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La masculinité LOL chez les Kardashian

Ça y est les ami.e.s, Kanye West est un cœur à prendre ! Mais que reste-t-il de l’homme-icône après une décennie passée aux côtés de Kim Kardashian ?

Si je pouvais être auprès de lui, là, dans son ranch du Wyoming, je le sermonnerais : Kanye reprends-toi, enfin ! Avec ta tête de chien battu, ton visage masqué par tes écrasantes capuches, et ton éternel jogging mou en guise d’uniforme, KW, tu te laisses aller. Rappelle-toi de ton époque pré-Kim où tu arborais jupes Givenchy et blouses Céline au milieu du cosmos parisien des modeux. Puis de ton ère (pour ne pas dire ton règne) Kimye, où toi et Kim étiez en full looks Balmain assortis sur les marches du bal du MET.

Aujourd’hui, te voici engoncé dans le rôle du futur ex-mari éreinté, n’ayant même plus la force de créer un juteux scandale, tirant ta révérence face à la redoutable productrice de l’humain qu’est Kris Jenner – et qui a déjà promis que le divorce serait au menu de la prochaine saison de Keeping Up With the Kardashians (KUWTK). Les ex de son ancienne douce et tendre (Kris Humphries et Damon Thomas) sont déjà passés par là. Bienvenue au club. Épouser Kim, c’est une chose, la quitter, c’est un périple qui ne laisse aucun homme indemne. Pourtant, j’avais misé gros sur votre couple, Kimye.

Et Kanye n’est pas le seul à passer à la trappe : Au fil des saisons de Keeping Up With the Kardashians, les amazones du clan Kardashian-Jenner amassent des millions au fur et à mesure qu’elles abandonnent une ribambelle d’antihéros composés de pères mous (Bruce Jenner), maris alcooliques (Scott Disick) et frères faibles (Robert Kardashian). Si peu de mâles parviennent à se hisser au générique du feuilleton matriarcal, qui sont-ils ? Figures souvent risibles et secondaires, ils se tapissent en arrière-plan de l’émission. Et pourtant, les hommes de KUWTK dévoilent, malgré eux, le maintien de systèmes discriminatoires, racistes et classistes mis en œuvre par le matriarcat Kardashian-Jenner.

Kimye : la fable du power couple

Adolescente désabusée, les romances amoureuses ne m’illusionnaient guère, mais j’étais tombée sous le charme de ce duo. Bâti comme un business model, la paire semble néanmoins lutter contre les soubresauts racistes et sexistes d’une Amérique où la réussite d’une femme d’origine étrangère est tout aussi récusée que celle d’un homme noir. Ce n’était pas un simple réchauffé de La belle et et le bad boy, fantasme hétéronormé des jeunes filles de mon époque, mais un duo entre une arriviste et un mégalomane, les Sartre et De Beauvoir de la société de l’image.

Issue d’une famille bourgeoise californienne, c’est par la voix populaire de la télé-réalité que Kim a été adoubée du titre de pin-up sans talent. Alors qu’elle s’arme contre la misogynie en robe Hervé Léger, Kanye West se compare à Steve Jobs, Walt Disney ou encore Henry Ford – des success stories d’hommes blancs milliardaires qui inspirent les ego trips de Kanye. Plus tard, la symbiose est accomplie sur la couverture de Vogue US en tant qu’égéries Balmain ou dans le clip de Kanye Bound 2,où il chante amoureusement à Kim qu’il souhaite lui faire l’amour sur un évier.

Et pourtant, leur chute était inévitable, inscrite dans les étoiles. Car épouser Kim, c’est devenir un personnage estampillé KUWTK, sous l’égide de la momager Kris Jenner. Ce que Kanye semble refuser. Avec ses polos roses et mules Gucci, il se dérobait à la masculinité cisgenre célébrée par la télé-réalité grand public dans laquelle Kim baignait. Préférant Raf Simons et Rick Owens aux marcels Ed Hardy tels les ex-maris de Kim, Ye se tenait à l’écart : “Je ne fais pas partie du spectacle. Ce n’est pas ce que je fais. J’ai ma propre carrière et ma propre vie”,expliquait-il en 2014 au Hollywood Reporter qui le questionnait sur un éventuel caméo dans le show de sa femme.

Robert Kardashian & Bruce Jenner : du loser à l’american dad

Pour décortiquer les masculinités de Keeping Up With The Kardashians, je me tourne vers Dr. Meredith Jones, professeure en sociologie à la Brunel University, Londres, qui a organisé en 2015 unKimposium, une conférence universitaire utilisant les Kardashian comme exemple pour explorer la quatrième vague du féminisme, l’organisation des systèmes politiques ou encore les questions raciales.

KUWTK présente un catalogue de masculinités faibles, dont la quête de pouvoir est transformée en élément risible, permettant de mettre en avant les exploits des femmes, à la fois mère et gestionnaire de capitaux”, m’explique-t-elle. Le nom de l’émission fait référence au père décédé de Kim, Kourtney, Khloé et leur petit frère Robert. Plusieurs épisodes rendent hommage à cet homme fantôme, une figure paternelle idéalisée à travers son absence et servant à affliger Robert Kardashian Jr.. “Tu es un loser !”, lui répliquait Kim dans un épisode de la saison 4. Allant d’échec en échec, il sera évincé à partir de la saison 6, avant de tenter de s’émanciper à travers son propre show Rob & Chynanarrant sa quête avortée d’un rôle de père et mari.

