Milan Fashion Week : let’s talk about sex
Non pas l’Empire romain, mais ce que la mode milanaise désire en 2023.

Si tu es connecté.e à Internet en 2023, tu n’as pas pu passer à côté de la tendance “Roman Empire”. Fun fact dont s’est emparé TikTok, le mâle cisgenre penserait au moins une fois par jour à l’Empire romain. C’est le sujet de millions de partages, de réactions et d’articles dans la presse mondiale amusée par ce dada mascu – Mark Zuckerberg aurait même nommé sa fille August en référence à l’empereur Auguste. Pour le New York Times, cette obsession de l’empire déchu en plein déclin de l’Occident permettrait de dévoiler les fantasmes du dominant de façon quasi comique. Posture sociale, désirs intimes, récit de soi… : parle-moi de ce qui t’excite av. J.⁠-⁠C. et je te dirai qui tu es. De l’invention des égouts à l’érotologie en passant par Jules César, bienvenue dans l’ère du “romansplaining”, comme dit le Guardian, lorsque le patriarcat se blottit dans une grammaire antiquisante. Mais quelle belle grosse amphore que voilà !

Alors, comme l’Italie est un espace fantasmé pour parler de ses envies, rêves, projections, que nous raconte sa mode, son luxe, son artisanat, son iconographie féminine alors que la Fashion Week de Milan vient de se terminer ? What women want, in italiano nel testo !

Ancora Ancora, Ancora du Gucci !

Gucci célèbre l’arrivée de Sabato De Sarno qui présente ici sa première collection à la tête de la marque. Après Tom Ford, Alessandro Michele, quelle ère pour l’illustre monogramme ? Voilà ce qui s’y joue : du glamour qui donne envie de danser, se galocher, sortir en nuisette sous un manteau XXL, porter une culotte des villes, une jupe fendue en vinyle, retrouver ses multiples amantes et multiples textiles à travers la ville.

 

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Cavalli : triangle amoureux avec toi-même

“Free, wild and yet refined”. Modèle tripartite ou triangle amoureux (des Bermudes), que suggère la maison star du Y2K ? Un lâcher-prise abandonnant toute domesticité ? Une porosité avec la vie extérieure ? Tu me trouveras bientôt enveloppée d’une robe liane cavalant en Cavalli vers la forêt de Meudon, devenue feuille, branche, souffle, ou Jennifer Lopez aux Grammy Awards.

 

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Versace : Fem Top Energy

Claudia Schiffer conclut le show en citant son propre passage dans le défilé Atelier Versace printemps-été 1995. Là, dans ce même imprimé Domino (Domina ?), elle rappelle le sexy des fierce fems de Gianni dont le regard queer avait impacté toute la mode de l’époque.

 

 

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Diesel : “beyond your wettest dream”

“Sex, freedom, indulgence and fun”, explique Glenn Martens à propos de cette collection “au-delà de tes rêves les plus chauds”. Le directeur artistique de la marque lie teuf et amour de la chair dans un déploiement de denim dévoré, de mini-robes brûlées au chalumeau, jacquard déchiqueté et détricoté, destruction et déconstruction, ou quand la sueur est le seul maquillage qui tienne.

 

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Moschino : Demi-Mondaine et favorites

Courtisane, dentelle, froufrou, collier de perles (no pun intended), ornement, entre débordement et plaisir, la joie du plus-que-utile dans le futile. Le joli, le fleuri, le trop, l’ornement, l’excès, le sucre et la crème, Moschino passe à table et savoure chaque bouchée d’une sensualité Nouveau Régime.

 

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Prada : Totems sans tabous

Reparler de vêtements et pas de concepts : tel était le vœu de Raf Simons, codirecteur créatif de Prada avec Miuccia. En coulisse, il insistait sur un retour à la fringue, la coupe, la création. En ère de heavy meta(l), je suis contente de l’idée de parler chiffons, et surtout de me rouler dedans, de les renifler, les essayer, les réparer, les superposer. Comme cette collection qui propose de rendre artisanal et tactile les coupes et les détails, les mésusages et les fausses routes.

 

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The Attico : The Morning After

The morning after, “il n’est plus et pas encore, un moment de passage, une floraison de possibilités” : telle était la description du défilé livrée au moment du show, racontant une phase transitoire, saisonnière, de nouveaux départs et de souvenirs encore chauds. Cuir sur cuir sur queer, catsuits seconde peau, du rouge et du rose, du fourru et du fluffy, c’est un contraste de sensations et de directions.

 

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GCDS : say hello to your surrealibido

Un sac-téléphone, des shorts perlés, une paire de fesses sacrément (dé)culottées, des cuissardes aux talons-dentata, un string-bijou, des moues entêtées, qui me donneraient presque envie de me parer de confettis et de diamants Swarovski, me maquiller comme un camion volé pour faire un détour par la mer.

 

 

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