Théodore Pellerin : J’ai commencé à jouer à 16 ans et là j’en ai 26 ans, donc ça fait 10 ans maintenant, ce qui me semble complètement fou ! Jacques de Bascher est rentré dans ma vie comme un espèce de cadeau, car c’est vraiment un des plus beaux rôles qui m’ait jamais été donné de jouer depuis que j’ai commencé !
Jacques de Bascher était un véritable personnage proustien, un excentrique avec une vie de comète, en plus d’être le grand amour de Karl Lagerfeld. Qu’as-tu appris de ce personnage ? En quoi a-t-il nourri ta performance ?
J’ai appris énormément de choses sur ce personnage, car je ne le connaissais pas avant d’avoir ce rôle. Je pense qu’une des choses qui m’a le plus fascinée sur Jacques c’était son érudition et son désir central d’écrire puis d’être artiste, qui restait pour lui une impossibilité. Il faisait de lui-même un personnage et était constamment dans une auto-fiction — une mise en scène de qui il était et de sa vie. Il était fasciné par des personnages décadents qui se créent des mondes dans lesquels ils s‘enferment, où tout est vraiment soigné et décidé. Donc ça me fascine et je crois que ça me touche aussi, car il est mort jeune et j’ai l’impression que s’il avait vécu plus longtemps peut-être qu’il aurait pu écrire.
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C’est pas vraiment une question que je me pose quand je travaille un personnage. Évidemment, il y a des choses qui jaillissent et auxquelles on se connecte, mais j’ai rarement l’impression de me dire que j’ai vécu certains récits ou que je me reconnais pleinement dedans. C’est plus le travail de préparation qui va servir à créer des images assez fortes pour qu’elles te touchent et à faire en sorte que le personnage devienne tangible et incarné. C’est pas tellement important que tu aies un rapport intime, du moins pas nécessairement dans un rapport à soi. Je trouve ça beaucoup plus excitant quand tu te dis qu’il y a ce truc là auquel tu dois te donner accès ou ouvrir ! Et en tant qu’acteur, tout est en nous à un certain degré et des fois il suffit juste d’accentuer ou de pousser certains défauts et qualités. Donc je pense qu’on rend les personnages touchant plutôt en étant inspirés par eux qu’en se reconnaissant en eux.
Comment t’es-tu préparé mentalement et physiquement pour ton rôle ?
Alors, en premier, je me suis intéressé à l’époque pour mieux la comprendre, afin de mieux saisir l’univers de la mode et les dynamiques de pouvoirs en place. J’ai aussi lu plusieurs ouvrages écrits sur Karl et sur Jacques, comme The Beautiful Fall d’Alicia Drake, The Chiffons Trenches d’Andre Leon Talley, Kaiser Karl de Raphaëlle Bacqué, Dandy de l’ombre de Marie Ottavi. Il y a aussi un livre de photographie extraordinaire de Philippe Heurtault qui était son ami de la Marine — chaque photographie est accompagnée d’une anecdote, donc ça donne vraiment une autre image de Jacques ! J’ai aussi pu parler à Philippe et à Diane de Beauvau Craon, qui ont des visions quand même assez différentes de Jacques de Bascher. Mais le cœur du travail pour moi, je pense que c’était avant tout de lire ce que Jacques lisait. Donc après tout ça, j’ai l’impression que tu peux commencer à être dans un rapport physique, à comprendre un peu comment il se perçoit, se déplace etc. Et la physicalité découle aussi des costumes, comment tu dois te tenir et qu’est ce qui est nécessaire pour incarner pleinement ce personnage proustien qu’il voulait tant être !
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Il y en a vraiment beaucoup. Une scène m’a particulièrement marquée, car je l’ai trouvée très touchante. Et Daniel — qui incarne le personnage de Karl — est vraiment exceptionnel, il est tellement présent et doué. C’est vraiment d’une facilité incroyable de jouer avec lui ! Dans une des scènes de l’épisode 3, Jacques pousse Karl à avoir un moment intime et Lagerfeld tombe dans une forme de vulnérabilité physique. Le combat intérieur que vivait Daniel dans cette scène était tellement fort et touchant que pour moi tout le cœur de série réside dans ce moment, bien qu’il soit dérangeant à voir.
En quoi le personnage de Karl Lagerfeld a-t-il influencé ton jeu d’acteur ?
Le personnage créé par Daniel a énormément influencé mon jeu car je réponds en quelque sorte à ce qu’il me donne. Donc tu peux te préparer tant que tu veux, la préparation en tant que telle te sert juste à arriver sur le plateau dans un état de spontanéité pour être à l’écoute de l’autre. Tout ce que fait Daniel va donc influer sur ce que moi je donne — ça se fait à deux, c’est une danse, un échange. Les brèches de vulnérabilité que Daniel nous permettait d’avoir, sa dureté, son rythme venaient créer le moment. Ce que l’acteur en face de moi fait, c’est une énorme partie de ce que moi je fais en retour. Puis le jeu de Daniel était tellement inspirant que c’était très facile de l’écouter et de ne pas être dans une projection de ce dont j’avais besoin pour vivre les choses. Concernant, le personnage de Karl Lagerfeld, tel qu’on le connaît, je pense que ce qui m’a inspiré c’est l’angle de la série où on a finalement accès à derrière le mur de contrôle et de froideur que Karl représentait, et de toucher à sa vie personnelle romantique. Donc je pense que c’est là la force de la série, aller derrière le monument.
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