Annie Shapero, la nouvelle badass de “House of the Dragon”

Si, comme nous, vous n’avez pas lu « Fire & Blood », vous ne l’aviez probablement pas vue venir. Arrivée dans la saison 3 de « House of the Dragon », Alysanne « Black Aly » Blackwood, incarnée par Annie Shapero, s’est imposée comme l’une des nouvelles figures les plus badass de la série – jusqu’à jouer un rôle décisif dans l’un de ses moments les plus attendus. Une entrée fracassante dans la Danse des Dragons pour un personnage dont l’histoire est pourtant loin d’être terminée.

Cavalière, archère et guerrière redoutable à l’écran, Annie Shapero se révèle beaucoup moins intimidante lorsqu’on la rencontre. Pour NYLON France, l’actrice australienne revient sur son arrivée à Westeros, le destin de Black Aly, son rapport à la mode et aux tapis rouges, ses rêves de McQueen, Chanel, Westwood et Galliano, et son prochain rôle dans « Vought Rising ».

Une chose est sûre : après cette première saison à ses côtés, Black Aly fait désormais partie des personnages que l’on a le plus hâte de retrouver pour la suite de la Danse.

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Maintenant que la saison 3 de « House of the Dragon » est terminée et que tu peux enfin prendre un peu de recul sur toute cette expérience, comment te sens-tu ? Est-ce que ta vie a changé depuis la diffusion de la saison ?

La série est d’une telle ampleur qu’on ne peut pas vraiment imaginer ce qu’elle va devenir une fois qu’elle quitte cette petite bulle qu’est le tournage pour se retrouver dans le monde réel. Ça a été assez surréaliste de voir les réactions du public face à une saison aussi monumentale. Et ça a surtout été un vrai bonheur de pouvoir célébrer tout ça avec les personnes qui ont permis à cette série d’exister.

 

Tu as dû garder des secrets assez énormes pendant très longtemps. Comment as-tu fait avec tes amis et ta famille ? À qui était-ce le plus difficile de ne rien dire ?

Je suis devenue une menteuse absolument catastrophique. En revanche, ce que je peux vous dire, c’est que ma chienne est devenue ma confidente absolue – elle a juré de garder le secret.

 

Tu as dit que tu étais déjà fan de l’univers de « Game of Thrones » avant de le rejoindre. Quel rapport avais-tu à la série en tant que spectatrice, et quel était ton personnage préféré ?

Mon rapport à la série devait ressembler à celui de millions d’autres personnes : une obsession totale à chaque nouvel épisode diffusé chaque semaine. Pour ce qui est d’un personnage préféré, je n’en avais pas vraiment. Ce que j’adorais, c’était à quel point chacun pouvait être contradictoire d’une scène, d’un épisode ou d’une saison à l’autre.

J’ai quand même toujours eu un faible pour les personnages les plus imparfaits. C’est toujours impressionnant de voir un acteur réussir à incarner avec autant de naturel les personnages les plus dérangés. Jack Gleeson, alias Joffrey, je pense à toi.

 

Tu te souviens du moment précis où tu as appris que tu avais obtenu le rôle d’Alysanne Blackwood ? Qui as-tu appelé en premier ?

Oui. Et je me souviens surtout de ce que j’ai ressenti. C’était l’un de ces moments où le cerveau met quelques secondes à comprendre l’information qu’on vient de lui donner. J’ai évidemment appelé ma mère en premier, et je suis presque sûre que sa réponse a été : « C’est pas la série où tout le monde meurt ? »

 

Ton parcours vers le métier d’actrice n’a pas forcément été conventionnel : tu as été formée à la danse et tu l’as même enseignée avant d’intégrer une école de théâtre. À quel moment as-tu compris que tu voulais vraiment faire de la comédie ton métier ?

Petit à petit, jouer est devenu quelque chose auquel je ne pouvais plus m’empêcher de penser. La danse m’a énormément appris sur la discipline et sur la manière de raconter quelque chose avec son corps, mais j’ai fini par comprendre que ce qui m’intéressait davantage, c’était la personne à l’intérieur du mouvement plutôt que le mouvement lui-même.

Même lorsque j’étais en école de théâtre, l’idée d’en faire réellement mon métier ne s’était pas encore complètement imposée. Il m’a fallu quelques années pour que ça s’ancre vraiment en moi. Mais je suis tombée de plus en plus amoureuse de la dimension collaborative de cette industrie et du niveau d’empathie qu’il faut développer pour comprendre un personnage.

 

Quel a été ton premier vrai travail en tant qu’actrice ? Et quand as-tu eu pour la première fois ce sentiment de te dire : « OK, je peux peut-être vraiment en faire mon métier » ?

Mon premier travail d’actrice était une publicité Toyota en Australie dans laquelle j’étais poursuivie par l’un de ces énormes bonshommes gonflables qu’on voit devant les concessions automobiles ! J’étais tellement contente.

