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Marin Judas : To Be Free

Incarner une légende, c’est accepter de se perdre un peu soi-même. Pour Marin Judas, ce rôle a été une mue totale – physique, mentale, artistique. Entre rigueur et lâcher-prise, il raconte pour #NYLONFrance la liberté qu’on trouve quand on ose devenir quelqu’un d’autre, vêtu de @lacoste , la maison qui mêle depuis toujours allure, mouvement et confiance.

@lacoste

Dans la peau de Franck, membre emblématique des 2Be3, Marin Judas a relevé un défi aussi exaltant qu’inattendu. Rencontre avec un acteur qui a dû tout réapprendre pour incarner une légende de la pop française.

NYLON : Cette collaboration avec Yaël Langmann, réalisatrice de la série, semble avoir été déterminante. Comment ce projet est-il né ?

Marin Judas : Yaël et moi, on avait déjà bossé ensemble sur Chair Tendre, et ça s’était super bien passé. On est restés en contact, avec l’envie de retravailler ensemble. Quand ce projet est arrivé, elle a direct pensé à moi. Mais bon, j’ai quand même dû passer le casting, et bizarrement, ça rendait les choses encore plus stressantes.

Cette familiarité a intensifié la pression ?

Carrément. J’étais attendu, et c’était à double tranchant. D’un côté, l’excitation de bosser à nouveau ensemble. De l’autre, la peur de la décevoir. Je suis plutôt pessimiste dans mon approche du travail, donc rater dans ces conditions, ça aurait été vraiment dur. Mais cette pression, c’est aussi ce qui me fait avancer.

C’est une constante dans ton rapport aux auditions ?

Pas toujours. Mais un casting peut vraiment tout changer. Quand tu sens l’ampleur d’un projet, quand tu te projettes dans cette vie pro transformée, la pression devient énorme. Le paradoxe, c’est que ça peut justement tuer la spontanéité dont tu as besoin. Les comédiens expérimentés, ceux qui ont quinze ans de métier, savent gérer ça. Pour nous qui débutons, c’est encore un apprentissage.

Décris-moi cette première audition pour incarner Franck.

On m’a donné six-sept pages de scènes à préparer, ça en disait long sur l’intensité du tournage à venir, six mois d’immersion totale. Mon approche était assez classique : justesse du jeu, précision émotionnelle, naturel, tout en commençant à habiter le personnage. Comme c’est un rôle biographique, j’ai beaucoup regardé les archives, les interviews télé, pour capter sa voix, ses gestes.

Ensemble LACOSTE

Ces archives offraient une vision complète du personnage ?

Pas vraiment. Ces apparitions publiques restent très contrôlées, presque mises en scène. Du coup, il faut inventer, créer les zones d’ombre, comprendre ce que la narration veut raconter et le faire exister au-delà de son image publique.

Avant même de le rencontrer, quelle était ta perception de Franck ?

Ce qui m’a tout de suite marqué, c’est son intégrité. Une vraie clarté dans sa façon d’avancer, de prendre des décisions. Aujourd’hui encore, il est en pleine forme. Passé la cinquantaine, il continue avec une énergie dingue. Il ne dépend de personne, lance ses projets sans attendre. Cette détermination, c’est devenu mon premier point d’ancrage avec le personnage.

Et inversement, qu’est-ce que le casting a perçu de Franck en toi ?

Notre métier, c’est de trouver des ponts avec des personnages qu’on n’est pas. Ce qui a dû intéresser Yaël, c’est ce mélange de réserve et de détermination. Franck est moins extraverti qu’Adel ou Filip, et je partage cette nature plus posée. Je pense qu’elle avait déjà vu ces nuances dans mon jeu.

Et tu l’as rencontré à quel moment “en chair et en os” ?

Seulement après la confirmation du casting. Il n’était pas là pendant notre préparation physique. (rires) Heureusement, d’ailleurs. Franchement, il est resté assez pudique. Je pense que c’est très étrange pour lui, je comprends. Ce n’est pas comme incarner quelqu’un qui est décédé, là, il était bien présent, et c’est particulier de voir sa propre histoire rejouée. Mais il nous a laissés libres, il a été bienveillant.

Concrètement, pour la préparation, tu savais déjà danser ?

Non. (rires)

Et chanter ?

Pas davantage. La chorégraphe m’a même dit dès le premier jour : « Tu es arythmique. » (rires) Donc j’ai bossé. Énormément. Deux mois intensifs : danse, chant, préparation physique, cardio. Trois heures d’entraînement chaque matin, puis coaching d’acteur et danse l’après-midi. Un rythme de dingue. Je devais perdre une dizaine de kilos pendant que mes deux partenaires devaient en prendre pour qu’on soit cohérents visuellement.

Cela t’a paru insurmontable, ou as-tu eu une révélation progressive ?

Honnêtement, c’était du forcing jusqu’au bout. Mais à raison de cinq heures par jour, le corps finit par assimiler. Et puis on avait un coach qui nous aidait à créer un vrai lien, parce qu’il fallait incarner des mecs qui s’étaient rencontrés enfants et avaient tout vécu ensemble. Il fallait trouver un rythme de trio, pas juste jouer chacun dans son coin.

Avez-vous testé votre alchimie avant d’être choisis ?

Oui. Lors des dernières phases d’audition, Yaël nous a réunis tous les trois, on a travaillé des scènes ensemble. À la fin de ces sessions, c’était décidé.

