Mon Compte Shop
Culture & Lifestyle

Angelina Woreth : Durer plutôt que briller

Entre sensibilité, humour et passion pour la création, elle raconte son dernier grand rôle et ses envies pour l’avenir.

@angelinaworeth @dior

À seulement 25 ans, Angelina Woreth fait déjà partie de ces visages qu’on n’oublie pas. Dans Qui brille au combat, elle explore l’adolescence dans toute sa complexité : tendresse et force de la sororité, et le poids des responsabilités qui arrivent trop tôt. Entre rire et introspection, elle raconte ses envies, ses ambitions, et comment le rôle de Marion, visible en salles depuis le 31 décembre, l’a profondément marquée.

Ensemble Dior par Jonathan Anderson

Ton personnage dans Qui brille au combat, Marion, s’inspire de l’histoire de Joséphine Japy, la réalisatrice. Comment avez-vous travaillé ensemble pour construire ce rôle, dans ce qu’il a de personnel et de juste ?
On a passé beaucoup de temps ensemble : avec Joséphine, avec Sarah Pachoud qui joue Bertille, et avec Bertille elle-même. Observer la relation entre Joséphine et sa sœur a été très précieux. Avec Sarah, le lien s’est fait très naturellement ; on s’est très vite entendues, donc le travail a été assez fluide.

Je n’ai pas énormément intellectualisé le rôle. Ça passait beaucoup par le corps et par la direction de Joséphine. Comme c’est son histoire, il y avait une grande confiance entre nous. Elle trouvait toujours le mot juste pour nous amener à la bonne émotion dans chaque scène. Et comme je joue en partie “elle”, je me suis laissée porter par ses indications. Je lui faisais vraiment confiance.

Qui brille au combat est un titre très fort. Quand tu l’as découvert pour la première fois, qu’est-ce que tu as compris du film, presque instinctivement ? Comment tu l’as interprété ?
Le titre vient du prénom Bertille, qui est celui de la vraie sœur de Joséphine, la réalisatrice du film. L’étymologie signifie « qui brille au combat ». Je l’ai compris assez littéralement : il y a vraiment eu un combat, celui de s’occuper de cette sœur (pour elle, pour la famille, pour tout le monde) mais un combat mené avec énormément d’amour. Ça a renforcé leurs liens et ça montre la force de Bertille… Au début, j’avais l’impression que le titre était un peu étrange, pas forcément facile à retenir, et plus le temps passe, plus je le trouve juste et beau.

Ton personnage est traversé par une tension constante, très intérieure. Comment tu travailles ce genre de violence contenue, sans jamais la rendre visible ou explicative ?
L’écriture m’a énormément aidée : elle contenait déjà cette tension-là. Ensuite, j’ai surtout essayé d’être le plus présente possible dans chaque scène, de comprendre concrètement ce qui se jouait entre mon personnage et Bertille. La plupart de mes scènes sont avec elle, et comme elle est non verbale, le rapport est complètement différent : il ne passe pas par les mots. Tout se joue dans les silences, le regard, le toucher, le corps. On ne peut pas s’appuyer sur le dialogue, donc tout est plus intérieur, plus retenu. C’était la première fois que je jouais avec quelqu’un qui n’a pas de texte, uniquement dans le corps. Bizarrement, ça rend encore plus attentif : tu observes la personne tout le temps, tu essaies de lire ses réactions, ses mouvements. Il y avait quelque chose de très mystérieux chez Bertille, et c’est aussi ça qui nourrit la relation.

Est-ce qu’il y a une scène du film qui t’a marquée durablement, même après le tournage ?
Oui, la séquence d’anniversaire dans le centre spécialisé. On l’a tournée dans un vrai centre, avec une équipe très réduite, presque en mode documentaire. On était vraiment en immersion. On a rencontré des accompagnants, des aidants, et certaines personnes en situation de handicap qui ont partagé leurs histoires. Comme je n’ai pas de proches en situation de handicap, c’était une expérience nouvelle et très forte. On était au milieu des familles, de la vraie vie de ces lieux. Ça m’a beaucoup touchée et ça continue de résonner.

On t’a vue à Cannes pour défendre le film. Ce n’était pas ta première fois, mais tu as dit l’avoir vécu comme une découverte. Pourquoi ?
Parce que c’était la première fois que je montais vraiment les marches en sélection officielle. J’avais déjà été à Cannes pour la Semaine de la critique et la Quinzaine, et même si ça reste Cannes, l’ambiance est différente, plus détendue. Là, il y a le tapis rouge, les photographes, l’effervescence… c’est plus impressionnant et plus stressant aussi. J’étais très heureuse de le vivre avec ce film-là, que j’aime profondément, et avec cette équipe. Voir Joséphine émue, entourée de sa famille, présenter un film aussi lié à sa vie… Ça rendait l’expérience très forte. J’étais fière d’en faire partie.

