Tu t’exprimes grâce à la couleur. Que représente le bleu pour toi ?
Le bleu, c’est une couleur de début, de débutante, d’enfance, d’apaisement aussi. J’ai eu LA révélation en étant confinée en Corse deux mois avec mon copain. Pendant cette période, on a eu l’idée d’acheter un poisson. C’était un petit poisson bleu, un combattant avec des voiles. C’est en l’adoptant que j’ai trouvé le nom de mon album. Je regardais la mer, le ciel et ce petit poisson qu’on a appelé “Bleu”. Cette couleur me correspond tellement. Je parle d’amour dans l’album. Il y a bien sûr d’autres sujets mais je parle beaucoup de mes premières désillusions en amour. En Belgique, on a d’ailleurs une expression qui dit “je suis bleu de toi”. Ça veut dire “je suis amoureuse de toi”.
Les premières toiles que j’ai faites pour cet album étaient bleu Klein. Le pigment pour obtenir cette teinte est un des plus chers ! Quand tu creuses, tu te rends compte que l’histoire de cette couleur est assez folle. Enfin, la première chanson que j’ai sortie s’appelait “Vérité”. J’y associais le bleu à la vérité et j’ai fini l’album en retournant au bleu : la boucle était bouclée.
Tu as travaillé sur ton album durant le confinement ? Comment l’as-tu vécu ?
J’ai eu plusieurs phases dans la composition de cet album. La première était très productive car j’écrivais mes premières chansons avec une certaine liberté et spontanéité. Puis, mon premier EP est sorti et j’ai eu une phase de blocage complet. Ce moment a été assez important parce que c’est là que j’ai évolué dans mon style. “Étrange Mélange”, “Hiroshima”, “Nudes”… C’était moins enfantin. J’avais moins cette petite voix naïve, qui était cool, mais je voulais trouver un truc avec plus de maturité. J’ai vraiment commencé à explorer ma voix. Ma troisième phase, c’était quand je terminais l’album pendant le confinement. C’était génial parce que j’étais juste avec mon mec et on faisait de la musique, ça m’a libéré la tête et de l’angoisse d’avant. J’ai pu trouver l’inspiration.
Tu t‘exprimes beaucoup grâce à la création, la musique t’est venue en dernier. Est-ce que tu sais pourquoi ? Et est-ce que tu avais déjà eu le désir de chanter secrètement avant de te lancer ?
Comme beaucoup de petites filles, j’étais fan des pop stars : Britney, Rihanna, la Star Ac’… J’ai toujours aimé ça ! Mais je ne me suis jamais dit que j’allais être chanteuse ou carrément faire des concerts, ou même sortir un album ! Je n’aurais jamais pu imaginer ça. Après, je chantais, mais franchement, je ne chantais pas bien, j’ai dû travailler. J’ai dû écouter ma voix et essayer de la comprendre. Mon style n’était pas calculé, je n’avais pas envie d’avoir une voix lyrique ou autre. Je voulais garder du grain et certaines imperfections donc je me suis vraiment concentrée pour garder toute la sensibilité d’une voix sans qu’elle soit trop parfaite. C’est un cheminement. Je n’aurais jamais imaginé être chanteuse un jour, même maintenant, je ne me considère pas en tant que telle. J’attends que mon album sorte, ça fait deux ans que je n’ai pas fait de concert, c’est un peu comme si je devais recommencer. J’ai pris un an de retard sur mon album avec le Covid.
Est-ce qu’une chanson va être inspirée de tes créations ? Ou vice versa ?
C’est marrant, on me pose souvent cette question. Sur la cover de mon album Bleu, je suis dans l’eau et il y a une de mes peintures derrière. Cette peinture m’a inspirée. En général, c’est plutôt l’inverse, je fais ma musique et les peintures ensuite. La peinture m’aide à créer l’imaginaire de mes chansons de manière un peu onirique.
Quelles sont tes inspirations ?
C’est vraiment ce qu’il se passe dans ma vie. J’ai commencé à écrire des chansons en parlant de mes états d’âme avec mon langage. C’est une manière pour moi de mettre des petits cailloux comme le Petit Poucet et me souvenir du chemin que j’ai parcouru. On pourra écouter mes chansons dans dix ans, se dire “Oh tu te souviens quand t’étais en bad pour ce mec”, et voir l’évolution.
Mon inspiration première, c’est mon histoire. Je pense qu’il y a plein de jeunes femmes qui traversent ça aussi. Et après ça a été ma mère. La hargne que j’ai, c’est pour ma mère parce qu’on n’a pas eu une vie facile et que je me suis un peu promis de changer la tangente triste et difficile en quelque chose de beau. Je pense que je suis en train de tout faire pour, après on verra ce que l’avenir me réserve.
Pour toi, quel est le morceau qui représente le mieux ton album ?
C’est une chanson qui s’appelle “Vertige”, parce que c’est un sentiment que je ressens très souvent. Le vertige, je l’associe aux crises d’angoisse, à l’anxiété. J’en ai eu beaucoup, c’est à propos de la santé mentale ou quand t’es bleu dans la vie (quand t’es jeune). Tu ne sais pas trop, il y a une sorte de vertige de l’avenir, je trouve. J’ai essayé de transformer cette sensation en quelque chose de dansant et d’entraînant et voilà le résultat.
