Lazuli, Angie, Eesah Yasuke… Sur quelles rappeuses parier en 2022 ?
Le 3 mars prochain, le FGO-Barbara, à Paris, sera rythmé par le flow de trois talents émergents de la scène rap française. Et surprise : ces trois talents sont exclusivement féminins. C’est quoi le féminin de talent ? C’est peut-être Lazuli, Angie et Essah Yasuke. Présentation de nos espoirs féminins du rap français pour 2022.

Quand je repense à 2021, j’ai des étoiles dans les yeux. Non pas du fait des multiples couvre-feux et confinements successifs, des arrêts de la fête et des températures inquiétantes, mais plutôt en me plongeant dans les sorties musicales. Parce qu’enfin, après le déjà culte “Bande organisée”, qui réunissait une monstrueuse bande de rappeurs marseillais, des rappeuses se lançaient enfin dans l’arène. D’abord avec “Shoot”, un morceau incisif où se succédaient les voix de Sally, Chilla, Joanna, Vicky R, Alicia et KANIS, rapidement suivi d’un plus agressif “AHOO”, où l’on retrouvait peu ou prou les mêmes – Chilla et Vicky R – mais où l’on découvrait également de nouvelles têtes – Le Juiice, Bianca Costa, Davinhor. Comme une prémonition pour l’année 2022 : celle des reines du rap. Ou rien. 

Ce présage, le festival L2P Convention l’a bien saisi. La première convention française dédiée au hip-hop se tiendra au cœur de la capitale du 2 au 6 mars 2022. Impossible pour nous de passer à côté de la soirée du 3 mars, au FGO-Barbara, placée sous le signe d’une programmation 100 % féminine. Focus sur les trois nouveaux talents de cet évènement. 

Retrouvez Eesah Yasuke, Angie et Lazuli en live à Paris au FGO-Barbara le 3 mars prochain.

Lazuli, la reine de la vitesse 

Quand elle apparaît sur scène, elle porte souvent ses lunettes de vitesse, ces paires si caractéristiques de la fête – ou de la course. On ne sait jamais. Son premier EP, sorti en juin 2021, s’appelait Zéro ; le second, qui paraîtra le 11 mars prochain, s’appelle Cardio. C’est dit : avec Lazuli, la vie est une compétition. Une fête sans fin, où il s’agit d’aller toujours plus vite, de “casser son dos” et de transpirer. Beaucoup transpirer. Dans un mélange de baile funk et de dembow (un rythme d’origine jamaïcaine), deux genres musicaux qui secouent tous les standards français, la musique de Lazuli est faite pour se déhancher dans des clubs sombres, aux heures les plus reculées de la nuit. 

Franco-chilienne, Lazuli a grandi à Lyon dans une communauté chilienne où les soirées salsa et reggaeton sont légion. C’est simple, dans la culture latine, la musique est partagée. Un mode de vie qui nourrit allègrement sa musique, née de la rencontre avec le producteur Izen. De cette première connexion surgit Zéro, et pour Lazuli, c’est une révélation : la musique, elle est faite pour ça. Dès lors, la jeune Lyonnaise n’en démord plus. De fil en aiguille, elle écume les studios, expérimente avec des producteurs comme King Doudou, avec qui elle imagine le single “Casse ton dos”. L’énergie de Lazuli et de son équipe transpire à travers le rythme de morceaux qui se veulent de plus en plus dansants. Son prochain EP, Cardio, prend racine au cœur de cette frustration, celle de la fermeture des clubs et de l’interdiction de danser : “Faut que ça tape, faut que ça bouge”, confie Lazuli. À l’heure où les concerts reviennent et où les corps peuvent enfin danser ensemble, Lazuli est là pour vous servir, avant, pendant et même après la soirée. Il n’y a pas d’heure pour faire la fête. 

 

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Angie, tombée du ciel

“Là pour exciter ni chouchou ni voyou, si tu me vois c’est que je bosse !” Ce sont les premiers mots que l’on lit sur Angie en s’aventurant sur son profil Instagram. Le message est clair, et on l’adore. Dans cette époque #MusicToo, celles qui se revendiquent comme des “bad bitches” indépendantes et affirmées ont un boulevard devant elles. L’avenir leur appartient, et elles l’ont bien compris. Née en 2001, Angie est de cette génération et a baignée dans une culture féministe décomplexée au sein de laquelle clamer sa liberté n’est plus un délit. C’est sans doute pour ça qu’elle a commencé si jeune. December 8th, son premier EP, voit le jour en 2019, alors qu’Angie n’a que 17 ans. Hanté par les mélodies soul que sa mère écoutait, le disque est construit comme un journal intime. Un safe space où l’adolescente a confié tout ce qui lui arrivait – en laissant une place certaine à l’amour. C’est là, sans conteste, qu’Angie trouve sa force. Chez elle, “confidence rime avec confiance en soi”. L’ego trip ne sert plus à cacher ses sentiments, comme chez la plupart des rappeurs masculins, mais à les exprimer, à les coucher sur les productions. 

Ayant grandi à Carhaix dans le Finistère, c’est à Nantes que la carrière d’Angie prend un tournant plus sérieux. Elle y rencontre notamment AuxLow, producteur de Di#se, un autre rappeur breton. On lui doit les mélodies lascives de December 8th. De “Sous l’eau” à “Celle”, le disque explore les nuances de l’univers R&B tout en esquissant quelques premiers pas vers le rap. Dans “December 8th”, titre qui donne son nom au projet, le flow d’Angie s’étend et se rétracte à volonté, rappelant une SZA ou bien une Tommy Genesis. Du rap au chant, de l’anglais au français, on a juste une hâte pour 2022 : qu’Angie nous en fasse voir de toutes les couleurs. 

Eesah Yasuke, femme samouraï 

On la découvre entre l’ombre et la lumière, avec une couronne dessinée sur le crâne, rappelant étrangement le coup de pinceau de Jean-Michel Basquiat, sur la pochette de son premier EP, Cadavre exquis. Dès l’écoute du premier morceau, on comprend. Avec “Sarah Walker”, Eesah Yasuke – Isaiah de son vrai prénom – clame le respect qu’elle porte à des figures comme Sarah Breedlove (Madam C. J. Walker), une business woman noire qui a renversé les codes de son époque pour s’inscrire durablement dans l’Histoire. Toujours sur la pochette de Cadavre exquis, la rappeuse originaire de Roubaix semble porter une armure, prête au combat. Son pseudonyme y fait référence : Yasuke, un esclave africain devenu samouraï dans le Japon du XVIe siècle, est un combattant, comme elle. Placée en foyer à 14 ans, il fallait bien que l’adolescente se forge une armure. C’est l’écriture qui fut son exutoire, jusqu’à devenir la clé de sa liberté. 

Aujourd’hui, Eesah Yasuke peut s’enorgueillir d’avoir remporté plusieurs prix et tremplins reconnus, du dispositif de détection Buzz Booster, dédié à la scène hip-hop nationale, à la première édition de Rappeuses en liberté. Un parcours qui a un goût de revanche pour celle qui a couché ses mille et une vies sur ce premier EP écorché. Sorti en 2021 sur le label bordelais Banzaï Lab, Cadavre exquis reflète les influences d’Eesah Yasuke en termes d’écriture. Ainsi, le flow rappelle celui du rappeur belge Isha, chez qui les productions se font minimalistes pour laisser jaillir la puissance du texte. Sans fioritures, la rappeuse conte son histoire, du foyer aux rebondissements que la vie lui a apportés. Un récit musical nourri par la rumba congolaise ou le coupé-décalé ivoirien. De la poésie à l’état brut. 

 

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