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La revanche des “sk8r girls”

Dans les skateparks ou sur les réseaux sociaux, les filles ont envahi le milieu du skate ces dernières années, bien décidées à montrer de quoi elles sont capables. Un phénomène d’émancipation illustré avec brio par la réalisatrice et skateuse parisienne Marion Desquenne dans son nouveau documentaire Bande de skateuses.

“He was a sk8er boi, she said ‘See you later boy’”, scandait Avril Lavigne à la gloire des skateurs dans son célèbre tube des années 2000. Aujourd’hui, les “sk8er girlsont pris leur revanche. Sur une rampe, dans un bowl ou derrière la caméra, la révolution des genres est enclenchée. Tu es prévenu.e. 

Depuis plus de dix ans, la réalisatrice et skateuse Marion Desquenne côtoie et documente au plus près la scène skate française. Passionnée, la Parisienne de 51 ans compte déjà trois documentaires sur la thématique à son actif, dont le récent Skateboard : une ambition olympique, sorti en 2021. Ces dernières années, Marion était aux premières loges pour assister à la féminisation de cette discipline. L’idée de réaliser un quatrième projet sur l’histoire et l’inclusion des femmes dans le skate est donc apparue comme une évidence pour la cinéaste.

En 2019, elle saisit sa caméra et sillonne les routes françaises pour suivre ses copines Claire Barbier, Lisa Jacob, Madeleine Larcheron, Charlotte Hym, Jeanne Duval, Lulu, Jéromine Louvet ou encore Shani Bru. Trois générations de skateuses badass réunies à l’écran et qui, chacune à leur façon, ont marqué la discipline et font aujourd’hui partie des meilleures rideuses françaises. Dans le documentaire Bande de skateuses, disponible sur Canal+, elles témoignent de leur quotidien dans le skate féminin.  

Marion Desquenne photographié par Charlène Dosio

Salut Marion ! Comment a débuté ton histoire avec le skate ?

Le skate et moi, ça date de 2004. Je suis tombée dedans en partie grâce à mon petit copain de l’époque, qui était lui-même skateur. Cependant, j’avais déjà cette culture de la glisse dans le sang. Je suis née à Toulouse et j’ai grandi dans le Sud-Ouest, à Pau, où je faisais du ski et de la moto. 

Tu as donc commencé à skater grâce à lui ?

Pas vraiment. C’était surtout son truc et pendant près de douze années, je suis restée sur le côté, à filmer et faire de la photo. Je m’étais toujours répété que le skate n’était pas pour moi.

Quel a été le déclic pour que tu mettes enfin le pied sur une planche ?

Quand mon mec m’a quittée, j’ai réalisé qu’en fait, moi aussi je kiffais vraiment le skate. Je suis finalement montée sur une board il y a six ans et j’ai trouvé d’autres groupes de mecs plus ouverts aux nanas, comme ceux de la boutique Vega Skateshop, avec qui je suis partie pour la première fois en skate trip. 

Penses-tu que le skate est un sport accessible à tout le monde ?

De manière générale, oui, ça l’est. Mais ne fait pas du skate qui veut non plus. Il faut aimer tomber, se faire des croûtes, des hanches, des chevilles… C’est un sport un peu sado et certaines personnes ne vont peut-être pas le supporter, qu’on soit une fille ou un mec. 

Comment expliques-tu qu’il y ait eu une explosion des meufs dans le skate ces dernières années ? 

On a connu un réel mouvement d’émancipation global et sociétal il y a cinq ans. Mais l’entrée du skate aux Jeux olympiques de 2020 a aussi beaucoup aidé la situation à bouger. Les marques se sont dit qu’il y avait quelque chose à faire. Ça a permis à plein de skateuses d’oser y aller et de se faire remarquer. Il n’est jamais trop tard pour débuter. Perso, j’avais 45 ans !

C’est terminé l’image de la rideuse hyper garçon manqué. Aujourd’hui, le skate est ouvert à tout le monde et c’est aussi ce que j’ai voulu transmettre avec mon film. Il faut que des nanas hyper girly se disent “Mais oui, pourquoi pas moi !”

Photo par Marion Desquenne

On note aussi une multiplication des crews de skate féminin.

Oui, c’est vrai que certaines structures ont gagné en lumière depuis quelques années. C’est le cas de l’association parisienne Realaxe. Le projet a été lancé il y a dix ans et au départ, elles n’étaient que dix. Pendant des années, tout le monde les regardait de travers et elles se faisaient chambrer par les mecs. Les communautés se sont popularisées, car skater entre filles a un côté rassurant et bienveillant.

As-tu déjà subi des réflexions de la part des hommes ?

Je pense qu’on s’est déjà toutes pris des remarques sur notre légitimité, notre façon de skater, etc.. Il ne faut pas croire que toutes les nanas rêvent de sortir avec un gars skateur ou sont là en mode paparazzi sur les spots !

Trouves-tu qu’Instagram a joué un vrai rôle dans la médiatisation du skate féminin ?

Oui, la visibilité de ce sport passe évidemment par les réseaux sociaux. Quand tu vois plein de meufs trop cool qui skatent, comme la Californienne Lizzie Armanto, ça donne des modèles aux filles et l’envie de faire la même chose.

