Priscilla Royer : “Essayer un chapeau, c’est se confronter”
La directrice artistique de Maison Michel évoque le métier de chapelière, l’artisanat et l’image de soi en 2023.
Depuis 2015, la créatrice Priscilla Royer (passée par Studio Berçot, Vivienne Westwood, et cocréatrice du label aujourd’hui éteint Pièce d’Anarchive) repense la profession de chapelière dans le geste et la forme. Pailles roulées, feutres waterproof, interrogations postmodernes et artisanat réactualisé : le recyclage et la transformation sont centraux chez Maison Michel. La maison d’art détenue par Chanel produit les chapeaux des défilés et de ses collections, tressant une vision commune à partir des intentions saisonnières et des tendances actuelles. Ainsi, son patrimoine devient un élément actif, vivant, immanent.

Une boucle bouclée avec la fondatrice Coco, qui a elle-même débuté en tant que modiste, pour ne jamais sortir, disait-elle, “en cheveux”, couronnée d’une intention stylistique et de nouvelles perspectives … fidèles, justement, à ce qu’elle a toujours été.

En parlant de cyclicité, quels éléments et gestes sont recyclés, réinventés dans ton métier ?

Chaque saison, on prend les mêmes et on recommence, on améliore. On ne jette rien : on modifie, on retravaille, tant dans la forme que dans nos stocks – c’est la beauté de nos métiers.

Qu’est-ce qui est le plus moderne dans l’artisanat finalement ?

C’est l’état d’esprit, le Géo Trouvetou qui vit avec son époque est le plus moderne… Celui ou celle qui naura pas de frontières mentales pour se réinventer et rester dans l’air du temps. 

La dimension de réparation est-elle présente quand tu crées ?

Oui d’une certaine façon, mais je parlerais plutôt d’une réparation humaine… J’ose penser que ce que je propose panse la confiance en soi de celui ou celle qui va jeter son dévolu sur ce chapeau. Il y a un vrai exercice de confrontation avec soi-même quand on met un chapeau ; on se fait face devant le miroir, c’est très cru et très honnête. Le processus ne trompe pas, narcissisme/culte du selfie vs. défi… Essayer un chapeau, c’est se confronter.

Peux-tu me raconter tes premiers pas dans l’artisanat et comment tu as rejoint Maison Michel ? 

Petite, aussi loin que je me souvienne, j’étais très tournée vers les loisirs créatifs, peinture, crochet, tricot, tissage, broderie… J’ai tout essayé et j’étais extrêmement prolifique. Je n’ai pas vraiment changé depuis, sauf que je ne fais plus – les artisans donnent vie à mes idées. Mon arrivée chez Maison Michel, c’était comme arriver chez moi, cela a été très spontané et je parlais le même langage que l’atelier. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir m’appuyer sur leurs mains pour tout – ils sont aussi mon garde-fou… Des idées, j’en ai beaucoup (beaucoup !), et leur expertise me ramène toujours vers le concret, l’abouti.

Comment s’articulent ta vision, la maison et le savoir-faire dans cette ère de l’image ? 

C’est un tout, et l’image me permet d’appuyer mon propos vers l’extérieur, c’est mon vecteur de communication. Le produit émane de ma vision, et le savoir-faire et la qualité sont dans le produit.

Avec les artisan.e.s, quelles techniques utilisez-vous ?

On utilise toujours les mêmes techniques traditionnelles de chapellerie et de modisme qu’il y a plusieurs siècles, elles sont simplement revisitées et envisagées différemment au fil du temps. C’est comme une recette, les ingrédients peuvent évoluer pour transformer le résultat mais la base reste la même.

Ce ne sont pas les techniques qui changent mais les habitudes de l’individu qui évoluent. C’est en cela que nous sommes en perpétuelle remise en question pour accompagner le besoin. Selon les occasions, on va jouer sur la souplesse des matériaux, le maintien, la versatilité pour les journées changeantes. 

 

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Et quid de la customisation, de la possibilité de remixer soi-même ses pièces ?

C’est évidemment la meilleure des choses qui puissent arriver aux pièces des collections Maison Michel. Ne faisant qu’un seul type de produit, nous suggérons, nous proposons des silhouettes ne demandant qu’à être appropriées et adoptées par chacun. Le culte de la personnalité est un des axes les plus excitants dans ce que je fais… Et le best est vraiment de découvrir comment le chapeau est porté une fois qu’il n’est plus entre mes mains.

Quel message souhaiterais-tu faire passer à la Gen Z ?

Chaque génération a ses bons et ses mauvais côtés… Je n’ai pas grand-chose à conseiller mais plutôt une observation à faire : le temps est un ami et agir au bon moment est très utile. Et une question à poser : le respect de l’environnement rime-t-il avec l’usage intensif du téléphone portable ?

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