Il n’y a pas eu de grand moment spectaculaire, comme un éclair qui m’aurait frappée. C’était plutôt une succession de petits moments où je me disais : « Oh, des gens me laissent vraiment faire ça pour gagner ma vie. » Ça m’arrive encore aujourd’hui, d’ailleurs, et je pense que c’est aussi ce qui rend tout ça aussi excitant.

 

Black Aly est un personnage très physique. Qu’est-ce que ces mois d’équitation, de tir à l’arc et de préparation physique ont révélé chez toi que tu ne connaissais pas forcément auparavant ?

J’ai été surprise de voir à quel point j’ai adoré ça. Il y a quelque chose d’assez addictif dans le fait d’apprendre une discipline dans laquelle on est franchement moyenne, puis de devenir, très lentement, un tout petit peu moins moyenne.

La préparation physique m’a aussi offert une manière complètement différente d’entrer dans Black Aly. On commence à comprendre un personnage à travers sa façon de bouger, de se tenir, de réagir sous pression. À la fin, monter à cheval ou prendre un arc ne ressemblait même plus à de la préparation : ça faisait simplement partie du processus pour devenir elle.

Et maintenant, j’ai cette conviction légèrement déraisonnable que je pourrais survivre dans l’Angleterre médiévale. Ce qui n’est probablement pas vrai. À moins que…


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Quand tu as découvert que ce serait toi qui tuerais Ser Criston Cole – un personnage que le public adore et déteste à la fois depuis des années -, quelle a été ta première réaction ? Tu étais excitée, terrifiée, ou les deux ?

Il y a quelque chose qui vous ramène immédiatement à la réalité quand on vous confie une scène comme celle-là. Surtout lorsqu’il s’agit de tuer un personnage qui a occupé une place aussi centrale dans cet univers tel qu’on le connaît.

 

As-tu regardé l’épisode au moment de sa diffusion ? Et t’es-tu autorisée à aller sur Internet pour voir comment les fans réagissaient au fait que tu aies tué l’un des personnages les plus clivants de la série ?

Je n’ai pas regardé l’épisode, parce que j’évite généralement de me regarder à l’écran. Cela dit, un ami m’a envoyé un mème que j’ai adoré. Il disait : « Vous n’adorez pas quand une femme remet à sa place un homme misogyne ? »

Moi ça ne m’a pas déplu.

 

Alysanne a encore un avenir important dans l’univers de George R. R. Martin. Sans te demander de spoiler quoi que ce soit, à quel point peut-on espérer revoir Black Aly dans la saison 4 ?

Il y a encore énormément de choses que nous ignorons à son sujet. On a vu Black Aly entrer dans cet univers et prouver de quoi elle était capable, mais je suis vraiment curieuse de découvrir ce qui se passera lorsqu’on pourra voir davantage la personne qui se cache derrière tout ça.

Elle a énormément de combativité en elle, mais j’aimerais aussi explorer ses facettes plus calmes et plus complexes.

 

Pour les lecteurs qui savent ce qui attend Black Aly dans les livres, il y a des possibilités assez folles. Y a-t-il une partie de son histoire que tu rêves secrètement de pouvoir jouer à l’écran ?

Il y a clairement des choses que j’adorerais explorer. Ce qui me passionne le plus chez Black Aly, c’est qu’il y a une femme absolument fascinante derrière la guerrière que nous avons découverte jusqu’ici.

J’aimerais voir ce qui se passe lorsqu’on la sort du champ de bataille et qu’on est forcés de comprendre ce que toute cette violence lui a réellement coûté. Et, très égoïstement, j’aimerais aussi continuer à monter à cheval.

 

Le look de Black Aly est très fort : les peintures de guerre, les tresses, cette silhouette presque androgyne… À quel point la mode, les costumes et la beauté t’ont-ils aidée à comprendre qui elle était ?

Énormément. La première fois que j’ai vu ce qu’Amanda, Ros et Caroline avaient imaginé, quelque chose s’est débloqué.

C’est incroyablement libérateur de sortir de l’équation notre conception « traditionnelle » de la beauté féminine telle qu’on la connaît. Les cheveux, les tresses, les peintures de guerre et la silhouette donnaient à Alysanne quelque chose de beaucoup plus brut, presque élémentaire.

C’était extrêmement libérateur. Elle n’avait pas besoin d’être belle au sens conventionnel du terme. Elle avait simplement besoin d’être redoutable – ce qui, ironiquement, est probablement ce qu’il y a de plus beau chez elle.

 

En dehors de l’écran, tu sembles déjà entretenir une relation très forte avec la mode. Est-ce quelque chose qui t’a toujours intéressée ou que tu as découvert à travers ton métier et les tapis rouges ?

