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Comment The Simple Life a sauvé ma santé mentale pendant le confinement

Icône de la culture Y2K, le reality show de Paris Hilton et Nicole Richie est l’antidote aux dogmes 3.0 actuels du bien, du mal et du performatif.

C’est au début du deuxième confinement que je me suis finalement heurtée au mur de briques qu’est cette pandémie. Après un premier confinement relativement stress-free et un début d’été vaguement normal, la reprise du virus dès septembre m’a, lentement mais sûrement, plongée dans une spirale d’anxiété et de pensées sombres. Seule à la maison dans mon Espagne natale–où, de fin octobre à Noël, je n’avais pas le droit de quitter mon village–, j’étais soudain incapable de lire ou de regarder des films nouveaux/sérieux à cause de mon angoisse; c’est alors que j’ai décidé de me tourner vers quelque chose de plus familier.

Apparemment, je n’étais pas la seule en quête d’indulgents classiques. De nombreux articles m’apprenaient que le fait de re-regarder les mêmes contenus, loin d’être une expérience banale, pouvait s’avérer thérapeutique lorsque l’on broie du noir : la nostalgie procure une forme de réconfort, d’évasion et de sécurité qui peut nous aider à recontextualiser la réalité et à redonner de la perspective et du sens à notre vie en nous rappelant que les moments joyeux ont existé et existeront à nouveau.

Ayant déjà épuisé tous les films de mon adolescence (de Romy et Michele, 10 ans après à The Faculty, 30 ans sinon rien et bien sûr Lolita malgré moi) pendant le premier confinement, j’ai finalement opté, influencée par des dizaines de comptes Instagram de memes dédiés à Paris Hilton, pour The Simple Life, entièrement disponible depuis peu sur YouTube et Prime Video.En 2003, lorsque je regardais le show pour la première fois sur MTV Allemagne–l’Espagne de l’époque n’était vraiment pas l’Espagne d’aujourd’hui (lol)–, je n’avais pas la moindre idée de qui étaient Paris Hilton et Nicole Richie. Peu importe: j’aimais leurs conneries. Surtout, j’aimais leurs looks; même si ma mère, elle, n’était pas fan de mon penchant pour les crop tops, le lipgloss à tout-va, les minijupes et les jeans low rise dévoilant mon string (qui ont d’ailleurs fait de moi une target de bullying au lycée, merci les garçons). J’ai donc commencé à re-regarder The Simple Life pour les ensembles Juicy Couture en peau de pêche, les casquettes Von Dutch à cristaux et les pièces en monogramme Dior by John Galliano de Paris et Nicole. Mais j’y suis restée pour ce que l’émission m’a fait comprendre sur notre époque et sur mes angoisses.

D’une bulle à l’autre

L’idée originale derrière The Simple Life était de créer un remake des Arpents verts, une série américaine des années 60 dans laquelle un couple de New-Yorkais troquait les soirées chics de Manhattan contre une vie de travail dans une ferme au sud du pays. Si le concept semble intemporel, il est aussi, dans sa version de 2003, prescient des culture wars dans lesquelles nous sommes immergé.e.s aujourd’hui: deux filles riches et célèbres sont arrachées de leur bulle de privilège et greffées dans une autre bulle, celle de la famille Leding à Altus, Arkansas. Elles se révèlent incapables de respecter le moindre horaire ou instruction de travail, passent leur temps à se regarder dans la glace au lieu d’observer la réalité autour d’elles, et ne savent même pas ce qu’est Walmart (disclaimer: Paris savait en fait très bien ce qu’était Walmart mais s’en cachait bien). Les Leding, eux, font preuve d’intolérance à plusieurs reprises, écoutant les commérages des gens (exclusivement blancs) du village, limitant la liberté des filles et censurant leur apparence, leur background et leur sexualité manifeste et non conventionnelle. Si ça vous rappelle l’Amérique (et le monde) post-Trump, ce n’est pas par hasard. Comme dans une allégorie absurde de notre époque, Paris et Nicole, filles de milliardaires, se retrouvent à faire la manche pour payer au McDo et demandent ébahies si elles peuvent “juste prendre” les courses au supermarché. Elles ne font jamais le travail qu’on attend d’elles et n’hésitent pas à imaginer des escroqueries à plusieurs reprises. Mais les gens en face les slut-shament, les méprisent voire les insultent carrément. La différence avec notre réalité ? L’humour.

