« Je serai jamais parfaite : selfie et chirurgie  » : une immersion intime dans le monde des filles signée Mila Kiss

Un regard caméscope brut et saisissant. Une esthétique à la fois trash et girly. Le nouveau projet de Mila Kiss s’attaque à un sujet aussi intime que politique : la chirurgie esthétique à l’heure des réseaux sociaux — ces nouveaux miroirs numériques qui redessinent nos corps autant que nos désirs. Rencontre avec Mila Kiss !

Diffusé pour la première fois le 28 janvier 2026 sur France TV et produit par les Films Ex Aequo et BBC Studios France, « Je serai jamais parfaite : selfie et chirurgie  » marque un tournant dans la carrière de Mila Kiss.

Avec ce nouveau projet, la réalisatrice explore un phénomène de société majeur : la chirurgie esthétique à l’ère des micro-trends toujours plus éphémères, des filtres omniprésents et des algorithmes exacerbant nos insécurités pour mieux nous vendre des solutions prêtes à consommer.

En France, « 60 % des femmes déclarent ne pas aimer leur corps » et « 60% des jeunes femmes ressentent une pression pour correspondre aux tendances de beauté » (cf. étude de l’Observatoire des réseaux sociaux en 2023 et enquête du ministère de la Santé sur l’année 2022). Face à une beauté polissée, standardisée et optimisée pour l’écran, le constat est clair. On assiste à l’avènement d’une « esthétique algorithmique » au service d’un système plus large — patriarcal et capitaliste — où le corps des femmes devient un terrain d’exploitation et de marchandisation. Pour certaines femmes, la chirurgie esthétique apparaît donc comme une réponse à cette pression et course effrénée aux standards de beauté. Lors d’une interview, la mannequin et actrice Zahia Dehar explique : « (…) à chaque fois, ils veulent une mise à jour des femmes. On n’est jamais assez bien. Ton corps était beau dans les années 2000,  maintenant il ne l’est plus. Il y a toujours de nouvelles formes, de nouveaux critères. Il faut vraiment suivre pour être estampée comme femme parfaite »

À la fois intime et troublant, le nouveau projet de Mila Kiss explore ainsi avec justesse les multiples facettes de la chirurgie esthétique, sans jamais adopter de regard surplombant. On parle beaucoup de chirurgie esthétique, mais on écoute rarement avec bienveillance celles qui y ont recours. 

 

« On est toutes le reflet des unes et des autres » — Mila Kiss

 

Peux-tu te présenter ? 

Bien sûr ! J’ai un parcours un peu particulier. Au départ, j’étais très attirée par la mode. Ce qui m’intéressait, c’était le pouvoir des images. Après plusieurs années complexes, j’ai ressenti le besoin d’instaurer un nouveau dialogue entre mon corps et moi-même. Je me suis dirigée vers une fac de cinéma, j’ai enchaîné les petits boulots, puis je me suis très vite lancée en autodidacte. Je ne supportais pas que l’on m’apprenne comment créer. Les milieux artistiques, notamment le cinéma, restent très codifiés, très normés. J’ai ensuite commencé à réaliser mes premiers courts-métrages expérimentaux, dont LACRIMOSA. Les questions de corps et de regard ont toujours été centrales dans mon travail. 

Sur la question du regard justement, le caméscope est devenu ta signature. Peux-tu nous en dire plus sur ce choix ?

Je suis tombée amoureuse du caméscope à l’adolescence. Le déclic total est ensuite apparu pendant les shootings de mode. Je ne sais pas me servir d’autre chose, et je crois que je ne veux pas. J’aime filmer de très près, zoomer jusqu’à faire apparaître les textures, les traits et les couleurs autrement. Le caméscope, c’est la continuité de mon regard. C’est ma signature. Face aux réseaux sociaux — ces miroirs numériques contemporains — je voulais proposer quelque chose qui échappe aux codes visuels actuels. Le caméscope crée une zone de repli bienveillante, presque clandestine. Il permet d’explorer le monde des filles avec justesse, tendresse et sororité, surtout lorsque l’on traite d’un sujet aussi politique et intime que la chirurgie esthétique.

Pourquoi avoir choisi le thème de la chirurgie esthétique ? Quelle est l’histoire de ton film ? 