 

Ensemble Dior par Jonathan Anderson

Dans ce film, tu es aux côtés de Mélanie Laurent. Comment s’est passée votre rencontre et votre relation durant le tournage ?
Avant un tournage, tu es toujours un peu stressée, et encore plus quand tu joues avec quelqu’un comme Mélanie Laurent, qui a déjà fait énormément de films. Tu te demandes forcément : “Est-ce qu’elle va être sympa ? Est-ce que je vais être à la hauteur ?”. Au final, ça s’est vraiment très bien passé. Elle a été adorable, très disponible, et j’ai pu m’appuyer sur elle dans nos scènes communes. Tout était fluide, simple. Donc non seulement elle ne m’a pas fait peur, mais ça a été un vrai plaisir de jouer avec elle.

Le film parle beaucoup de l’adolescence, avec ce qu’elle implique de confusion, de colère et de fragilité, notamment à travers la situation de sa sœur. Est-ce que tu reconnais des fragments de ta propre adolescence dans ce personnage ?
Ma vie est très différente de celle de Marion ( le rôle qu’elle joue), mais je me reconnais dans certaines sensations de l’adolescence : l’impression que personne ne te comprend, que tu es seule, que tout est contre toi. Pour Marion, tout ça est encore plus fort : sa sœur est en situation de handicap, donc beaucoup d’attention se porte naturellement sur elle. Marion a parfois le sentiment d’être reléguée au second plan. Elle essaie tant bien que mal d’exister en tant que personne à part entière, mais ce n’est pas simple dans cette famille-là.

Est-ce que tu te souviens d’un conseil qu’on t’a donné très tôt et qui continue de guider ta manière de travailler ?
Je dis toujours que je n’écoute jamais ce qu’on me dit (rires), mais il y a quand même un conseil que j’essaie de garder : essayer. Quand j’ai arrêté le lycée pour faire ce métier, je me suis dit : “J’essaie, et au pire, si ça ne marche pas, je n’aurai pas de regrets.” Ce qui est important pour moi, c’est de tenter, pour ne pas rester dans la frustration. Garder l’espoir, me dire : au pire, j’aurai essayé.

Quels sont les films ou les actrices qui t’ont donné envie d’être l’actrice que tu es aujourd’hui ?
Peau d’Âne, Les Demoiselles de Rochefort… Et évidemment Catherine Deneuve, c’est un peu cliché mais c’est la première actrice que j’ai vraiment admirée. Ensuite, il y a eu Romy Schneider, que j’adore. Je pense que j’ai vraiment commencé à regarder du cinéma “autre chose que Disney Channel” grâce à ces films-là, grâce à Catherine Deneuve.

J’ai arrêté l’école à 16 ans parce que ça ne me convenait pas. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont fait confiance et m’ont soutenue, même si au début ils ne voulaient pas. C’était compliqué, mais ils ont fini par me dire : “OK, on essaie, on te fait confiance.”

Comment les as-tu convaincus ?
Franchement ? Le bluff. (rires)

Beaucoup de comédies musicales dans tes inspirations : est-ce un genre dans lequel tu aimerais jouer ?
J’en ai fait un peu en cours de théâtre, mais très peu, et à l’époque j’étais tétanisée. Ce n’est pas que je détestais ça, mais je ne me sentais pas capable : chanter, danser, jouer en même temps, c’est d’une exigence folle. Je me cachais presque pour ne pas passer ! Avec le temps, j’ai changé de regard. Quand je vais au théâtre, que je vois une pièce, un ballet, des gens sur scène, je suis fascinée et je me dis que j’aimerais réessayer un jour. Ça me fait peur, mais une “bonne” peur. Je viens d’ailleurs de tourner un film en italien alors que je ne parlais pas la langue. Au début, je ne voulais même pas envoyer la self-tape. Mon agent m’a poussée, et finalement j’ai eu le rôle. Comme quoi, parfois tu te dis “c’est impossible”, et au final tu y arrives et tu adores ça. Donc oui, je rêverais de faire une comédie musicale ou du théâtre. Ça me fait peur, mais c’est aussi ça qui donne envie.

 

Ensemble Dior par Jonathan Anderson

Comment tu vis l’attente entre les projets ?
Ça dépend des moments. Je pense que c’est important, dans ce métier comme dans n’importe lequel, d’avoir une stabilité émotionnelle. J’ai la chance d’avoir une famille et des amis très proches ; ça m’aide énormément. Il y a des périodes de doute où tu te dis : “Je ne retravaillerai jamais.” Tu regardes des offres de jobs sur Internet, tu pars un peu en vrille en te disant : “C’est fini pour moi.” Et puis trois ou six mois après, un film arrive. Le plus dur, c’est de ne pas se comparer : se dire “elle a ce rôle, elle fait ça, et moi rien”. Il faut essayer de relativiser, de se dire que tout vient en temps voulu. C’est un métier qui n’est pas stable, tu dépends beaucoup du désir des autres. Ce n’est pas la mine, évidemment, mais c’est difficile pour l’âme. Donc j’essaie de rester accrochée, d’avoir de l’espoir, de “tenir la rampe”, même quand je me demande : “À quoi bon ?”.