Même si une dose généreuse de suspension de l’incrédulité est nécessaire pour regarder The Simple Life, le show fait preuve d’un humour nihiliste qui le rend unique. La recette: un tiers The Brady Bunch, un tiers Dumb & Dumber et un tiers Les hommes préfèrent les blondes. Le rapport entre Paris et Nicole est à la fois pur, complètement immature, et 100% conscient de son pouvoir. Regardant le show en 2021, après avoir été biberonnée aux Kardashian depuis 2007 (l’année de l’annulation de The Simple Life), l’humour puérile et dark des filles représente le lâcher-prise ultime, un remède au sérieux et au premier degré quasi pathologique de nos jours. Là où Kim & co ont utilisé leur reality comme un outil de RP impeccablement huilé pour nous montrer, à travers 14 années, comment elles devenaient de plus en plus riches, de plus en plus influentes, de plus en plus belles, bref, de plus en plus parfaites, Paris et Nicole se sont abandonnées à l’autodérision, l’autoridicule et à l’exhibition éhontée de leurs propres défauts avec enthousiasme. Et si leurs étalages étaient taxés de vulgaires en 2003, aujourd’hui, ils sont une oasis dans la culture tyrannique de ce que la journaliste du New Yorker Jia Tolentino a baptisé “Always be optimizing”, le fait de tout optimiser, chaque rituel quotidien, vers un “soi parfait”.

Lost, mais avec des frites

Car oui, je l’avoue, j’ai complètement internalisé cette exigence ultra capitaliste de perfection constante. Je ne sais plus quand ni comment, mais un jour, j’étais une ado en train de sécher les cours pour aller manger des churros au café du coin avec mes copines, puis, flash-forward, me voilà isolée et avec trop de temps pour penser en plein confinement, haïssant mon visage sur Zoom parce qu’il n’est pas entièrement symétrique, me flagellant pendant des heures pour la moindre faute dans un papier ou dans un mail, remplissant d’activités “productives” chacune des heures interminables de ma journée – en permanence embarrassée de ne pas être, dans ma trentaine, en couple, avec des enfants, red chef de Vogue. En fait, je ne veux aucune de ces trois choses, mais qu’importe, lorsque le succès se mesure plus en se comparant aux autres sur Instagram qu’en faisant ce qu’on veut vraiment faire ? Chica, c’est pour ça que t’es anxieuse et dépressive

Puis, tout d’un coup, je vois Paris et Nicole, perdues dans la nature, appelant les urgences. “Nous sommes entre, genre, cinq montagnes avec des arbres. Pouvez-vous nous apporter unMcDo ?” Moi aussi, je suis complètement lost, mais j’aimerais bien être lost avec des frites. Paris et Nicole qui essaient de gagner leur vie en faisant du baby-sitting, perdant la gamine dont elles s’occupent. Paris et Nicole sans essence au milieu de la route en pleine nuit et rien que quelques centimes dans leur saddlebag, mortes de rire. Une piqûre de rappel: ce n’est pas un péché de se moquer de ses propres échecs perçus, d’assumer ses défauts, de faire des choses inutiles, de sortir sa personnalité des quatre coins bidimensionnels d’un écran; bref, de retrouver un peu de joie, ne serait-ce que pendant quelques minutes. Et ce, même au milieu d’une pandémie, d’un présent politique et social dystopique, d’une réalité trop souvent épuisante pour nos générations, qui fait de la tagline de The Simple Life le slogan parfait pour 2021 : Where the hell are we ?

Ce qui ne veut pas dire que je trouve admirable le comportement de ces deux créatures peroxydées nées de la cuisse même du privilège à l’américaine–et que chaque bourde vient rappeler en creux. Non, ce qui me plaît, c’est qu’à l’heure du dogmatique politiquement correct, de l’activisme performatif et du woke washing qui sévit sur les plus huppés des comptes Insta, elles ne corrigent pas leurs faux pas, ne maquillent pas leur oisiveté. Elles disent tout haut ce que tout le monde susurre tout bas. Et elles réactivent une mythologie féminine moqueuse datant de l’aristocratie: non, elles ne seront pas les princesses vertueuses, admirables, mais les sœurs gauches et mal lunées de Cendrillon, des “princesses au petit pois”, “infantiles”, “bécassines”,“incapables”. Elles rient du fait que l’on rit d’elles… Et c’est plus qu’une certaine Kim K. ne puisse admettre.

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