J’ai toujours été fascinée par les vêtements – ma famille pourra en témoigner. Et en vieillissant, mon intérêt pour la mode s’est davantage tourné vers la façon dont elle peut devenir une extension de soi.

Il existe tellement de manières amusantes de communiquer qui l’on est sans avoir à prononcer un mot. J’aime aussi le fait que les vêtements puissent changer la façon dont on se sent. Il y a une vraie liberté dans le fait d’explorer différentes versions de soi, et il suffit de regarder des photos de nous prises il y a quelques années pour parfaitement s’en rendre compte.

Je ne pense pas que la mode ait besoin d’être précieuse pour être intéressante.

 

On t’a déjà vue faire des choix mode assez audacieux. Qu’est-ce qui rend un look intéressant à tes yeux ? Est-ce que tu aimes utiliser les tapis rouges pour créer des personnages ou raconter des histoires ?

Absolument. Pour moi, les tapis rouges sont de petites formes de théâtre très particulières.

Ce que j’aime, c’est lorsqu’un look exprime un véritable point de vue. Il n’a pas nécessairement besoin d’être extravagant ou audacieux, il faut simplement qu’il paraisse intentionnel.

Je préfère largement porter quelque chose qui pousse les gens à se demander ce qui m’est passé par la tête plutôt que quelque chose qui mette tout le monde d’accord pour dire que j’étais « jolie ».

« Jolie », c’est un mot dangereux, je trouve.

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Y a-t-il des créateurs ou des maisons dont tu te sens particulièrement proche en ce moment – ou quelqu’un que tu rêves de porter ?

Dilara Findikoglu et Thom Browne. Je les trouve tous les deux tellement joueurs dans leur approche et j’adorerais porter leurs créations un jour.

 

Puisque tu as déjà commencé à explorer la mode d’archives : si tu pouvais avoir un accès illimité aux archives d’un seul créateur ou d’une seule maison pendant une nuit, lesquelles dévaliserais-tu ?

Je suis partagée. McQueen des années 90, Chanel des années 50, Westwood des années 80, n’importe quoi signé Galliano… pour n’en citer que quelques-uns.

 

Que porte Annie Shapero lors d’une journée parfaitement normale, sans avant-première, sans styliste et sans appareil photo ?

Quelque chose de très peu glamour. Probablement un jean, quelque chose d’oversize, des chaussures très confortables et la veste qui se trouve être dans ma rotation cette semaine-là.

J’adore m’habiller, mais ce que j’aime vraiment, ce sont ces pièces incontournables de notre garde-robe qui, quelle que soit la journée, nous donnent immédiatement l’impression d’être nous-mêmes. Le genre de tenue sur laquelle personne n’a d’opinion.

 

Donne-nous un petit aperçu de la personne que tu es en dehors de ton métier : qu’est-ce que tu écoutes en ce moment, qu’est-ce que tu regardes et quelle est ton obsession actuelle ?

J’écoute : « Kind Woman » de Buffalo Springfield.

Je regarde : des documentaires faits maison sur YouTube, généralement tournés au Japon.

Mon obsession du moment : mes cours de claquettes du mardi soir.

 

Tu passes de « House of the Dragon » à « Vought Rising », deux univers immenses mais avec deux personnages complètement différents. Quels types de rôles aimerais-tu explorer ensuite ? Y a-t-il un cinéaste, un acteur ou un type de personnage qui figure actuellement sur ta dream list ?

J’adorerais faire quelque chose de complètement différent ensuite. Je suis fascinée par des cinéastes comme Chloé Zhao, Sean Baker et Paul Thomas Anderson, parce que leurs films ont une personnalité tellement forte.

Ils créent des univers incroyablement singuliers, mais qui contiennent énormément d’humanité. C’est ce que je recherche : des histoires qui restent avec vous, des personnages qui vous tendent un miroir, des personnes, des lieux et des choses qui donnent l’impression d’avoir existé bien avant que vous ne les rencontriez et qui continueront d’exister longtemps après votre départ.

 

Le public français commence seulement à te découvrir. Quelle est la chose que tu aimerais qu’il sache sur Annie Shapero et qu’il ne pourrait jamais deviner en rencontrant Black Aly ?

Que je suis nettement moins intimidante.

Je ne me balade pas dans Londres à cheval, je ne suis pas particulièrement douée pour tuer des gens avec des flèches et j’ai beaucoup plus de chances d’être en train de me demander ce que je vais manger ce soir que de m’inquiéter du destin de Westeros.

Je suppose que la réponse la plus simple, c’est : Black Aly est considérablement plus cool que moi.

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Talent : Annie Shapero
Photos : Markus Klinko
Direction Artistique & Stylisme : @duibuqui.ltd
Coiffure : Thassio Leal
Maquillage : Freya Paxton
Lieu : The Masonic Temple at Andaz London Liverpool Street @andazlondon

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