Le marketing s’est également emparé de cette image commerciale de la skateuse, non ?

Dans les pubs de mode, on voit de plus en plus de nanas poser avec un skate, en talons, sans qu’il y ait même de grip sur la planche. C’est n’importe quoi. Mais si t’es dans la vraie culture skate, ça te fait rire ! Quand j’ai voulu faire mon documentaire sur les skateuses, ça m’a d’ailleurs posé problème. Mes producteurs avaient cette image très glamour, avec la fille qui roule cheveux au vent, en robe à fleurs, en train de faire du longboard dancing. Quand ils ont vu le résultat final du film, il y a eu un vrai choc culturel. 

D’ailleurs, comment est née l’idée de ce documentaire ?

C’est un projet que je porte depuis 2015 et que j’ai fini par réaliser seulement à partir de 2019. Je me suis dépêchée d’écrire le scénario avant les JO et Canal+ Kids a fini par l’acheter. Le tournage a duré quasiment un an et demi. C’est mon premier long documentaire de 90 minutes, alors il y a eu beaucoup de travail et de montage. 

Quelles skateuses peut-on y retrouver ?

Dans le film, il y a trois générations présentes. Déjà, avec Claire Barbier, on raconte le début du skate féminin français dans les années 90. Elle est née avec la culture skate hardcore et trash, c’est une vraie punk ! À l’époque, elles n’étaient que quatre en France. Ensuite, je montre la génération des nanas motivées qui ont entre 20 et 28 ans et qui ont essayé de se qualifier pour aller aux JO en 2020 : Jeanne Duval, Jéromine Louvet, Shani Bru, Charlotte Hym… Enfin, il y a la génération impressionnante d’aujourd’hui comme Madeleine Larcheron ou Lulu, qui a seulement 12 ans, et qui te sortent de sacrés tricks (des figures, ndlr).

Se revendiquent-elles ouvertement féministes ?

Comme on peut le voir dans le documentaire, elles supportent chacune ce combat à leur façon, sans forcément être très revendicatrices. Les plus jeunes vont te dire qu’elles s’en préoccupent moins, car le problème du skate féminin est déjà réglé à leurs yeux. 

En France, où en est-on sur la question du skate féminin, justement ?

Même s’il y a un réel gap avec les générations d’avant, on manque encore de nanas dans le domaine de la photo, de la vidéo, ou comme monitrices et juges aux compétitions. 

Elle ressemble à quoi la skateuse de 2022 ?

C’est terminé l’image de la rideuse hyper garçon manqué. Aujourd’hui, le skate est ouvert à tout le monde et c’est aussi ce que j’ai voulu transmettre avec mon film. Il faut que des nanas hyper girly se disent “Mais oui, pourquoi pas moi !”.

Où se donnent rendez-vous les skateuses parisiennes pour leurs sessions ?

On va souvent à Bastille, quelquefois à Pantin, Jussieu, le quai de Jemmapes… L’hiver, il y a également le skatepark couvert de Chelles qui est cool.

Quel niveau de skate ont les filles françaises ?

D’un point de vue level, oui, on a un peu de retard en France. Quand tu vois qu’une Brésilienne comme Rayssa Leal, qui est déscolarisée pour faire les compétitions, gagne sa première médaille d’argent aux JO 2020 à seulement 13 ans… En France, on en est encore loin. C’est une question de moyens, il faut que les marques mettent le turbo.

Certaines marques essaient-elles de développer le skate féminin ?

Il y a Vans qui a toujours plus ou moins organisé des “girls camps”, des “girls skate days”, etc.. Néanmoins, ils ont tous réellement commencé à se réveiller sur la question du skate féminin en 2017, avec l’entrée de la discipline aux JO de Tokyo. Honnêtement, ceux qui ont le plus aidé sur le sujet, c’est la Fédération française de skate. Dès 2013, ils ont monté des crews de filles.

Tu traînes aussi avec beaucoup de crews de skateurs garçons. De quel œil voient-ils cette féminisation du skate ?

De manière globale, il y en a beaucoup qui ont dû revoir leur approche avec le skate et les femmes. Comme je disais précédemment, cette connotation de la “fangirl” se perd avec le temps et il n’y en a plus un qui ose moufter, les pauvres ! (Rire.) Mais il faut que ça passe par là pour que ça puisse se rééquilibrer. 

Photo par Marion Desquenne

Quels sont tes projets en rapport avec le skate féminin ?

Avec mon documentaire Bande de skateuses, j’ai un peu l’impression d’avoir bouclé la boucle. J’ai aussi envie de faire des projets différents, sur d’autres thématiques, notamment sociales. Récemment, j’ai aidé des filles de Paris à monter un magazine de skate féminin qui s’appelle Mag de Zine. Le projet est maintenant bien lancé et c’est super cool de voir que d’autres filles motivées prennent la relève ! 

Merci Marion ! Dernière question, mais pas des moindres, tu replaques quoi comme tricks aujourd’hui ?

Je fais des petits trucs comme des ollies et shove-it. Je suis avec un mec qui skate en street, alors j’ai surtout développé le cruising à Paris. Dans la journée, je peux faire plus de 15 kilomètres en skate. Mon but, dans les prochains mois, c’est de monter les trottoirs proprement et sans me vautrer ! (Rire.) 

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