Comprendre la controverse autour du défilé de Ye, YZYSZN9
Le défilé du rappeur pendant la Semaine de la mode à Paris a suscité une vague de réactions scandalisées – et il n’y a pas de quoi s’étonner. On t’explique ce qui s’est passé.

Lundi 4 octobre au soir, Ye (aka Kanye West) a organisé un défilé surprise YZYSZN9 en plein milieu de la Fashion Week de Paris. Tous les invité.e.s célèbres imaginables étaient là, de l’industrie de la mode à la musique et l’entertainment, + Naomi Campbell, Michèle Lamy et Arca comme modèles. 

Tout cela constituait, à première vue, la recette du succès pour l’événement over the top de la Semaine de la mode : un show surprise auquel tout le monde voulait assister, mais naturellement auquel personne ne pouvait assister, des guests intouchables et inattendu.e.s, du celebrity-spotting sur le catwalk même. 

Mais Ye a une nouvelle fois dérapé, en présentant des t-shirts portant la mention “White lives matter”, le slogan des suprémacistes blancs américains, et avec ses déclarations post-show qui ont jeté de l’huile sur le feu, relançant le débat sur la façon dont Ye utilise son statut de célébrité et sur les polémiques qui polluent sa carrière depuis des années et qui deviennent insupportables, même pour ses plus grands fans. 

Tenter de comprendre l’incompréhensible 

La description présentait la collection et la performance comme “le plan de Ye pour un nouveau monde et son utopie sans filtre », dans « un lieu transformé en monastère industriel”. T’as compris quelque chose ? Ouais, moi non plus. 

Le spectacle a commencé par un livestream présentant les coulisses et les invité.e.s, comme le designer John Galliano, mélangé à des extraits d’interview de John Lennon parlant de la dissolution des Beatles, de son ex-femme Kim Kardashian, de Steve Jobs et de Ye lui-même évoquant sa mère Donda West. Après ça, les guests ont été reçus par le rappeur, qui a pris la parole pour justifier le retard du spectacle, parler rapidement du braquage de Kim à Paris en 2016 et surtout évoquer son sentiment d’exclusion dans l’industrie de la mode, en faisant référence aux nombreuses personnes n’ayant pas la possibilité de réussir dans l’industrie.

Là-dessus, Ye, qui semble sincère dans sa démarche, n’a pas tort. La mode a encore du chemin à faire en matière d’égalité et d’inclusion des personnes non-blanches et en termes de mixité de façon large. Des changements ont été perçus au cours des dernières années, mais ils demeurent insuffisants. Il a terminé son discours par “Bernard Arnault est mon nouveau Drake”, instituant le propriétaire de LVMH – le plus grand conglomérat de mode et luxe au monde – comme son nouvel ennemi juré… Et puis le spectacle a démarré et les photos de la collection ont commencé à circuler et à mettre en émoi les réseaux sociaux.

Un t-shirt infamous

Le scandale est évidemment venu de ce t-shirt porté par Ye, avec le pape Jean Paul II devant et le slogan “White lives matter” derrière. Ouais, il a fait ça. Et c’est là que ça devient personnel entre moi et Ye. C’est indéniablement un artiste incroyable. Ses contributions à la musique, à l’art de la performance et à la mode resteront dans les livres d’histoire de chacune de ces industries, point final. Mais tout cela restera teinté par ce besoin constant d’attention – pour toutes les mauvaises raisons – qui le conduit à exploiter des thèmes sérieux et des conversations essentielles de notre époque. 

Ça fait maintenant des années que j’assiste à la destruction par Ye de sa propre image, que je le vois trahir les communautés qui l’ont soutenu et qui s’attendaient à ce qu’il les soulève à son tour. Ce t-shirt – provoc ou pas — qui renverse le sens d’un mouvement aussi vital que Black lives matter est inadmissible de sa part et incompréhensible pour ses fans, déjà perturbés par son soutien à Trump il y a quelques années.

Ce t-shirt, c’est la culmination des manifestations d’un artiste qui a montré encore et encore qu’il a définitivement perdu le lien avec toutes les communautés qui étaient derrière lui, et qu’il devient même nuisible pour elles. En ces temps où le fascisme ressurgit un peu partout sur la planète, c’est inexcusable.

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