Judeline : le silence avant la scène

La nuit est passée, mais quelque chose du concert reste suspendu dans l’air. À Paris, Judeline avance entre deux mondes : celui de la scène, encore vibrant, et celui du calme retrouvé. Dans ce get ready intime, elle parle de rituels, de solitude choisie, de mode comme langage intérieur et de cette spiritualité discrète qui traverse sa musique.

Comment vas-tu aujourd’hui ? Peux-tu décrire ton expérience à Paris avec ce concert ?

Je me sens très bien aujourd’hui, un peu fatiguée, mais dans le bon sens. Quand je suis à Paris, j’ai toujours ce mélange d’excitation et d’introspection. Ce concert était à la fois intime et intense. Je me suis vraiment sentie soutenue par le public,comme s’il y avait un silence partagé sous-jacent à tout cela. Et tout le monde semblait si, naturellement cool. 

 

Quel type de relation entretiens-tu avec la France, et avec Paris en particulier ?

La France a toujours été très réceptive à mon univers. Paris, en particulier, a une sensibilité à laquelle je m’identifie. Les gens écoutent vraiment, ils sont attentifs à l’atmosphère et aux détails. C’est une ville qui comprend l’art comme quelque chose de profondément émotionnel et intellectuel à la fois. Je me souviens avoir joué au Palais de Chaillot, en regardant la tour Eiffel, et m’être sentie immensément reconnaissante. Et jouer hier soir au Moulin Rouge, c’est juste incroyable !

 

Ta musique mêle spiritualité, pop, flamenco, électronique et R&B. Te considères-tu comme une artiste fusionnel, ou comme quelqu’un qui crée un langage complètement nouveau ?

Personnellement, j’ai plutôt l’impression de construire un langage qui reflète qui je suis. Toutes ces influences coexistent naturellement en moi, je ne les sépare pas. Elles proviennent de la mémoire, de la curiosité et de là d’où je viens.

 

La scène internationale s’ouvre de plus en plus aux artistes hispanophones. Ressens-tu encore une barrière liée à la langue, ou est-ce devenu une force ?                                                                                                                                                         

Je pense que c’est devenu une force. Chanter en espagnol connecte les gens à l’émotion, même s’ils ne comprennent pas chaque mot. Il y a une forme d’honnêteté à rester fidèle à sa langue, mais j’aime aussi expérimenter !

La mode semble très présente dans ton univers. Comment utilises-tu les vêtements pour exprimer qui tu es, au-delà de la musique ?

La mode est pour moi une autre façon de m’exprimer. Parfois, c’est une armure, parfois un rituel, parfois une vulnérabilité. Il ne s’agit jamais de tendances, mais d’énergie.

 

Tu t’es produite dans de grands festivals. À quel moment t’es-tu dit pour la première fois : « Ok, ma vie a vraiment changé » ?

Les premières fois où je me suis produite en dehors de l’Espagne, à Paris, Mexico, Santiago ou Amsterdam, et que j’ai entendu des gens chanter et connaître les paroles de mes chansons. Là, je me suis dit que tout avait changé.

 

Quel est ton signe astrologique, et te reconnais-tu dans ses traits de caractère ?

Je suis Capricorne. Je me reconnais dans la discipline et le sérieux, mais j’ai aussi un côté très intuitif et rêveuse.

 

Tu parles souvent de spiritualité dans ta musique. Crois-tu au destin, aux énergies, aux signes ?

Oui, je crois à l’intuition, aux énergies, et au fait d’écouter ce que l’on ressent plutôt que ce que l’on nous dit.

 

Crois-tu aux fantômes ou aux esprits ?

Je crois qu’il existe des choses que nous ne comprenons pas totalement. J’ai ressenti des présences, surtout dans la nature ou dans des lieux chargés d’histoires.

 

Si tu pouvais créer la lineup parfaite pour le festival de tes rêves, quels artistes monteraient sur scène avec toi ?

FKA twigs, Björk, Theodora, Mk.gee, Frank Ocean, mais aussi plein d’artistes émergents…

 

Quelle est ta pire habitude lorsque tu es stressée ou épuisée en tournée ?

Je ne sais pas si on peut appeler ça une habitude, et ce n’est évidemment pas quelque chose de négatif, mais quand je suis stressée, j’ai besoin d’être seule pendant un moment, surtout avant de monter sur scène.

 

Sur quel type de contenus Internet tu tombes quand tu procrastines ?

Les archives de défilés de mode, des anciennes performances, des vidéos spirituelles à 3 heures du matin. Mais bien sûr, ça change : je peux aussi regarder des vidéos d’ASMR ou le mangatok.

 

Si tu pouvais vivre dans l’univers d’un clip vidéo, lequel choisiriez-vous ?

«Cellophane» de FKA twigs.

 

Quel a été le tout premier concert qui t’a donné envie de faire de la musique ?

Pas un concert, mais le fait de voir mon père jouer du cuatro vénézuélien à la maison.

 

Quel film a le plus marqué ton enfance ?

Il y en a beaucoup, mais j’adorais Le Voyage de Chihiro (Spirited Away).

 

Quel type de mèmes te fait toujours rire ?

Les animaux qui font des activités humaines. 

 

Quel look iconique t’obsède le plus ?

Tous les looks de Björk à la fin des années 90…

 

Quelle est la question qu’on te pose tout le temps et dont tu es un peu fatiguée ?

Quel est le genre de ma musique, et le fait que l’on compare sans cesse les artistes féminines entre elles, alors qu’on ne fait jamais la même chose avec les artistes masculins.

 

Quel est ton meilleur secret beauté avant de monter sur scène ?

Me calmer et respirer un bon coup.

 

Quelle est la chanson que tu préfères interpréter sur scène ?

«Tiempo pasa», c’est l’un de mes derniers singles. En réalité, j’adore jouer sur scène toutes les chansons de mon nouvel EP.

 

As-tu un message pour tes fans français ?

Merci d’écouter avec autant de profondeur. Je ressens votre respect dans la salle à chaque fois que je viens ici, merci beaucoup !

 

Photography: Alejandra Loaiza @alejandraloaiza.photo
Photography Assistant: Catherine Londoño @catherinelondono
Production: Tent @tent__studio
MGMT: Las Olas @lasolas___
MUAH: Sandro @sandroigon

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