Caleçon LACOSTE

Le tournage, c’était comment ?

Intense. On a commencé en Belgique, puis on est partis dans la Drôme, chez l’un des coachs qui jouait aussi dans la série. On vivait presque comme un trio de frères, soudés mais aussi crevés. Quand le tournage a vraiment démarré, tout s’est enchaîné très vite. On vivait un peu ce que les vrais avaient vécu à l’époque : être propulsés dans un truc gigantesque. Les moments où je réalisais vraiment, c’était pendant les scènes de concert, avec les figurants qui criaient, ou les scènes dans les supermarchés où des centaines de personnes couraient vers nous. Là, j’étais plongé dans ce qu’ils avaient réellement vécu.

Comment expliques-tu l’explosion des 2Be3 à l’époque ?

Ce sont des bosseurs acharnés. À l’origine, c’était un groupe de breakdancers qui passaient leurs journées à s’entraîner seuls, à tenter des figures, à répéter sans relâche. Quand l’opportunité s’est présentée, ils ont tout saisi. Ils dansaient partout, même devant les videurs de boîtes pour se faire remarquer. Ils avaient cette énergie, cette détermination. Et surtout, ils ont été un exemple. Des garçons de quartier qui, grâce à leur travail, ont connu une ascension fulgurante. Une génération entière s’est reconnue en eux. On peut critiquer certains aspects de leur image publique, mais au fond, ils incarnent des valeurs positives.

« Partir un jour » est devenu un hymne. Qu’est-ce que tu vois dans ce morceau, notamment repris par Juliette Armanet ?

Les paroles sont plus profondes qu’elles n’en ont l’air. C’est une chanson simple mais puissante, que beaucoup ont adoptée à l’époque. Le fait que trois jeunes de banlieue chantent ce morceau et qu’il touche autant de gens, ça prouve qu’il y a quelque chose d’universel. Créer une chanson populaire qui parle à tout le monde, au-delà des genres ou des milieux, c’est une vraie prouesse.

Il y avait aussi pas mal de critiques à l’époque. Comment as-tu appréhendé cette dualité dans ton jeu ?

Oui, il y avait ce double regard : d’un côté, l’énorme popularité, et de l’autre, les critiques parfois violentes. Pour moi, c’était fascinant parce que ça humanise leur parcours. Ces garçons avaient vingt ans, ils surfaient sur une vague gigantesque, et en même temps on leur renvoyait des trucs très durs. Ça les a forgés, ça a aussi soudé leur amitié. Dans le rôle, il fallait que je tienne compte de cette fragilité.

Ensemble LACOSTE

Et toi, personnellement, tu t’identifies à cette expérience ? Devoir encaisser la critique, parfois injuste ?

Oui, complètement. En tant qu’acteur, tu es exposé, tu as forcément des gens qui jugent sans te connaître. Mais j’ai de la chance : je n’ai pas eu une exposition aussi massive qu’eux. Ce qu’ils ont vécu est démesuré. Moi, ça reste à petite échelle. C’était aussi le premier vrai boys band français, et ça a marqué un tournant. Avec le recul, on peut aussi voir les effets négatifs de ce modèle : la transformation du groupe en produit marketing. Dans la série, on aborde justement cette dimension, qu’on retrouve aujourd’hui dans la K-pop. On voit aussi comment cette exposition a pu affecter certains membres, comme Filip.

Une scène t’a particulièrement marqué pendant le tournage ?

Oui, la première grande scène de concert. Quand tu arrives sur scène et que tu vois quatre cents figurants hurler ton prénom, t’appeler « Franck »… là, tu réalises. Même si tu sais que c’est du cinéma, ton corps ne distingue plus. Tu es happé. C’était très fort.

Tu dirais que ce rôle a changé ta manière de voir ton métier ?

Oui. Parce que c’est un rôle de composition totale : je ne chante pas, je ne danse pas, je ne fais pas de break à la base… Et pourtant, j’ai dû apprendre tout ça. Du coup, ça m’a donné confiance : je me suis dit que même ce qui paraît impossible, tu peux l’atteindre avec du travail. C’est une vraie leçon.

Ensemble LACOSTE

Tu quittes un rôle très ancré dans le réel. As-tu un rôle rêvé, celui que tu aimerais vraiment jouer ?

En vrai… oui. Mais je n’ai pas envie de me porter l’œil ! (rires) Disons que j’aimerais explorer des rôles plus adultes, plus sombres. Là, j’ai incarné un personnage jeune, ce qui était logique, mais je sens que j’ai envie de passer à autre chose.

Tu étais souvent torse nu dans la série. Les 2Be3, c’était aussi beaucoup basé sur le corps. Est-ce que parfois tu ressens le besoin de dire : « Hello ! Je ne suis pas qu’un corps » (rires) ?

Franchement, non, ça ne me dérange pas ! Je sais que ça fait partie du jeu. J’ai conscience que mon visage, mon corps, ça joue aussi dans ce que je représente. Je suis aussi mannequin, donc forcément, ça fait partie de l’équation. Mais ce qui compte, c’est ce que tu transmets à travers ton visage, ton jeu, ta voix. Le corps n’est qu’une facette.

Ensemble LACOSTE

Dernière question : c’est quoi, pour toi, être libre ? En référence au « to be free »…

Être libre ? C’est avancer avec les gens que tu aimes.

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