Paloma Elsesser : “Je ne suis pas une héroïne de la body positivity”
La top model et star de la dernière campagne Zalando “Votre moment, votre style” se confie, de ses débuts à ses life goals en passant par sa vision du mouvement body positive.

She was everywhere à la Fashion Week, et ses photos de magazine et défilés squattent forcément ton feed Insta : we met the one and only Paloma Elsesser ! L’égérie de la campagne Zalando “Votre moment, votre style” a pris son temps en plein Fashion Month pour répondre à toutes les questions de NYLON France. Carrière, santé mentale, inclusivité, mode, notoriété : lis cette interview si tu veux tout savoir sur la mannequin américaine – à follow d’urgence si ce n’est pas encore le cas !

Je pense que le secteur de la mode a besoin de cohérence et d’empathie.

Tu as été nommée mannequin de l’année en 2020, tu as fait les couvertures et les défilés les plus prestigieux : maintenant que tu as coché de nombreuses cases dans ta carrière, quel est ton objectif ?

Je suis toujours en train d’éclaircir ça, je pense que j’ai recentré mes objectifs. Et merci de l’avoir dit. Quand tu m’as posé cette question, je me suis dit “Wow, j’ai fait des trucs”. Je pense que mon prochain objectif… Tu sais, je ne sais pas si je veux faire de la mode pour toujours. Mais le but de mon travail est de connecter avec les gens et de les encourager à réfléchir à la façon dont iels se voient. Il ne s’agit pas seulement d’occuper un corps plus large, il s’agit d’autres choses, comme le fait d’être une personne noire métisse. 

Sinon, à l’avenir, j’aimerais faire des vêtements, en ce moment je suis en train d’écrire… Je ne sais pas vraiment quel est mon but ultime… Peut-être avoir une famille, travailler et pouvoir voyager. J’aimerais regarder en arrière sur ma carrière et me dire : j’ai fait quelque chose.

Aujourd’hui, quels sont les plus grands changements dont l’industrie de la mode à besoin selon toi ?

De la cohérence et une inclusion à tous les niveaux qui ne semble pas forcée. Quoique, peut-être que ça doit être forcé pour les gens qui ne comprennent pas vraiment le chemin à parcourir. Je dirais que la majorité des gens ne veulent pas qu’il y ait de changements, mais s’il y a des moments où il y a une opportunité de changement et que les gens ne font qu’un petit pas en avant et qu’ensuite, iels ne continuent pas, cela ne fait pas de ces changements une règle absolue. Cela en fait une option. Je pense donc que le secteur a besoin de cohérence et d’empathie. 

La santé mentale est un sujet important pour toi. Dans quel état d’esprit es-tu depuis que tu as acquis une telle notoriété ?

Je pense qu’il y a des hauts et des bas. Je ne me considère pas comme célèbre, je me considère comme visible. Pendant la Fashion Week, les fans de mode me saluent mais les paparazzis ne m’ont pas poursuivie et j’en suis reconnaissante. C’est difficile parce qu’on regarde activement comment on est perçu tout le temps, parce que parfois, la façon dont tu es perçu.e est la façon dont tu te perçois. Je pense donc que cela crée une distance étrange entre la connaissance de soi et la perception de soi, parce que parfois, on se voit à travers une projection. Et ça affecte ma santé mentale : à chaque fois que je ne me sens pas en accord avec mon intégrité, avec le fait de savoir qui je suis fondamentalement, je me sens un peu déprimée. Je m’en remets donc à ma famille et à mes ami.e.s proches, et j’en profite pour être vraiment honnête et être moi-même.

En parlant de famille, tu partages l’écran avec ta sœur Ama, aussi mannequin dans la dernière campagne Zalando : peux-tu me parler de ta relation avec elle ?

Ama et moi avons huit ans de différence, elle est donc beaucoup plus jeune. Mais j’ai l’impression qu’en travaillant avec elle, je sens sa maturité. Elle est très mature, elle est drôle et cela crée une sécurité, tu sais. C’est agréable d’avoir ces moments avec ta sœur, avec quelqu’un à qui tu es attaché.e pour la vie. Elle est très intelligente, elle a beaucoup d’esprit, elle est très belle. J’ai vraiment de la chance de vivre de tels moments avec elle.  

Cette campagne “Votre moment, votre style” à laquelle vous avez toutes les deux participé célèbre les moments mode personnels du quotidien. C’est quoi le mood de cette campagne ?

Je pense que l’esprit de la campagne est celui du jeu, du fun et de la façon dont tu rends ton quotidien stylé. Je trouve que cette campagne reflète plutôt bien mon propre style, parce qu’il s’agit de combiner une robe sexy avec une paire de baskets… Je pense que je m’habille souvent de manière équilibrée, ce qui me permet d’être bien dans n’importe quelle situation. 

