ARTMS à Paris – Renaissance céleste pour les étoiles de LOONA

Il y a des concerts où l’on chante, d’autres où l’on crie, et puis il y a ceux où l’on retient son souffle. Celui d’ARTMS à la Salle Pleyel, ce 5 mai, relevait de cette dernière catégorie : un moment rare, hors du temps, où cinq artistes reprennent possession de leur histoire pour mieux écrire la suite.

Le rideau s’ouvre sur “ViViD”, un clin d’œil lumineux aux débuts solos de HeeJin, première LOONA révélée en 2016. Dès les premières notes, l’intention est claire : on revisite l’héritage, mais on ne s’y enferme pas. Ce premier acte est une ode aux racines, une déclaration d’amour à LOONA, au projet fou et sublime qui les a révélées.

HeeJin, HaSeul, Kim Lip, JinSoul et Choerry déroulent leurs solos historiques : “Let Me In”, interprété avec une pureté vocale bouleversante par HaSeul, devient presque lyrique dans l’acoustique parfaite de la salle. Formée au chant classique, elle transforme “Sonatine”, en duo avec HeeJin, en moment de grâce suspendu. Kim Lip, avec “Eclipse”, ensorcelle comme à la première écoute. JinSoul électrise l’espace avec “Singing in the Rain”, tandis que Choerry, solaire et espiègle, ravive l’énergie de “Love Cherry Motion” avec la même fraîcheur qu’à ses débuts.

Les personnalités se distinguent aussi sur scène, comme le résume HeeJin : « Nous avons toutes un style très différent en performance. HaSeul connecte avec le public comme personne, Kim Lip captive avec la précision de ses lignes, JinSoul dégage une émotion incroyable dans sa voix, et Choerry… son énergie juvénile est irremplaçable, elle remplit la scène et nos cœurs. » Choerry complète : « Ce qui nous distingue le plus, c’est notre manière d’aborder le quotidien : certaines planifient tout, d’autres improvisent. On apprend énormément les unes des autres, dans la bienveillance. »

La salle Pleyel, habituellement réservée à des récitals classiques, prend ici des allures de temple pop. Le son est net, l’acoustique exceptionnelle donne une ampleur nouvelle aux morceaux. Le public, concentré, traverse avec le groupe un rituel de réappropriation : chaque titre de LOONA est ici performé non pas comme un retour nostalgique, mais comme un chapitre assumé d’une œuvre en reconstruction.

 

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Les VCR – souvent de courts-métrages énigmatiques en K-pop – prennent ici la forme de coulisses. Des extraits de tournage, des moments volés en backstage, des éclats de rire entre membres. Un choix narratif fort : ARTMS n’est plus un projet mystique, c’est une aventure humaine, une équipe soudée qui se montre telle qu’elle est, en train d’écrire son présent. Le public devient témoin actif d’une tournée en cours de fabrication, dans une proximité inédite.

Et Paris, justement, a offert un décor idéal à cette intimité. JinSoul confie : « Nous avions un jour off à Paris, et c’était magique. On a mangé des escargots, vu la Tour Eiffel de près, fait une croisière sur la Seine… La ville la nuit était à couper le souffle. » HeeJin ajoute : « C’était ma première fois si proche de la Tour Eiffel, et j’ai vraiment réalisé à quel point elle est belle. Mais surtout, j’étais heureuse d’être là avec les membres. C’est un souvenir inoubliable. »

Puis vient la montée. L’acte 2 enchaîne des titres plus récents, “Dance on My Own”, “WOW”, “Satellite”, jusqu’au sommet émotionnel de “Star”, hymne nocturne que le public chante à l’unisson. Les OURII reconnaissent chaque intro, chaque chorégraphie, et c’est cette mémoire collective qui rend l’instant aussi puissant.

Et pourtant, comme toujours avec ARTMS, c’est dans l’acte 3 que l’incandescence atteint son pic. “Butterfly”, hymne de liberté et de connexion, déploie ses ailes dans une mer de lightsticks, tandis que “PTT (Paint The Town)” embrase la scène d’un rouge intense. Un titre redoutable, que Kim Lip désigne comme le plus marquant du show : « C’est le plus difficile physiquement, mais après “PTT”, les cris du public sont toujours plus forts. C’est une chanson qui laisse une impression forte, parce qu’on y donne tout. »

 

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Puis tout bascule : “Sparkle”, “Virtual Angel”, et enfin “BURN”. Les morceaux récents d’ARTMS explosent avec une énergie neuve, preuve que le groupe a trouvé sa voix, son feu propre, au-delà de LOONA. Elles sont cinq, elles sont unies, et elles brûlent.

Mais le concert n’était pas tout à fait terminé. L’encore, véritable moment de joie partagée, est aussi l’instant où ARTMS aime surprendre. À chaque date, le choix du morceau final change, pioché dans l’immense répertoire de LOONA. Et quelle ne fut pas notre surprise à Paris : ce soir-là, c’est “Why Not?” qui résonne. L’un de leurs plus grands classiques, un titre fun, excentrique, où les personnalités explosent autant que les chorégraphies. L’euphorie s’empare instantanément de la salle. Pour moi, “Why Not?” est l’un de leurs meilleurs morceaux – à la fois fou, fédérateur et complètement à leur image : libres, audacieuses, imprévisibles !

En coulisses, une tradition semble s’installer : HaSeul raconte, « Quand on est à Paris, on finit toujours par manger du pain ou des viennoiseries avant ou après le show. Les croissants ici nous émeuvent presque ! La prochaine fois, on cherchera les meilleures boulangeries locales, c’est devenu un rituel. » JinSoul ajoute : « Après chaque concert, on essaie de goûter les spécialités locales. »

Et côté inspirations ? Choerry évoque ses écoutes récentes : « Ariana Grande m’inspire beaucoup. Elle traverse plein de genres différents, mais sa voix fonctionne partout. Son charisme sur scène et la manière dont elle raconte une histoire musicale, c’est quelque chose que j’aimerais apprendre. »

ARTMS, ce soir-là, ne s’est pas contenté de performer. Elles ont reconquis leur narration, célébré leur passé, mais surtout, affirmé leur présent et leur avenir. Et Paris, en témoin privilégié, a accueilli cette renaissance cosmique dans un écrin parfait : une salle pensée pour l’écoute, l’émotion, la justesse.

On est ressorti ému, bouleversé, heureux. Parce que ce concert n’était pas une reconstitution, mais un nouveau départ. Et il a été magnifique.

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