Tu as un rituel pour écrire ? Quel est le meilleur cadre pour écrire tes chansons ?
Le meilleur cadre euh… J’écris partout, aussi bien dans mes notes de téléphone que dans le métro ou en studio. Mais c’est bien d’écrire quand on est seul, c’est bien d’avoir un journal intime. Ça aide à nettoyer et à poser ses émotions dans le concret. Parfois, tu ne sais pas trop ce que tu ressens par rapport à toi, ou quelqu’un. Tu l’écris et au moins, c’est là, tu te comprends ; je pense que marquer son ressenti, c’est un peu la clé.
As-tu une anecdote à nous raconter sur ton album ?
Le poisson, c’était mythique parce que j’avais appelé la compagnie aérienne pour demander comment on fait pour ramener un poisson et ils ne savaient pas car ça n’arrive jamais ! Du coup, je l’ai pris dans son petit sachet en plastique. J’ai été aux toilettes avant de passer la sécurité et je l’ai mis dans sa boîte de nourriture que j’avais vidée avec de l’eau. Je l’ai mis dans ma trousse de toilette en le cachant et c’est passé. Quand je suis passée de l’autre côté, je l’ai mis dans une bouteille. C’était drôle parce qu’on se disait, avec mon mec : c’est comme un petit sushi au final !
Dans ton morceau “Sororité”, tu chantes “un nouvel espoir est né, on est déterminées”. Est-ce que tu trouves qu’on entre dans une nouvelle ère d’entraide entre femmes ?
Ah ouais ! Carrément et je pense qu’on est porteuses de ce mouvement et on ne doit plus rien laisser passer. On doit se forcer à ne plus avoir ces pensées négatives envers les autres femmes, que ce soit de la jalousie ou de la comparaison : on est tout le temps amenées à ça, à travers les réseaux sociaux. J’essaie vraiment de défaire tous les schémas que j’ai en moi malgré moi, depuis que je suis petite. C’est un vrai travail, j’essaie chaque jour. Je pense qu’il faut en parler et il faut le faire réellement. Je sens une vraie évolution et j’en parle beaucoup avec Yseult. Elle avait fait un groupe avec toutes les artistes de la musique sur WhatsApp, on s’échange plein de conseils et on se soutient. On s’envoie nos projets et surtout, quand il y en a une qui se fait harceler sur le web, comme Hoshi par exemple, on monte au front quoi. On va dire qu’on essaie d’éduquer et on est solidaires. C’est extrêmement important, car on fait que nous diviser. C’est sûr qu’il y a des choses pas encore OK quand on est une femme médiatisée, surtout dans ce milieu. On est là pour faire bouger les choses, et maintenant, on peut parler publiquement, on n’a plus peur, on est déterminées et ensemble.
“Nude”, ton featuring avec Yseult, est le seul de l’album. Est-ce une volonté ?
Ouais ! On a rigolé avec Yseult, parce que c’est un peu ma seule pote. Les autres, je ne les connais pas, on ne se croise pas. Donc c’est mon seul featuring et je n’ai pas eu de coup de cœur ou de rencontre qui m’a poussée à faire un feat avec quelqu’un d’autre. Je n’ai pas fait de titre pour faire un featuring ou pour me placer, il n’y avait rien de calculé. Ma rencontre avec Yseult a été fulgurante et on a fait ce feat-là. J’en ferais peut-être plus sur mon deuxième album ou peut-être pas du tout.
Est-ce que tu vas réaliser tes prochains clips comme tu l’as fait sur MOJO ?
Ouais, c’est en cours. À mon avis, le premier qui va sortir sera “Vertige”. Et je vais sûrement coréaliser sur les prochains clips.
Maintenant que tu as sorti ton premier album, qu’est-ce que tu prépares pour la suite ?
Je prépare une exposition de peinture. Je ne sais pas encore dans quel lieu, mais l’idée de cet album, c’est que chaque chanson corresponde à une peinture. Mais c’est beaucoup de travail de faire un album et une expo en même temps. J’ai la moitié de mes œuvres. Donc j’attends un peu qu’on puisse faire des événements et l’idée serait d’intégrer mes peintures à mes concerts, en animation pourquoi pas. Ça, c’est un peu mon rêve ultime. Je vais aussi faire un peu de merchandising, mais je ne veux pas faire le truc classique du t-shirt avec un logo ; je vais faire des bijoux, des meubles…
As-tu un featuring de rêve ?
J’aimerais trop en faire un avec Hamza ! Ou même une collaboration improbable avec Amadou et Mariam par exemple.
On a senti une forte évolution depuis la sortie de ton premier EP en 2018. Est-ce que tu saurais la décrire, savoir pourquoi et comment ?
Je pense que c’est intérieur. Mes premières chansons étaient un peu inconscientes et puis j’ai commencé à devoir défendre la musique que je venais de créer. Alors que je faisais mes premiers concerts et que je n’avais pas vraiment eu le temps de m’approprier ce que je faisais, mon travail était déjà jugé. Puis j’ai voulu trouver un style qui en imposerait plus : parler de désir et avoir une voix qui cisaille plus. Ça donne des chansons qui sont, j’avoue, ultra-différentes de mon premier EP, mais pour moi, ça suit.