Aujourd’hui, ta voix compte pour énormément de personnes. Quel message voudrais-tu passer à ta communauté, surtout tes plus jeunes followers ?

Je pense qu’au final, l’important, c’est de trouver ce que tu aimes chez toi et qui n’existe chez personne d’autre. Trouve ton but, tes hobbies, ce qui t’intéresse… Beaucoup de gens, même les médias, et le monde de manière générale, ne veulent pas que les gens aient une pensée critique, ne veulent pas que les gens s’aiment. Et je pense que la chose la plus importante, surtout pour la jeune génération, est de trouver ce qui t’apporte de la joie. C’est ce qui te rend fondamentalement toi-même.

La campagne “Votre moment, votre style” de Zalando

Tu as été érigée comme un des symboles des changements body positivistes dans la mode : que penses-tu de ça ? Quel est ton point de vue sur ce que tu représentes auprès des gens et des marques ? 

Je suis constamment confrontée à cette question, dans la mesure où j’apprécie beaucoup le mouvement body positive. Cependant, je ne m’identifie pas particulièrement à cette éthique. Et souvent, je mets ça dans un coin. Mon corps est représentatif de quelque chose de différent de ce qui a été historiquement valorisé dans la mode : OK, mais ce n’est pas vraiment ça ma lutte. Ma lutte, c’est de célébrer toutes les nuances du corps. Lorsque je suis entrée dans l’industrie, je savais qu’il fallait que je devienne un role model qui n’existait pas pour de nombreuses filles. Il ne s’agissait pas seulement de faire une taille 42 ou 44, mais aussi d’être un peu plus brute de décoffrage, un peu plus bizarre, moins polie. À l’époque, le marché des grandes tailles était très lisse et commercial. 

Donc je ne suis pas une héroïne du mouvement body positive. Je suis juste une personne qui essaie de faire partie de quelque chose qui apporte peut-être un peu plus de réconfort que ce qu’on voyait auparavant. Je dirais donc que je fais plutôt partie d’une sorte de « mouvement d’acceptation du corps », même si ce n’est pas vraiment un mouvement. Mais je pense que c’est ce vers quoi je tends. 

Il faut aussi se rappeler que le mouvement body positive a été lancé par des femmes noires, queers, plus larges, dans un espace qui, même si je me sens à l’aise, n’a pas été conçu pour moi. Bien que, dans la mode, mon corps soit “radical”, il ne l’est pas dans le paysage du monde. Donc je ne veux pas me centrer dans un mouvement qui n’a pas été fondamentalement conçu pour moi.

Aujourd’hui, tout fan de mode qui se respecte connaît ton nom, mais moins ton histoire, ton parcours. Peux-tu me raconter le chemin qui t’a menée jusqu’au mannequinat ?

Je n’ai pas été repérée comme la plupart des mannequins. J’étais assise sur un trottoir sale de Brooklyn, et une journaliste mode – aujourd’hui mon amie – m’a demandé si j’avais déjà été mannequin. Elle me dit que l’industrie de la mode est en train de changer et que je devrais essayer. À l’époque, je me disais en effet que j’avais vu des choses intéressantes, mais je ne m’identifiais pas à l’orientation que le marché de la mode prenait. Mais je savais que j’avais envie de gagner de l’argent. Je me suis rendue dans des agences, comme me l’a suggéré cette femme à qui je dois beaucoup, et tout le monde a dit non. À l’époque, je ne comprenais pas l’industrie du mannequinat. L’industrie de la mode était pour moi très mystérieuse. 

Du coup, je suis montée dans un tour bus avec mes ami.e.s et quelques musicien.ne.s. C’est alors que j’ai reçu un mail de l’équipe de Pat McGrath me demandant si j’étais disponible pour faire des photos pour une nouvelle marque de maquillage. À ce moment-là, j’avais fait quelques shootings et c’était une époque où Instagram était vraiment puissant. Si à l’époque, tu connaissais des gens qui faisaient des contenus intéressants sur Instagram, c’était comme une récompense d’une certaine manière. Ce n’était pas si facile. Alors je postais des petites choses, je n’avais pas beaucoup de followers, mais quelqu’un a pensé que mes photos étaient pertinentes pour ce moment avec Pat. Je ne connaissais pas grand-chose à la mode, mais je savais qui était Pat McGrath. 

C’était donc un de ces moments importants dans la vie où je me suis dit : OK, je suis dans ce tour bus à Philadelphie mais je suis sur le point de monter dans ce train et de partir prendre des photos. Et c’est un peu la genèse de ma carrière. Je ne dirais pas que ça s’est fait en une nuit, mais c’est à peu près ce qu’il s’est passé.

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