Matières Fécales : quand les 99 % prennent la Place de la République !

Des silhouettes immaculées aux looks punk, le duo Matières Fécales raconte l’histoire des 99 % oubliés par le système avec un défilé pensé comme un véritable manifeste politique. 

Pour son show printemps-été 2027, Steven Raj Bhaskaran transforme son histoire personnelle en récit collectif, en abordant les thèmes de l’immigration, de l’identité, du racisme ou encore de la spiritualité. Une mode théâtrale, politique et profondément vivante.

Pour ce premier jour de Fashion Week, le ton est donné. Place de la République, 19h, difficile d’imaginer un lieu plus symbolique pour accueillir le nouveau défilé choc de Matières Fécales. Quelques mois seulement après leur show « The One Percent » (automne-hiver 2026-2027), qui caricaturait les ultra-riches et dénonçait le pouvoir des 1 % les plus fortunés, le duo formé par Steven Raj Bhaskaran et Hannah Rose Dalton revient avec une nouvelle histoire : « The Ninety Nine Percent ». 

Cette fois, le créateur Steven Raj Bhaskaran raconte son histoire. Celle d’un enfant d’origine guyanaise et sri-lankaise, ayant grandi au croisement de plusieurs religions, cultures et identités. Son enfance est aussi profondément marquée par la quête de soi et les dynamiques de pouvoir : pauvreté, racisme, ou encore élitisme. 

Avec 99 modèles non-blancs pour 99 looks, le casting devient lui aussi politique. Il reflète celles et ceux avec qui le créateur a grandi, mais également ceux que le système ne cesse d’opprimer et de marginaliser. La diversité n’est donc pas un joli détail du défilé. Elle en est le sujet même et permet de rendre visibles des corps et des histoires encore trop peu représentés dans les sphères du pouvoir et de la mode. 

Le récit se construit en trois actes : « Family », « Tribe », « Gods ». Trois étapes d’une même histoire, de l’héritage familial à la quête de soi et de communauté, jusqu’à la réappropriation du pouvoir.



Acte II « Tribe » : l’art de faire communauté 

À travers ce second volet, le duo s’intéresse à une autre forme d’appartenance : celle que l’on construit lorsque l’on ne se reconnaît pas dans les normes qui nous entourent. Son expérience de la scène punk underground à Montréal, où il a notamment été confronté au racisme, nourrit cette idée de tribu imaginaire réunissant plusieurs personnes racisées autour d’une même résistance.

Le vestiaire se durcit. Le cuir, les zips, les clous, les mailles et le denim brut composent des silhouettes volontairement abrasives, où les plateformes et les bottes à lacets dominent. Le corps, lui, ne cherche plus à se fondre : il s’équipe, se protège et affirme sa présence, jusque dans le maquillage où les clous peuvent se lire comme une forme d’armure face aux violences racistes. Les détails deviennent de véritables signes de résistance, comme ce « Resist » inscrit sur plusieurs looks.

Cette violence visuelle traduit une réalité plus profonde, celle d’un système qui marginalise et pousse les individus à créer leur propre armure pour résister. La tribu ici évoquée n’est donc pas une simple esthétique punk. Elle devient une manière de se rassembler, de porter sa voix et de revendiquer une place. 

Ce deuxième acte se conclut par une métaphore très forte, celle de trois femmes aux couleurs de la République et incarnant chacune une valeur (« liberté », « égalité », « fraternité »). La devise républicaine détournée comme ultime déclaration de résistance. 

Acte III « Gods » : reprendre le pouvoir et (dé)faire les règles

Avec ce dernier volet, Matières Fécales quitte le récit familial et la résistance pour s’intéresser au pouvoir. Après avoir raconté ce qui nous construit et ce contre quoi on se bat, le duo explore ce qui peut devenir une force : la spiritualité, la diversité et la réappropriation des codes d’un système qui a longtemps exclu les 99 % restants.

Le vestiaire prend alors un tout autre tournant et les silhouettes deviennent plus imposantes. Les textiles artisanaux du Burkina Faso et de l’Inde, les volumes sculpturaux, les robes de bal aux proportions démesurées, les épaules structurées et les détails dorés donnent aux corps une présence presque souveraine. Le vêtement devient ici un moyen de se grandir, de s’imposer, mais aussi de reprendre les codes de la couture et du luxe pour celles et ceux qu’ils ont longtemps laissés de côté.

Cette idée atteint son paroxysme dans les derniers looks très marquants où des figures de milliardaires sont littéralement portées sur le dos des 99 %. Ceux qui concentrent le pouvoir sont également ceux que l’on porte. Un message puissant qui en dit long sur notre époque et une manière de renverser, le temps d’un défilé, la hiérarchie entre les 1 % et les 99 %. 


 

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