C’est quoi ton rêve de film à faire ? Un film d’horreur, une comédie, autre chose ?
Alors un film d’horreur… non. J’ai beaucoup de mal avec la violence à l’écran : le sang, les scènes trop dures, je ne supporte pas, j’ai presque des tocs avec ça. Je ne regarde déjà pas de films très violents, donc en tourner un serait compliqué. Je n’ai pas un “genre” précis dont je rêve, mais j’ai envie d’incarner des héroïnes fortes, des femmes qui portent une histoire, qui portent un film. J’adore aussi les films d’époque : les costumes, les décors… ça me fait rêver. Je me suis déjà dit que j’aurais pu être costumière si je n’avais pas été comédienne, peut-être que ça arrivera un jour.

Donc oui, un grand film d’époque, ça me ferait vraiment kiffer. Mais globalement, tous les films m’intéressent… sauf les films d’horreur (rires). Ce n’est juste pas mon truc.

Tu dégages quelque chose de très calme, presque retenu. C’est naturel ou c’est une posture construite ?
Disons que j’essaie de me tenir dans un contexte professionnel (rires). En vrai, je suis quelqu’un d’assez joyeux, je parle fort, je ne suis pas réservée du tout, aucun de mes proches ne dirait que je suis calme. Mais ce métier te rend humble. Il y a tellement d’échecs, de rendez-vous sans réponse, de rôles que tu n’as pas, de projets où ton rôle disparaît presque au montage… Tu encaisses beaucoup de refus. Forcément, ça calme. Ça te garde les pieds sur terre : tu sais que tout peut s’arrêter demain. J’essaie donc de rester posée, de ne pas devenir folle, de ne pas me dire “tout le monde me déteste, je n’ai aucun talent”. Il faut rester proche de la réalité, avancer tranquillement.

J’ai vu une vidéo de Renaud où il dit : « L’important, c’est pas de chanter, c’est de durer. » (Rires). Honnêtement, ça me parle énormément. Quand je doute, je me répète ça : durer, continuer.

Ensemble Dior par Jonathan Anderson et collier Dior haute joaillerie

Entre deux tournages, à quoi ressemble ton quotidien ? Qu’est-ce qui te nourrit quand tu n’es pas sur un plateau ?
Je vais beaucoup au cinéma. Il y a des jours où j’y passe la journée entière. Je vois ma famille, mes amis, j’essaie de voyager un peu. J’essaie aussi de lire, d’aller au théâtre, de me nourrir un maximum. Voir ce que font les autres acteurs et réalisateurs, c’est important, et très inspirant. Ça fait partie du travail, en fait.

En dehors du cinéma, ta passion c’est la céramique. Qu’est-ce que ça t’apporte ?
Ça m’ancre. Faire quelque chose de mes mains, fabriquer un objet du début à la fin, ça me fait beaucoup de bien. J’ai grandi dans une famille très bricoleuse : on rénove, on construit, on fabrique. Le côté manuel et créatif fait vraiment partie de moi. Je ne sais pas exactement comment ça se transmet dans mon jeu, mais ça fait clairement partie de ma personnalité.

Tu écoutes de la musique en travaillant la céramique ?
Oui, beaucoup. Je mets souvent de la musique, parfois la radio ou des podcasts. Quand tu passes de longues heures à l’atelier, à un moment ta playlist te sort par les yeux, donc tu switches sur la radio (rires). J’ai essayé de regarder des films en même temps, mais c’est impossible, sauf si c’est un film dont tu te fiches complètement. 

J’écoute surtout Erykah Badu, Sade, Solange… en boucle.

Qu’est-ce que tu attends aujourd’hui de ton métier, au-delà des rôles et de la reconnaissance ?
Je me suis rendu compte que c’est l’endroit où je me sens le plus à ma place. Sur un plateau, je sais ce que je fais, j’ai l’impression de servir à quelque chose. Parfois je me dis même que le cinéma, c’est mieux que la vie. Je ne sais pas ce que je ferais d’autre. Je n’ai même pas mon bac, j’ai juste mon permis — ce qui est déjà stylé (rires).

Si la vie fait que ce n’est pas mon chemin, je ferai autre chose et j’essaierai d’être heureuse autrement. Mais aujourd’hui, là où je me sens à ma place, c’est sur un plateau.

Après Qui brille au combat, quelles sont tes envies pour la suite ?
Continuer à travailler (rires).

Plus sérieusement : travailler, et être en paix. Je crois que c’est ce qu’on peut souhaiter à tout le monde — trouver sa place, dans la vie et dans son métier.

Ensemble Dior par Jonathan Anderson

Parures Dior haute joaillerie

Photos: Pablo Freda ℅ Artsphere
Stylisme: Jonathan Hayden
Coiffure: Mathieu Laudrel ℅ Tag Agency
Maquillage: Louise Garnier ℅ Tag Agency
Vidéos: Aurélien Grellier Beker
Assistant photo: Hugo Palayer
Assistant stylisme: Antonin Roberge
Assistants production: Michel Cren & Jennifer Barthel

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par NYLON France (@nylonfrance)

voir l'article
voir l'article
Culture & Lifestyle

Angelina Woreth : Durer plutôt que briller

Se Connecter

Mot de pass oublié ?

Nouveau mot de passe

S'Inscrire* Champs obligatoir

FermerFermer