La vision sex positive de Glenn Martens pour Diesel
Le directeur artistique de l’iconique brand Y2K évoque le lien entre queerness et représentation positive de la sexualité.

En plein Pride Month, le label italien – qu’on connaît pour ses campagnes audacieuses et ses jeux de denim que les pop stars s’arrachent depuis les années 2000 – dévoile une collaboration avec la Tom of Finland Foundation centrée sur la protection et la sensibilisation autour de l’art érotique queer, sur plusieurs volets d’exposition. Une façon de jeter des ponts entre les luttes LGBTQIA+ et la représentation positive et non moins politisée des sexualités. NYLON France a rencontré Glenn Martens, directeur artistique de la marque, qui nous parle de sa vision “socially sustainable” de l’industrie de la mode et du monde.

Je suis très ouvert, très sex positive, j’espère pouvoir refléter la société telle qu’elle est, ou plutôt telle qu’elle devrait être. Je ne veux pas me cantonner à une seule direction pour m’assurer que je contribue à un climat plus positif.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton poste chez Diesel ?

Ce qui me plaît chez Diesel, c’est que je trouve le moyen de parler à beaucoup plus de personnes que dans le luxe plus highbrow : je ne m’adresse pas seulement à une sphère purement mode mais au monde entier. Je ne nie pas la dimension élitiste de mon travail chez Y/Project, mais ici, je peux faire passer des choses à grande échelle et me dire que j’ai contribué, à mon niveau, à un monde un peu meilleur. Cela passe par les messages de campagne ou encore cette collaboration avec la Tom of Finland Foundation.

J’ai pu faire le lien entre les problématiques queers et notre clientèle qui n’y est pas forcément habituée. J’ai essayé de speed up the process of awareness, car c’est dans l’ADN de Diesel de parler de sexe et d’identité, de minorités, de droits LGBTQIA+, de façon novatrice et décomplexée. Cette ouverture, ces prises de parole font partie des valeurs fondatrices de la maison, ça fait partie d’un tout.

C’est le mois de la Pride, qu’est-ce que ça t’inspire ?

Toutes les boîtes font Pride Month et mettent un drapeau sur un t-shirt sans rien donner en retour à la communauté – qui souffre encore, est menacée au quotidien, manque radicalement de choses basiques. Avec ces expositions que nous avons sponsorisées avec la Tom of Finland Foundation, nous pouvons la faire voyager dans le monde entier, parler des luttes de fond, des combats historiques et des urgences qui demeurent, qui ont traversé et qui continuer de traverser la réalité des groupes queers. C’est grâce aux combats menés notamment par cette fondation que nous, jeunes queers, pouvons vivre aujourd’hui comme nous le faisons, grâce à tout ce qui a été fait par le passé, et je veux honorer ça. 

La marque parle autant de sexe que d’identité dans tes collections. Qu’est-ce que ça raconte ?

Je suis très ouvert, très sex positive, j’espère pouvoir refléter la société telle qu’elle est, ou plutôt telle qu’elle devrait être. Je ne veux pas me cantonner à une seule direction pour m’assurer que je contribue à un climat plus positif. Ma première campagne pour Diesel, en 2020, mettait en lumière six couples de toutes orientations, identités, origines. Je veux autant soutenir la réalité, représenter la société que rêver, rire, apporter de la joie.

 

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Ceci se reflète dans l’esthétique d’ailleurs.

Oui, je me suis plongé dans les archives des collections, très tournées autour du denim distressed, très années MTV Music Awards, beaucoup de tailles basses, et je joue avec tout cet ADN naturellement sexy. Ça rejoint la philosophie de la marque, “Diesel for Successful Living”, et pour moi, what is more successful than sex ? Toute cette culture de marque est teintée de questions et de sensibilités queers que je continue d’afficher partout, jusqu’aux décors de défilés (comme lors du show automne-hiver 2022 avec des statues gonflables d’hommes à quatre pattes, string sortant du taille basse). J’aime ce côté kinky, provocateur, toujours irrévérencieux, cela rejoint tout ce que je défends.

La pop culture est également centrale dans ton travail. Etait-ce un choix de ta part ?

Julia Fox, Kylie Jenner, tout cela s’est fait de façon très organique. Julia fait un peu partie de la famille depuis qu’elle en a porté avec Kanye par exemple. Sinon, je découvre mes pièces portées sur Instagram, c’est toujours une bonne surprise, je ne pensais pas que ce serait aussi rapide. Fondamentalement, j’espère avoir pu communiquer de la joie, du respect, du bonheur, une façon d’être ensemble – avec une touche d’opulence, de décadence et de laisser-aller si important dans cette période post-Covid.

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