Famous or anonymous ? Balenciaga et le dilemme de la New Gen
Balenciaga is obsessed with celebrities – et nous aussi. Pour sa deuxième collection haute couture dans la maison créée par Cristóbal Balenciaga en 1919, Demna dévoile une fable sur la quête de la gloire à l’heure où everybody can be famous.

Mardi 5 juillet, veille du show couture Balenciaga : je trépigne d’impatience et enclenche des pronostics quant au casting du défilé qui se prépare. Et guess what : c’est pire que d’attendre l’annonce des acteur.rice.s renouvelé.e.s dans une série Netflix : Kim ? Julia Fox (elle est à Paris) ? Kanye (ravi de retrouver les deux we’re sure)…? Qui sera inscrit au générique de ce défilé haute couture ? Car si une chose est sûre, c’est que Demna a le don de la mise en scène. Sur Instagram mardi soir, je découvre Kim en legging vert accompagnée de North dans les rues de Paris. Plus de doute, elle sera présente… Je ne tiens plus en place.

Annoncé à midi, le show se déroule dans le salon situé 10 avenue George V, là où Cristóbal Balenciaga présentait ses collections couture jusqu’à la fermeture de la maison en 1968. À l’époque, le créateur refusait de prendre le tournant du prêt-à-porter, se coupant d’un dialogue avec la nouvelle génération. En 2022, Demna parviendra-t-il à enclencher une conversation avec l’époque ?

[…] Le sociologue Edgar Morin expliquait que le visage des célébrités n’est qu’un masque. Il est l’écran sur lequel on projette notre admiration, nos désirs, nos déceptions. Aujourd’hui, anybody can be a star, et tous nos visages ne sont que des masques, fabriqués pour les écrans. Celebrity vs Anybody : it’s all the same.

Décloisonnement des codes de la couture

C’est également une nouvelle tentative de démocratisation de la couture qui est en œuvre ici. “La raison pour laquelle je veux faire de la couture en 2021 n’est pas de plaire à ces clients que l’on peut compter sur les deux mains. Ce qui m’intéresse, c’est avant tout de créer cette nouvelle conversation avec un nouveau public”, déclarait Demna en juillet 2021. Un an plus tard, il articule robe fourreau à des hoodies volume couture sur un casting dans lequel le genre n’a plus d’importance. Et en invitant des célébrités à défiler, il offre la possibilité au public de s’intéresser à un show sans être spécialiste de l’histoire de la mode. Un nouveau chapitre est-il en train s’ouvrir ?

Entre anonymes et A-list guests : you’re nobody until you’re somebody

Après avoir vêtu de cagoules noires en latex façon SM les mannequins de son défilé new-yorkais de juin, c’est par des masques obscurs aux lignes futuristes qu’est anonymisé le casting de la première partie de ce show couture. Lignes arrondies, ces parois reflétant la lumière rappellent les formes des casques de réalité virtuelle. Coïncidence (ou pas), Balenciaga figure parmi les premières maisons de mode qui habilleront nos avatars sur Meta.

On passe du côté obscur à la lumière : à cette foule de silhouettes robotiques interchangeables succède une avalanche de stars. Le joueur du Real Madrid Eduardo Camavinga, l’icône de la télé-réalité Selling Sunset Christine Bently Quinn ou l’actrice oscarisée Nicole Kidman : des stars de renommée variée aux talents hétéroclites se croisent en robe fourreau. Bella Hadid en tenue de soirée verte succède à son ex-belle-sœur Dua Lipa – oui, on teste les connaissances people des spectateur.rice.s. Les deux icônes laissent la place à Kim Kardashian. L’ambassadrice du sac Cagole, avec sa silhouette iconique, n’est pas masquée mais le visage dégagé, entouré de deux mèches, dans une robe moulante. Pour la première fois, la femme d’affaires foule le podium – une belle revanche pour celle qui était rejetée par le milieu de la mode il y a encore dix ans. Clou du spectacle, Demna s’approprie l’ultime icône de la mode Naomi Campbell. En s’affichant avec la top aux plus de 30 ans de carrière, il s’inscrit lui-même dans l’histoire de la mode.

Deux volets pour un même dialogue racontant l’époque et le rapport à la célébrité : à la première partie évoquant la quête d’anonymat répond la seconde figurant l’hypermédiatisation des réseaux sociaux et les systèmes de surveillance, résumant les tensions à l’œuvre dans la société – et le choix difficile entre le désir de reconnaissance et l’envie d’invisibilité. En 1957, dans son essai Les Stars, le sociologue Edgar Morin expliquait que le visage des célébrités n’est qu’un masque. Il est l’écran sur lequel on projette notre admiration, nos désirs, nos déceptions. Aujourd’hui, anybody can be a star, et tous nos visages ne sont que des masques, fabriqués pour les écrans. Celebrity vs Anybody : it’s all the same.

 

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