Produit en collaboration avec Mike Dean (Madonna, The Weekend, A$AP Rocky…), ce nouvel album prend la forme d’une épopée transformative dans laquelle le chansonnier-prophète documente son propre chemin de l’ombre vers la lumière. Guidé par son intuition dans une quête de l’instant absolu, il compose au feeling, trouve son “flex” et livre une œuvre qui éclate tous les codes traditionnels de la pop music pour servir un propos sur la nature brisée de l’être et de l’amour vrai.
Mais trois ans plus tard, c’est surtout un statut d’artiste syncrétique qu’elle revendique avec Fountain Baby. Citant Janet Jackson, The Neptunes ou Britney Spears parmi ses inspirations, elle se révèle comme un talent visionnaire et prolifique qui ne saurait être assigné à résidence. Elle livre un album truffé de phases étrangement addictives où se croisent percussions africaines, orchestre, samples japonais et basses à la mode d’Atlanta en symbiose. Plus que de repousser les frontières d’un genre, c’est sa propre légende qu’écrit l’artiste avec ce sophomore… et il me tarde d’entendre la suite ! En attendant, je presse repeat sur sa session KEXP.
Alors s’il ne fallait garder que deux titres de cette BO, je choisirais ceux de Charli XCX et Billie Eilish. La première parce que son sample de Robyn et son interpolation de “Hey Mickey” sonnent comme les meilleures idées du disque ; la seconde pour sa réflexion introspective sur la nature d’une icône qui matérialise dans une question toute l’ambition du film de Greta Gerwig : “What Was I Made For ?”
“Seize my head in regret, there might not be another vision
One that makes me forget I wish I was another person
And we still try every night to go make sense of it
Fighting, over lust
Still try every night to bound over something
Fighting, over love” ___ FULL OF LIFE
Rien ne pouvait préparer quiconque à ce que Chris/Redcar nous a réservé cette année. De la publication de son cri du cœur — Redcar et les adorables étoiles — à son discours sur la scène des Flammes où il louait la poésie du rap, la théâtralité extrasensible de ses performances, et sa discussion spirito-métaphysique avec Mehdi Maïzi : l’artiste n’a eu de cesse de rassembler, jour après nuit, les nombreuses parts de lui-même pour donner corps à ses songes.
“Purple like the colors of the moon
Left you in my garden in the nude
Pick you, take a bite into the fruit
Pussy like Bermuda afternoons” __ SOCIOPATHIC DANCE QUEEN
En 2020, alors que l’industrie musicale tourne au ralenti en pleine pandémie, Amaarae débarque en mode ovni avec son premier album intitulé The Angel You Don’t Know. Une révolution musicale portée par un “ange inconnu” à la voix si singulière qu’on la croyait pitchée, baladant sa fausse innocence sur des couplets tissés de sensualité saphique, d’indépendance et d’ambition à l’image du summer hit “SAD GIRLZ LUV MONEY” et de son inoubliable : “Get the fuck outta my way, I’m gonna get paid yeah” !
“I danced by violent times
It was hard to live, live / It was my-
It was my time, time to / Give, give, give
Done my work / My back was broke
My back was a bridge for you to cross” _ YOU BE FREE
Dans l’immensité de l’océan musical, il y a des artistes qui aident à passer le temps et d’autres qui admirent sa course effrénée plume à la main, prêt.e.s à surgir à tout moment with yet another masterpiece. C’est le cas d’ANOHNI qui, après un solo magistral publié en 2016, reforme enfin les Johnsons pour signer My Back Was a Bridge for You to Cross. Treize ans après leur séparation, le band livre un disque bluffant, qui embrasse des inspirations soul et tire la sonnette d’alarme écologique tout en renouvelant son hommage à celle qui leur a inspiré leur nom : l’icône afro-américaine Marsha P. Johnson.
“And I wait till the night comes and I feel the power
Of all of my fears ’cause they can’t hurt me now
I’m stronger from the ways that I’ve been knocked down
And I stood my ground” _ FUTURE ft. KOOLDRINK
Si la nostalgie te ramène parfois dans les bras de Donna Summer et de Robin S, sais-tu que tu peux aussi toujours compter sur Aluna ? Voix bien connue des amateurs de club music, elle s’est fait connaître au sein du duo AlunaGeorge qui enchaînait les collabs avec Disclosure, Baauer, Diplo ou encore Flume il y a une dizaine d’années. En 2020, elle mettait les voiles en solo et publiait un premier album intitulé – no shade – Renaissance.