Après son accouchement, Blac Chyna le quitte, allant jusqu’à vider le frigo de cet éternel adolescent. La réaction de Rob ? Une vengeance des plus puérile, à coup de revenge porn sur Instagram. Un acte misogyne difficile à défendre. Le cadet retourne chez sa mère, qui lui rachète sa marque de chaussettes en faillite, Arthur George, et l’invite à faire un régime. Robert Kardashian Jr. est devenu un cas désespéré quin’a su faire de son physique une entreprise lucrative, au grand dam de sa mère.

Autre cas édifiant, Bruce Jenner (Caitlyn Jenner avant sa transition). Avant 2014, Bruce Jenner est une caricature exagérée et risible de l’american dad républicain.

 

Avec ses polos impeccablement repassés et ses bermudas portés avec des claquettes, il interdit à ses filles de se maquiller, s’afflige des robes sexy de Kim, quand il ne porte pas un discours élogieux sur le port d’armes à feu. S’il vaut mieux en rire, le personnage pérennise des valeurs conservatrices, et normalise un soutien au candidat Trump en 2016, vivement critiqué par la communauté LGBTQI+.

“La médiatisation de Caitlyn Jenner dans l’émission démontre que la masculinité interprétée par un homme cis est résumée à une fonction comique. Avant de faire son coming out en tant que femme transgenre, Caitlyn Jenner tient le rôle de père et mari constamment défaillant dans ses missions. Après sa transition en 2014, elle ne peut plus faire l’objet de moqueries. Elle s’assume. Caitlyn est alors progressivement évincée”, analyse Meredith Jones.

Scott Disick : mascotte yolo du privilège blanc ?

Un personnage chez KUWTK m’intrigue particulièrement : Scott Disick, l’ancien compagnon de Kourtney. Alcoolique, ce père fêtard ayant un goût prononcé pour la bringue et les Lolita se maintient dans les petits papiers de Kris Jenner depuis l’épisode 1 de la série. La formule ? Une masculinité articulée à des traits de comportement aussi comiques que toxiques permettant aux scénaristes de l’émission de dessiner un personnage antipathique tête à claques mais qui suscite de l’empathie.

Pour endosser ce rôle, Lord Disick – car oui, il s’est acheté un titre de noblesse – s’affiche en “fils de” au goût clinquant, les cheveux coiffés en arrière s’habillant de costumes trois-pièces sur mesure, toujours prêt à lancer une blague douteuse ou boire un verre de trop. Disick propose ainsi une masculinité construite sur des symboles machistes trahissant le milieu privilégié dans lequel il a évolué. Comme d’autres personnages masculins secondaires de KUWTK, Scott vivra son lot de scandales, notamment en trompant Kourtney Kardashian avec son ex Chloé Bartoli. Mais à la différence des autres, ses infidélités sont une affaire qui rapporte : Disick aurait amassé 25 millions d’euros depuis 2007 selon Forbes, et gagné son propre spin-off Flip It Like Disick.

Lamar Odom, Tristan Thompson et Corey Gamble : victimes du Kardashian Kurse ?

On ne peut pas en dire autant de Lamar Odom, l’ancien compagnon de Khloé. Tout avait pourtant bien commencé pour le joueur de NBA, médaillé des Jeux olympiques, symbolisant une méritocratie de la sueur. Il rencontre Khloé Kardashian en 2009 et l’épouse au bout d’un mois. Jackpot : cela permet au couple de bénéficier de sa propre émission de télé-réalité. Ce que le public ignore, c’est le goût de Lamar, lui aussi, pour les cocktails de stupéfiants et les aventures extraconjugales. Peu à peu, il déserte les terrains de basket et Khloé demandera le divorce en 2011. En 2015, il est retrouvé inconscientdans une maison close au Nevada et finira en désintox. Un destin tragique, détruisant ce rêve américain non-blanc. Depuis 2018, Tristan Thompson, nouvel époux et père de la fille de Khloé Kardashian, subit un traitement scénaristique similaire. Celui qui trompait Khloé enceintesera réduit à une bestialité sexuelle raciste, contrairement à Scott Disick dont les infidélités sont évoquées comme la conséquence d’une fragilité psychologique.

De fait, la toile étoffe l’hypothèse d’une malédiction discriminatoire baptisée “Kardashian Kurse” : “Ceci touche tout homme noir engagé avec un membre féminin du clan Kardashian-Jenner. Les effets secondaires connus de ces relations se traduisent par un déclin des capacités cognitives des hommes et une détérioration rapide de leur carrière”, peut-on lire sur Urban Dictionary. La liste réunit plusieurssportifs noirs : le basketteur James Harden, le footballeur Reggie Bush ou encore Ben Simmons, dernier petit ami en date de Kendall Jenner, à qui la NBA a fermé ses portes.

Corey Gamble, le compagnon de Kris Jenner (de quinze ans son cadet), ne déroge pas à la règle : il est présenté comme le remède parfait à l’appétit sexuel de Jenner. “Le sexe est formidable”, affirme-t-elle dans l’émission. Un système que Kanye West fuit en se réfugiant dans son ranch au Wyoming. En août dernier, en plein épisode bipolaire, il décrivait, dans des tweets aussitôt effacés, les Kardashian comme une “white supremacy” dirigée par sa future ex-belle-mère Kris, renommée “Kris Jong-un” pour l’occasion.

Si les femmes du clan Kardashian-Jenner ont notablement contribué à déconstruire le mythe du héros viril dans les médias en lui opposant une féminité dominante, elles ne sont pas à quelques contradictions près : leur matriarcat apparent se réapproprie dangereusement les codes et le modus operandi du patriarcat auquel elles s’opposent. Cela dit, je ne pense pas qu’elles se sont consciemment appliquées à réduire les hommes de leurs vies. Mais à travers KUWTK, elles ont contribué aux structures racistes et classistes qui les différencient et hiérarchisent. Au final, Kanye, tu as bien raison de rester au Wyoming.

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