La trend vampire skin : ni vraie, ni fausse mais hyper réelle
Cette tendance prend le contre-pied de l’idéal beauté du naturel pour promouvoir l’authentiquement onirique.
Vue dans le dernier défilé Luis de Javier à la Fashion Week de New York, partout sur TikTok, notamment sur des tutos qui dépassent parfois le million de vues, la trend dite “vampire skin” explose IRL et URL. Le concept est simple : applique ta base préférée, mélange ton highlighter poudré et your liquid foundation, puis fais ton teint comme à ton habitude : et voilà, tu glowes comme les stars de Twilight (brièvement) au soleil.

À première vue, il s’agit juste de briller. Cette trend se réapproprie une des caractéristiques physiques des vampires, créatures mythiques ayant hanté les nuits de générations entières. Ces derniers temps, tu as peut-être remarqué l’incursion du surnaturel dans tes tendances make-up : vampire skin, siren eyes (avec la sortie du film Little Mermaid) ou encore Doja Cat se déguisant en chat lors du dernier Met Gala. Je suis moi-même particulièrement friande de contes de fées et d’histoires d’épouvante, et apparemment, je ne suis pas la seule : comment expliquer ce revirement dans les habitudes make-up, à contre-pied du soft glam et de la clean girl aesthetic ? 

Vive le maquillage, vive le faux. Et long live Vampire Me.

À une époque où ce que je donne à voir est parfois plus important que la réalité elle-même, il est nécessaire de proposer une rupture avec ce mythe du maquillage français. Le priver de son côté moral – parce que, selon certains hommes, le naturel serait le vrai (Platon, I see you) – et que ce fameux vrai serait toujours mieux que le faux. 

Alors si demain, je ressemblais à une vampire, je serais réelle, pas naturelle certes, mais la représentation de moi avec cette peau imitant un filtre Insta serait bien réelle. Le futur du make-up se trouve ici, et il se moque bien du naturel. Vive le maquillage, vive le faux. Et long live Vampire Me.

Du surnaturel à l’hyperréel, une frontière floue qui ensorcelle

La nature du monde dit “hyperréel” se caractérise par une amélioration fictive de la réalité. 

A l’ère des filtres Instagram, il est de plus en plus difficile de distinguer la réalité “nue” de celle augmentée par l’IA ou du maquillage photoshoppé. Voilà pourquoi il est peut-être naïf de penser que ces avancées technologiques n’impactent pas le monde de la beauté et la formation/perception des normes et codes (et vice versa). C’est justement parce que toutes ces avancées s’inspirent elles aussi du réel, et viennent l’esthétiser, qu’il est nécessaire d’en comprendre les implications dans la vie de tous les jours.

Je te parlais de mythologie un peu plus haut : ce qui me plaît dans les récits d’Homère, c’est qu’au moment où les chimères interviennent dans le récit, il devient impossible de distinguer le naturel de l’artificiel, de dire ce qui a été enjolivé ou non. C’est le même processus qui s’applique ici : les signes de la transformation sont présents mais je ne suis déjà plus capable de distinguer ce qui est vrai ou non… Et c’est même ce qui m’attire. “L’hyperréalité trompe la conscience en la détachant de tout engagement émotionnel réel”, écrivait Jean Baudrillard. Et je suis bien d’accord.

Le glow et le beau

D’aussi loin que je me souvienne, l’éclat de la peau du visage est un problème résolument féminin. Combien de fois ai-je-vu des pubs à la télé conter les prouesses du dernier concealer, ou un énième de teint permettant de couvrir les cernes, et donner à une peau “fatiguée” un nouvel éclat ? Combien de fois ai-je-fait ma morning routine en me jurant que si la vitamine C et mon anti-cerne faisaient pas bien leur boulot, tout monde verrait que je n’ai que dormi deux heures ?

La peau de vampire prends le problème à l’envers : et si c’était moi le rayon de soleil tout court ? Et si, au lieu de me soucier d’avoir de la lumière que sur certaines zones du visage, je faisais de mon visage la lumière elle-même ? Je viens donc contourner le problème pour me libérer du carcan de beauté selon lequel je dois toujours avoir l’air en pleine forme. Qui a l’air plus réveillée que moi maintenant? 

“La femme […] accomplit une espèce de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle. […] Elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les cœurs et frapper les esprits”, écrivait Baudelaire dans Eloge du maquillage, évoquant la place de la fiction autant que la séduction attribuée au maquillage.

Pour ma part, je m’interroge : qui n’a secrètement jamais voulu être une sirène, ou une vampire ? Inspirer charme et terreur par un simple regard ? Les promesses de ces dernières trends racontent une envie de s’élever au-dessus de la nature. Ces tendances marquent également une rupture avec le mythe français de la beauté naturelle, ce je-ne-sais-quoi tout aussi fictif, que cette trend transcende par l’utilisation du maquillage et l’avancée des techniques cosmétiques, visibles et assumées.

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