“Takin’ a drive, I was an ideal
Looked so alive, turns out I’m not real
Just somethin’ you paid for
What was I made for?” __ WHAT WAS I MADE FOR
Alors que Barbie semblait avoir accédé au rang de relique d’un monde macho-capitaliste à réinventer, la réalisatrice Greta Gerwig et son équipe nous ont offert un feuilleton féministe des plus inattendus cette année. À grands coups de self-awareness cynique, elle, Margot Robbie, Ryan Gosling et leurs ami.e.s nous proposent une relecture du mythe qui questionne le fantasme de la féminité tout en célébrant la culture du camp et du glam qui – n’en déplaise aux randoms – s’accompagnent elles aussi d’une réflexion sur l’archaïsme d’une société codifiée dont chacun tente, à sa manière, de s’échapper.
“Kill the chaos find the balance
‘Round we go, around we go
Greatness just a shade of madness
Ego just a face of sadness
Pain is just part of the package” __ SOMETHING TO BELIEVE IN
Rewind : en 2009, Kesha était l’une des filles les plus en vogue de la pop US avec son persona glam-trash à mi-chemin entre Effy de Skins et Nicole Richie. Un american dream rebelle et dirty qui s’effondrait en 2013 lorsqu’elle annonçait poursuivre Dr. Luke – son ancien manager – pour des faits de harcèlement sexuel et de violences psychologiques. Après un long passage à vide, elle s’exprimait pour la première fois sur cette sombre affaire en 2017 avec le single “Praying”, et reprenait ses quartiers sur la scène pop avec Rainbow, puis High Road.
“Peu de moyens, beaucoup d’OGM
J’ai grandi la rage au ventre, l’empire ne sera pas co-géré
Leur navire fait confiance qu’au vent
Ça sent pas bon quand c’est moi qui cuisine” __ VITE
Révélée sur SoundCloud en 2015 avec son remix de “BBHMM” de Rihanna, Meryl a bâti une solide réputation de toplineuse au service de SCH, Nul, Shay ou Niska, puis de feature artist redoutable aux côtés de son cousin Specta, et d’artistes comme Le Juiice, Titof, Jahyanai ou encore Hatik. Après une mixtape et un EP parus en 2020, elle publiait en avril l’EP Ozoror, blueprint de son univers dancehall rêveur, au carrefour de toutes les influences qui traversent sa Martinique natale.
“9albi mora this art
And i know no better
I’m just trynna be honest
I’m not a hero not a saint i’m not a prophet” __ POWER
Après avoir imposé les sonorités trap au Maroc avec Small X sous l’alias Shayfeen, Shobee teasait depuis longtemps l’arrivée de son premier album solo. En 2017, sa collaboration avec Laylow l’avait précipité – lui et toute la scène marocaine – dans l’œil du public, amorçant l’excellent projet NAAR qui faisait le lien entre rap français et nord-africain en réunissant Dosseh, Madd ou Issam en 2019.
“Ooh, you get my heartbeat racing / Hotter than imagination
Touch me, give me revelations / Give me revelations
I’m not looking for salvation / You make me believe in heaven
Touch me, give me revelations” __ REVELATIONS
Avec des premiers morceaux publiés en 2008, la carrière de Kim Petras s’étend déjà sur trois décennies. Il aura pourtant fallu attendre cet été pour que nous parvienne son premier album. En 2017, sa collaboration avec Charli XCX sur “Unlock It” la projetait sur le devant de la scène : jeune première de la pop aux longs cheveux blonds qui assumait fièrement sa sassyness et son culte pour l’imagerie Y2K. Devenue maîtresse dans l’enchaînement de singles et de featurings, elle atteignait enfin la reconnaissance en recevant son premier Grammy Award cette année pour son apparition sur “Unholy” de Sam Smith.
Un Grammy, oui, mais toujours pas de premier album ! Il y a deux ans, le projet qui devait la révéler au grand public avait fuité sur le Net, entraînant son annulation et le retour immédiat de Kim en studio. Après avoir “feed the beast” pendant des mois, elle livrait enfin ce debut en juin. Instrus EDM et couplets érotiques : la formule ne change pas mais elle s’affine, et s’autorise même un souffle qui fait du bien sur des tracks plus mélancoliques comme “Claws”, “Minute” et l’excellent “Castle in the Sky”.
“I fought so hard to win
But, baby, not like this, oh my God
I’ve lost my sense of self
My security, oh-la-la
I keep on, keep on, keep on telling these lies
But all that fibbing does is keep me up all night” ___ RABBIT FOOD
Formé par les demi-sœurs Kelli Mayo et Peyton Bighorse alors qu’elles n’avaient que 9 et 14 ans au moment où leurs parents se sont rencontrés, Skating Polly est l’histoire d’une famille décidée à rendre sa noblesse au punk. Après une adolescence à faire sonner les guitares saturées sur les batteries de Kurtis – le frère de Kelli –, le groupe accède aujourd’hui à l’âge adulte et livre un double album solide qui nous rappelle qu’il est bon, parfois, de tout envoyer valser.




