Sayyid El Alami, rising star du cinéma français
L’acteur de la série Oussekine te dit tout sur sa préparation pour son rôle choc, et de l’importance d’avoir des role models.

En 1986, Malik Oussekine, étudiant parisien de 22 ans, trouve tragiquement la mort sous les coups de policiers, en marge d’une manifestation contre un projet de réforme de loi universitaire. Injustice fatale, il devient le triste visage des violences policières en France.

Aujourd’hui, une mini-série sur Disney+, Oussekine, retrace le crime et son lendemain auquel la famille est contrainte de faire face – la justice tentant d’incriminer ou pathologiser la victime et de donner raison aux forces de l’ordre, comme si souvent dans l’histoire.

Ce jeune homme engagé au destin écourté, c’est le jeune acteur Sayyid El Alami qui l’incarne. Tu l’as peut-être déjà croisé dans Zombi Child de Christian Bonello, à l’affiche de la série Messiah sur Netflix ou aux côtés de Mathilde Seigner dans Une Si Longue Nuit. Aujourd’hui un des visages upcoming les plus prometteurs du cinéma français, il se livre sur ses inspirations, ses espoirs… et sa passion pour le rap des années 2000 et pour Louis de Funès.

Qu’as-tu ressenti en découvrant ce rôle ?

Quand j’ai entendu parler de ce rôle, je me suis dit : c’est là où je dois être. Si je fais du cinéma, c’est précisément pour raconter ces inégalités, ces injustices. J’espère avoir l’honneur de raconter d’autres histoires comme celles-ci, qui existent malheureusement mais doivent être entendues : mon but est de développer de l’empathie chez les gens.

Comment t’es-tu préparé pour le rôle ?

Avec Antoine (Chevrollier, le réalisateur) c’était un travail de recherche pour trouver l’essence de qui Malik était sans mimer, à travers ce qu’il me donnait, les images d’archives, les informations qu’il avait, pour chercher cette candeur-là.

Et puis entre autres, j’ai rencontré les grands frères de Malik Oussekine. Je ne leur ai pas parlé de façon trop directe de leur frère mais j’ai plutôt essayé de capturer l’essence de celui que je jouais en les observant, pour comprendre ses envies, sa curiosité. J’ai découvert deux hommes avec une joie de vivre incroyable. Et pourtant, ils ont tant traversé. Je pense notamment à l’acharnement subi au lendemain de la perte de cet être cher : c’étaient des gens qui ne faisaient pas de vagues et qui se sont soudainement retrouvés sur le devant de la scène sans pouvoir faire leur deuil tranquillement. Ça m’a marqué.

Quelle a été ta culture cinématographique en grandissant ?

Je regardais beaucoup de films et tout particulièrement des vieux classiques avec ma mère, comme ceux de Louis de Funès, et ça a forgé mon goût pour le travail de vieux acteurs incontournables, comme Lino Ventura, Jean Gabin, beaucoup de productions de Depardieu.

Et ta plus grande inspiration en termes d’acteur ?

Aujourd’hui, je dirais que ma plus grosse claque cinématographique a été Matthew McConaughey, et sinon Brad Pitt, Christian Bale et bien sûr Tahar Rahim, qui a été incroyable en termes d’identification, par rapport à qui je suis et d’où je viens. Il a été un vrai role model qui m’a permis de croire en moi et m’a donné de l’espoir.

J’espère avoir l’honneur de raconter d’autres histoires comme celles-ci, qui existent malheureusement mais doivent être entendues : mon but est de développer de l’empathie chez les gens.

Quels moments de ton adolescence t’ont fait grandir ?

Au collège et au lycée, j’avais plein de galères, et mon grand frère m’a un jour pris entre quatre yeux et m’a dit : “OK, tout le monde est méchant, mais toi, t’as fait quoi ? Prends tes responsabilités, assume, ne te victimise jamais.” En l’occurrence, je venais de me faire exclure pour une histoire d’extincteur (rire), et ça a résonné en moi : “OK, la prof s’est acharnée, OK, c’est injuste, mais j’ai quelle responsabilité, globalement ?” Bien que les autres puissent être fautifs, j’ai le contrôle sur moi-même et mes propres actions, pas les autres. Il avait raison, et ça m’a changé.

Côté musique, tu écoutes quoi ?

Je suis un enfant du rap français, j’aime Nekfeu, PNL, Ninho, Jul. J’ai grandi avec Keny Arkana, Kery James, IAM, Lacrim. Je me souviens du 113 aux Victoires de la Musique, au tournant des années 2000, qui débarque dans la 504 avec les cabas de chez Tati pour chanter Tonton du bled, et qui racontait d’un coup toute la culture nord-africaine… Ça m’a marqué.

J’aime aussi la deep house : N’to, Worakls, Rone, French 79, Kavinsky, Kid Francescoli, Joachim Pastor, Theo.

Journaliste : Alice Pfeiffer
Photographe : Claudio Fleitas
Styliste : Nicolas Dureau
Assistante Styliste : Léa Salaün
Maquilleuse : Lorelen Coriton
Coiffeuse : Julie Bennadji
Executive Producer : Anath Socroun
Productrice : Helen Kim Amiri 
Assistante de production : Marine Dubois-Rosuel  
Coordinatrice de production et contenu : Mila Rosaria Requier 
Photographe : Claudio Fleitas
Styliste : Nicolas Dureau
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