage et, avec lui, les mots. Les termes interdits que l’on retrouve sur les bouches bâillonnées des censeurs ? « banger », « de ouf », « askip », « chokbar » ou encore « le seum ».

Difficile, dès lors, de faire de Mylène la nouvelle Jeanne d’Arc d’un français immuable. D’autant que le morceau finit lui-même par laisser entrer ce vocabulaire qu’il semblait regarder avec méfiance à son commencement. Comme le relève TÊTU, les mots contemporains, tenus à distance pendant une partie de la chanson, finissent par prendre le pouvoir sur le texte.

Et si le contresens était volontaire ?

C’est peut-être finalement là que « Des lols et des quoi » devient le plus intéressant. Plutôt que de choisir entre Ronsard et « le seum », Mylène Farmer les fait cohabiter. Une langue peut chérir sa littérature tout en absorbant de nouveaux mots, de nouveaux usages et de nouvelles générations.

 

« Elle réussit encore à me faire réfléchir, douter, discuter, mais surtout rester là. MF reste le S. » – Lucien, fan de Mylène Farmer



Même Ronsard, convoqué comme symbole d’un français classique, rend la lecture moins évidente qu’il n’y paraît : avec la Pléiade, le poète défendait justement l’idée d’enrichir et de renouveler la langue française.

Alors, Mylène Farmer déplore-t-elle l’appauvrissement du français ou se moque-t-elle de celles et ceux qui voudraient le figer ? En l’absence d’une explication de l’intéressée, impossible de trancher définitivement. Et c’est peut-être précisément ce qui explique que, plus de quarante ans après ses débuts, une nouvelle chanson de Mylène Farmer puisse encore provoquer autant de discussions et d’interprétations contradictoires.

Lucien le résume peut-être mieux que personne : « Elle réussit encore à me faire réfléchir, douter, discuter, mais surtout rester là. MF reste le S. »





 

 

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