“La mode et les corps”:  normaliser les tailles hors-normes dans le luxe
Tu as raté le talk “La mode et les corps” jeudi dernier ? No worries, NYLON France te résume la conférence organisée par les Galeries Lafayette, la Fondation des Femmes and us ! 

La mode et les corps”… Ça fait un super sujet de conversation et de débat, non ? Eh bien, avec les Galeries Lafayette et la Fondation des Femmes, on a organisé un talk sur ce thème ce jeudi 29 septembre ! Modéré par l’executive editor de ton mag préféré, j’ai nommé Alice Pfeiffer, la conférence a accueilli cinq femmes d’exception qui font bouger la mode et repoussent les standards de cette industrie : l’artiste, modèle et actrice Claude-Emmanuelle Gajan-Maull, la journaliste Elsa Wolinski, la nail artist Inès Ould Kaci, la styliste Sophia Lang et la doctorante et journaliste Saveria Mendella. Toutes ont partagé leurs expériences et leurs points de vue dans une conversation passionnante, qu’on te résume tout de suite dans cet article !

Meet the panel 

Claude-Emmanuelle Gajan-Maull aka @claude.emmanuelle – Artiste pluridisciplinaire phare dans le monde de la mode

Si tu ne connais pas encore Claude-Emmanuelle Gajan-Maull, ne t’inquiète pas, on va y remédier. Diplômée des Beaux-Arts, cette artiste plasticienne possède de multiples talents dont l’acting et le mannequinat. Tu l’as sûrement vue dans la campagne digitale de YSL Beauty en 2019, dans celle de Calvin Klein en 2021 ou encore sur grand écran dans les films Climax et Lux Æterna signés Gaspar Noé. 

“Les photos de mode de grand luxe incluent exclusivement des mannequins très minces dans leurs défilés et/ou dans leurs campagnes. Bien que l’on ait l’impression qu’il n’y a pas de changements concrets qui se produisent, ils arrivent, mais à une échelle bien plus réduite qu’on ne le croit. Par exemple, Sophia Lang est la seule personne de l’industrie française qui, pour un shooting, a pu m’habiller avec des vêtements qui me vont, alors que je fais un 38/40.”

Elsa Wolinski aka @wolinskiki – Journaliste et autrice du livre “Je n’ai pas épousé mon père”

Elsa Wolinski possède plusieurs cordes à son arc, dont une véritable passion pour la mode. En 2020, elle crée sa marque de vêtements engagée et solidaire, Sisterhood by Wolinski. Sensible à la lutte contre les violences faites aux femmes, elle est marraine de l’association Putain de guerrières et reverse les bénéfices de sa marque à des assos combattant les violences conjugales. 

“Je me suis lancée dans la voie de la solidarité, de l’engagement et j’ai voulu créer une marque de vêtements qui réponde aux valeurs que je défends. On prend soin de nos modèles et veillons à ce que tout le monde soit traité de la même manière. Ça ne coûte rien de prendre son temps pour veiller à ce que tout le monde ait de quoi manger et soit safe en rentrant.”  

Inès Ould Kaci aka @nailedbyines – Nail artist parisienne autodidacte, en situation de handicap.

Figure du nail art, Inès Ould Kaci a travaillé avec des personnalités telles que Rossy de Palma ou Lalla Rami. Sa patte ultra-reconnaissable embrasse le style Y2K et futuriste. Elle vit de son art et tu peux voir son travail dans les défilés de mode comme sur les covers des magazines.

“Les réseaux sociaux, c’est aussi une manière de faire notre propre campagne, de montrer aux gens ce que l’on veut voir en termes de représentation, car ça peut être difficile de se sentir concerné.e dans certaines autres campagnes. On peut se montrer sous l’angle que l’on veut, et se retrouver au final, car se sentir représenté.e et concerné.e sur les réseaux sociaux est toujours une bonne chose.”

Sophia Lang aka @sophialang – Styliste et fashion creative diplômée des Arts décoratifs de Paris. 

Cela fait trois ans que Sophia Lang travaille avec des artistes de renom comme Barbara Butch ou Chilla. Ce talent à suivre d’urgence – si ce n’est pas encore fait – fait de son travail un message politique en faveur de l’inclusivité dans le fashion world, qui a encore bien besoin d’évoluer.

“Je suis grosse, racisée et lesbienne mais modèle également, donc aux yeux de la société, je ne suis pas trop moche, je bénéficie donc du beauty privilege. Je pense que tant que chaque personne ne fera pas un travail de prise de conscience de ses privilèges, et ce peu importe notre âge ou d’où l’on vient, on ne s’entendra pas sur la réalité et on n’aura pas assez d’empathie pour comprendre l’autre.” 

Saveria Mendella aka @saveriamendella – Journaliste et doctorante à l’Ecole des hautes etudes en sciences sociales (EHESS).

Spécialisée dans l’anthropologie de la mode, les media studies et la philosophie du langage, Saveria Mendella écrit et analyse la mode pour plusieurs titres de presse mais aussi sur son compte Instagram à travers des stories explicatives de défilés ou de trends.

“En fait, les hommes, cis et blancs, ça fait deux mille ans qu’ils dominent absolument tout. On s’est rendu.e.s compte de cela, et donc il faudrait qu’il y ait des espaces d’abord pour d’autres personnes, car ils occupent déjà tout l’espace. Lorsque, dans un monde idéal, tout le monde sera à égalité dans le monde de la mode, on verra comment ça se passera dans l’industrie.”

La mode : inclusive mais pas trop

Nos cinq invitées étaient toutes d’accord : si l’inclusivité se fait une place dans le monde de la mode, elle n’est pas fondamentalement implantée. Le mouvement du body positivisme est encore assez jeune, et dans cette génération où la représentation est plus que primordiale, des améliorations sont à apporter : “Derrière cette image de body positive se cache une action marketing, qui fera défiler une fille qui fait du 44 parmi celles qui font du 32. […] C’est un marqueur d’hypocrisie qui permet aux marques de se dédouaner”, te rappelle Claude-Emmanuelle Gajan-Maull. En effet, ce qui a marqué le plus lors de la dernière Fashion Week de Paris, c’est que les mannequins étaient tous.tes très minces et les corps gros étaient en extrême minorité. D’après Sophia Lang, c’est peu étonnant car les maisons de luxe et les marques ne font pas de vêtements pour tous les corps, ce qui rend difficile l’inclusivité dans le milieu : “Les vêtements que portent les Paloma [Elsesser] n’existent pas en magasin.” La principale conclusion de ce talk ? La représentation de tous les corps et de toutes les morphologies doit évidemment être normalisée et les marques de luxe doivent viser plus haut que la taille 44. Mais pour ça, tout le monde doit s’y mettre !

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