J’ai été très malade pendant plusieurs années, je souffrais d’anorexie. Un soir, lors d’une soirée, j’ai rencontré un chirurgien esthétique. On a parlé de beauté de manière très intellectuelle, presque philosophique. C’était passionnant. Il m’a dit : « Toi, tu as un rapport compliqué à ton corps. Passe au centre si tu veux ». J’y suis allée avec mon caméscope et beaucoup d’appréhension. Cette expérience m’a permis de voir les corps sous un tout autre angle. Je faisais des zooms, c’était presque une forme de psychothérapie. Moi qui avais tant de mal avec mon image, voir que la graisse était de la même couleur que l’or a été un choc.

Je voyais ces filles au bloc, endormies dans les bras de Morphée, subir une anesthésie générale, se faire découper en morceaux au nom d’un idéal. Je voulais comprendre. Je ressentais énormément de tendresse et de compassion. Pourquoi veut-on se refaire les seins comme on achèterait un nouveau sac à main ? 

Quel est le message de ton film ? 

L’objectif de ce film est vraiment d’essayer de comprendre ces vies, qu’on arrête de juger ces femmes, de les objectifier. Ce qui est dangereux selon moi ce sont les réseaux sociaux, le système, pas la chirurgie esthétique en tant que telle. En termes d’images, les réseaux sociaux ont totalement reconfiguré la perception de soi. L’idée n’est donc pas de dire si la chirurgie esthétique est bien ou mal, si elle est féministe ou non. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt pourquoi ? Pourquoi ces jeunes femmes y ont-elles recours ? Comment ces femmes partagent-elles et se transmettent-elles cette malédiction patriarcale ? Je voulais vraiment que le film fonctionne comme une mise en abyme dans le monde des filles. Avec la chirurgie esthétique, ce qui est intéressant c’est aussi la question de la métamorphose telle qu’elle est revendiquée par certaines. Cette idée de se créer un avatar, une armure, un peu comme le font les drag queens. Dans le documentaire, Ninon affirme incarner l’archétype de la « bimbo » — une figure dépréciée, réduite à sa blondeur et à ses artifices. Elle sait pertinemment qu’en jouant ce rôle elle sera jugée, et pourtant, elle l’embrasse pleinement. On le sait et on le voit dans le film, la chirurgie esthétique c’est un business qui touche davantage les femmes issues de milieux modestes. La beauté c’est toujours lié à un capital. Une bouche refaite devient un signe ostentatoire, on veut que ça se voit. Et aussi on le comprend assez bien dans le documentaire, en fonction du milieu social ce ne sont pas les mêmes types de chirurgie qui sont effectuées. 

L’esthétique du film est à la fois trash et girly. Quelles sont tes inspirations ?

Oui, je voulais créer un effet d’immersion totale dans le monde des filles ! Quelque chose de girly, Y2K, mais aussi trash, nourri par le cinéma de genre, l’univers de Sofia Coppola et aussi un peu vampire coded. Pour moi le côté contemplatif et nostalgique est essentiel. Cette idée de rendre la blessure belle, notamment en jouant avec les textures et les zooms : le sang, le lait, les fleurs…

Comment as-tu procédé pour le casting ? 

La question du casting a été centrale. J’ai rencontré Ninon, Mathilde et Lina via des amis. Dès le départ, j’ai été très claire sur mes intentions. Nous avons effectué un long travail de préparation psychologique presque un an avant le tournage. Je les ai filmées progressivement. Je leur ai raconté mon histoire, mon rapport à mon corps, à mon image. Je me mettais à leur hauteur. Dans le film, on entend parfois mes questions ou mes réactions. Je leur disais souvent que je les trouvais belles, intelligentes et courageuses. Je voulais qu’elles comprennent ce qui m’intéressait chez elles. C’était vraiment important pour moi que le tournage ressemble à une pyjama party. On a tourné pendant environ six mois, mais j’ai passé un an et demi, presque deux ans, à leurs côtés.

Quel est ton rapport aux RS ? 

Je n’ai pas TikTok, et idéalement, j’aimerais ne plus avoir aucun réseau social. Ce serait mon rêve… On est toutes le reflet des unes et des autres sur cette toile commune que composent les réseaux sociaux.

Peux-tu nous parler de tes futurs projets ? 

Je prépare un nouveau documentaire sur les métamorphoses adolescentes et le mal-être, toujours avec les Films Ex Aequo. Je ne peux pas t’en dire plus pour l’instant ! 

 

Retrouve « Je serai jamais parfaite : selfie et chirurgie » en ligne sur France TV et sur la chaîne Youtube de Slash enquêtes.







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