Révise ta sociologie avec Maison Margiela !
Déconstruction, anonymat, société du spectacle : la maison connue pour sa “mode parlante” a quelques notions de socio à décoder.

Lancée en 1988, Maison Margiela représente, à rebours du baroque et du bling de l’époque, un chic et un luxe synonyme de déconstruction, d’anonymat et de jeux linguistiques.

Collection après collection, la griffe remet en question les normes en interrogeant la fonction même du vêtement. Qu’il s’agisse de gants chirurgicaux, de blouses de docteur ou de sacs en toile de jute, c’est une transformation du sens, des sens, qui s’opère.

Les défilés de Margiela vont au-delà de la simple présentation de vêtements ; ils deviennent des performances artistiques, un basculement du regard sur le beau, l’humain ; son rapport aux objets et aux frontières ressurgit. La médiation est intégrée dans le processus de présentation, autour de la question du spectacle, des clivages (hello les Tabi split toe), du spectacle.

En 2014, à son arrivée à la tête de Maison Margiela, John Galliano a introduit des éléments de théâtralité et de narration dans la marque, ainsi que de camp, tissant un lien avec ses années 90. Les créations de Galliano reflètent souvent la dualité entre la tradition et l’innovation, l’envers et l’avant du décor, la peau et ses voiles.

Quelques notions, ready ?

Collection « Trompe-l’Œil » et la déconstruction

La collection « Trompe-l’Œil » est un des nombreux exemples de travail autour de la déconstruction chez Margiela, qui prend racine et fait écho au travail du philosophe star du concept, Jacques Derrida. Cette collection explore la notion de fonctionnalité, en fausse opposition à la notion d’ornementation. A comprendre : la fonctionnalité est un champ esthétique, et l’ornement a lui-même des fonctions. La collection explore aussi les concepts de dedans-dehors, avec des vêtements qui floutent les frontières entre corps et monde extérieur, comme une interrogation poétique sur le voilage.

 

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Collection Artisanal” et la méta-mode

La ligne “Artisanal” de la maison reflète la pensée de Roland Barthes (auteur notamment du Système de la mode) autour de la mode comme langage. Les coutures sont exposées de manière délibérée, les constructions retournées font de la doublure l’apparat. Cette collection évoque aussi la notion de recyclage, la réintroduction de textiles, formes et traditions dans un nouveau cycle de vie, dans l’esprit du geste artisanal.

Le médium est le message – Les invitations-masques et la pensée de McLuhan

L’utilisation par Margiela d’invitations-masques, de blouses de chirurgiens en guise d’uniforme pour le staff, reflète la philosophie du Canadien Marshall McLuhan, aka l’homme qui a prédit Instagram et TikTok en 1964, selon laquelle « le médium est le message ». Ces objets de communication, loin d’être un détail, sont aussi importants que le message qu’ils accompagnent – impliquant qu’un geste créatif, discours ou communication n’est jamais vraiment neutre.

Autrement dit, l’idée que « le sens réside dans l’absence de sens apparent » dans les créations de Margiela incarne la pensée de McLuhan, selon laquelle le médium lui-même crée un espace pour le débat et la création de sens. Les détails tels que les plis, les ratures et les dispositifs dans les vêtements de Margiela deviennent des supports pour la réflexion, incitant les spectateurs à participer activement à l’élaboration du sens.

 

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Montrer-cacher – Pensée sur l’anonymat

Les masques récurrents sur les podiums de Margiela explorent le concept du montrer-cacher, tout comme les étiquettes “anonymes” de la marque – blanches, numérotées ou dont seuls les fils sont gardés. Ceci interroge l’effacement de la singularité au profit de l’individualisme. Cette réflexion sur l’anonymat remet en question la notion de célébrité dans l’industrie de la mode et invite à reconnaître la valeur du lien social, de la pratique et de la collaboration – au-delà de la posture et la reconnaissance.

Collection « Surdimensionné » et la perception du corps

La collection « Surdimensionné » de Maison Margiela interroge profondément la perception du corps et les normes de la mode en créant des pièces délibérément surdimensionnées, XXL, débordantes, disruptives, étranges. La maison raconte ici le dessin du corps et de la silhouette comme régulation des corps et des intimités. A commencer par un exemple “flatteur” – quoi que cela veuille dire ou sous-tende.

 

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